Seuil

  • Conçu à la mi-mars 1821 d'un coup de reins que j'ai toujours eu quelque peine à imaginer je suis né le mercredi 12 décembre à quatre heures du matin. Il neigeait sur Rouen, une légende familiale prétend que ma mère se montra si stoïque pendant le travail qu'on pouvait entendre tomber les flocons sur les toits de la ville. Quant à moi, je serais bien resté quelques années de plus dans le ventre à l'abri de l'imbécillité du monde.
    Désespéré de naître j'ai poussé un atroce hurlement. Épuisé par mon premier cri je semblais si peu gaillard qu'on attendit le lendemain pour me déclarer à l'état civil car si j'étais mort entre-temps on en aurait profité pour signaler mon décès par la même occasion.

    Le 8 mai 1880 au matin Gustave Flaubert prit un bain. Il décéda peu après dans son cabinet de travail d'une attaque cérébrale sans doute précédée d'une de ces crises d'épilepsie dont il était coutumier. Allongé dans l'eau il revoit son enfance, sa jeunesse, ses rêves de jeune homme, ses livres dont héroïnes et héros viennent le visiter. Il se souvient d'Élisa Schlésinger, la belle baigneuse de Trouville qui l'éblouit l'année de ses quinze ans, de Louise Colet dont les lettres qu'il lui adressa constituent à elles seules un chef-d'oeuvre mais aussi de l'écrivain Alfred Le Poittevin qui fut l'amour de sa vie.

    L'oeuvre de Régis Jauffret est composée de vingt-cinq ouvrages dont Microfictions, Sévère, La Ballade de Rikers Island et Papa.

  • 1937, Kentucky. Clay Havens et Ulys Massey, deux jeunes photographe et journaliste, sont envoyés dans le cadre du New Deal réaliser un reportage sur un coin reculé des Appalaches.

    Dès leur arrivée, les habitants du village les mettent en garde sur une étrange famille qui vit au coeur de la forêt. Il n'en faut pas plus pour qu'ils partent à leur rencontre, dans l'espoir de trouver un sujet passionnant. Ce qu'ils découvrent va transformer à jamais la vie de Clay et stupéfier le pays entier. À travers l'objectif de son appareil, se dévoile une jeune femme splendide, Jubilee Buford, dont la peau teintée d'un bleu prononcé le fascine et le bouleverse.

    Leur histoire sera émaillée de passion, de violence, de discorde dans une société américaine en proie au racisme et aux préjugés.

    Inspiré par un fait réel, ce roman est une bouleversante histoire d'amour et un hymne à la différence.

    Isla Morley a grandi en Afrique du Sud puis s'est installée aux Etats-Unis où elle vit aujourd'hui. Son premier roman, Come Sunday, a obtenu le Janet Heidinger Prize, prestigieux prix littéraire féminin. Le Vallon des lucioles est son premier roman à paraître en France.

  • Milos vit sa jeunesse, ses études de paléontologie et ses amours à Antibes, sous l'emprise de deux peintres mythiques, Pablo Picasso et Nicolas de Staël, réunis au musée Picasso, dans le château érigé face à la Méditerranée.

    Picasso a connu à Antibes des moments paradisiaques avec la jeune Françoise Gilot, alors que Nicolas de Staël se suicidera en sautant de la terrasse de son atelier, à deux pas du musée. Ces deux destins opposés - la tragédie précoce d'un côté, la longévité triomphante de l'autre - obsèdent Milos. Le jeune homme possède un regard envoûtant, d'un bleu mystérieux, quasi surnaturel, le contraire du regard fulgurant et dominateur de Picasso. Les yeux de Milos vont lui valoir l'amour des femmes et leur haine.

    Le nouveau roman de Patrick Grainville est l'aventure d'un regard, de ses dévoilements hallucinants, de ses masques, de ses aveuglements. C'est le destin d'un jeune paléontologue passionné par la question de l'origine de l'homme. Milos, l'amant ambivalent, poursuit sa quête du bonheur à Antibes, à Paris, en Namibie, toujours dans le miroir fastueux et fatal de Pablo Picasso et de Nicolas de Staël.

  • « Quiconque cherche l'origine de quelque chose est aussi à la recherche de sa propre origine. »

    C'est l'une des créatures les plus énigmatiques du règne animal. Omniprésente depuis la nuit des temps (dans toutes les mers du globe, dans la mythologie, la Bible, l'Égypte ancienne, la littérature et d'innombrables cultures de par le monde, du Japon à la Scandinavie en passant par le pays basque), l'anguille ne cesse pourtant de se dérober à notre compréhension. Comment se reproduit-elle ? Pourquoi retourne-t-elle à la fin de son existence à son lieu d'origine, la mer des Sargasses, au large des Bermudes - où nul être humain cependant n'a jamais réussi à la voir ? Aristote croyait qu'elle naissait spontanément de la vase ; Sigmund Freud commença sa carrière en disséquant des centaines d'anguilles afin de dénicher leurs organes reproducteurs - en vain. Et aujourd'hui encore, « la question de l'anguille » demeure en grande partie irrésolue.

    Patrik Svensson a passé son enfance à pêcher l'anguille, avec son père. La nuit, en silence, pendant des heures, ils attendaient de sentir vibrer le mystère au bout de leur ligne plongée dans les profondeurs des rivières et des lacs. Au point que cet animal, source de fascination autant que d'effroi, est devenu pour lui un totem - le symbole de tout ce qui demeure hors de notre portée, et à quoi pourtant nous accordons notre foi.

    En mêlant la grande aventure scientifique, écologique, et le récit intime, L'Évangile des anguilles dévoile un pan de cet autre mystère, que chacun porte en soi : celui de nos propres origines et du sens même de la vie.

    Patrik Svensson, né en 1972, a grandi dans une petite ville du nord-ouest de la Scanie, dans le sud de la Suède, non loin de ce qu'on appelle souvent « la côte des anguilles ». Passionné dès son enfance par le monde naturel et animal, il a fait des études de littérature puis est devenu journaliste, spécialisé dans les arts, la culture mais aussi la recherche scientifique. Best-seller traduit dans plus de 30 pays et lauréat du prix August, le « Goncourt » suédois, L'Évangile des anguilles est son premier livre.

  • On ne tourne pas autour de la problématique du corps impunément, pendant cinquante ans, sans que le corps se rebiffe ! C'est ce que Noëlle Châtelet va enfin admettre en se retrouvant un jour clouée au lit, au point de déposer une main courante contre X, un X dont on se demande parfois si ce n'est pas tout simplement elle-même ... Car c'est à son double qu'elle s'adresse dans un dialogue introspectif sans concession et non dénué d'humour.

    Grâce à ce procédé original, elle s'autorise à « jouer perso », comme elle dit. À travers un inventaire approfondi de ses livres et des questions qui l'obsèdent, Noëlle Châtelet nous entraine dans les coulisses du processus de création, éclairant avec sincérité le sens à la fois intellectuel et intime de son parcours.

  • Fascinée par une ruelle, née il y a cinq cents ans entre la place Saint-Sulpice et le jardin du Luxembourg, j'ai cherché à découvrir celles et ceux qui y ont vécu de siècle en siècle, de numéro en numéro, d'étage en étage, depuis 1518. La rue Férou est devenue le lieu d'une question existentielle : qu'est-ce qui donne le sentiment d'être chez soi quelque part ? D'habiter tout à la fois son corps, sa maison et le monde ?
    Je me suis glissée dans la peau d'un photographe du xixe siècle et d'une comédienne de la Comédie-Française au xviiie, j'ai accompagné Man Ray dans son atelier, Mme de La Fayette dans sa maison d'enfance ou des religieuses dans leur couvent. Comme une psychanalyste prête à tout entendre, à tout écouter, sans choisir ni trier, j'ai ouvert ma porte aux voix du passé.
    Sous la rue Férou, j'ai découvert ma rue Férou, hantée par le cortège de celles et ceux qui n'ont pas d'autres traces pour dire leur passage sur cette terre que des listes de noms.
    Singulière ruelle qui s'absente à ses deux bouts. Ses pierres recèlent des trésors d'histoires, de légendes, de questions sans réponses et de réponses sans questions.
    Une rue, dix maisons, cent romans.
    Paris Fantasme.

  • Disjoindre le sexe et le genre est un geste éminemment moderne, théoriser cette dissociation l'est plus encore.

    Ce livre est d'une certaine manière l'histoire de ce geste. Il nous mène des grandes entreprises déconstructrices de la Modernité des années 1960-1980 jusqu'au triomphe contemporain de la théorie du genre : de Sartre, Lacan, Deleuze, Barthes, Derrida ou Foucault jusqu'à Judith Butler.

    Pourtant, parce qu'il s'agit d'un objet aussi fuyant que précieux, le sexe des Modernes est aussi un révélateur. Loin d'être tout à fait commun aux deux espaces intellectuels que sont l'Europe et les États-Unis, il est peut-être témoin de leurs divisions : disputes, équivoques, héritages détournés, et guerres silencieuses ou avouées...

    Il s'agit ici non seulement d'éclairer des doctrines récentes que la confusion des temps travaille à obscurcir, mais d'explorer ce qui s'est déplacé au tournant des XXe et XXIe siècles entre le continent européen et le continent américain. Transmission ou au contraire fracture ?

    Car le moment est venu d'interroger le partage du sexe et du genre sous l'angle de son histoire puisque cette histoire est la nôtre, et sans doute plus que jamais.

    E.M.

  • Avril 1958. Lorsque s'ouvre l'Exposition universelle de Bruxelles, Robert Dumont, l'un des responsables du plus grand événement international depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, a fini par déposer les armes face aux pressions du palais royal : il y aura bel et bien un « village congolais » dans l'un des sept pavillons consacrés aux colonies. Parmi les onze recrues mobilisées au pied de l'Atomium pour se donner en spectacle figure la jeune Tshala, fille de l'intraitable roi des Bakuba. Le périple de cette princesse nous est dévoilé, de son Kasaï natal à Bruxelles en passant par Léopoldville, jusqu'à son exhibition forcée à Expo 58, où l'on perd sa trace.

    Été 2004. Fraîchement débarquée en Belgique, une nièce de la princesse disparue croise la route d'un homme hanté par le fantôme du père. Il s'agit de Francis Dumont, professeur de droit à l'Université libre de Bruxelles. Une succession d'événements finit par leur dévoiler le secret emporté dans sa tombe par l'ancien sous-commissaire d'Expo 58. D'un siècle l'autre, le roman embrasse la grande Histoire pour poser la question centrale de l'équation coloniale : le passé peut-il passer ?

    Blaise Ndala est né en 1972 en République démocratique du Congo. Il a fait des études de droit en Belgique avant de s'installer au Canada en 2007. Il y a publié deux romans remarqués, J'irai danser sur la tombe de Senghor (L'Interligne, 2014, prix du livre d'Ottawa), et Sans capote ni kalachnikov (Mémoire d'encrier, 2017, lauréat du Combat national des livres de Radio-Canada et du prix AAOF).

  • Adoniada

    Adonis

    Adonis aime à présenter son Adoniada comme une autobiographie intellectuelle et poétique. Puisant dans une tradition arabe pré-islamique, il utilise la poésie dans une visée humaniste de tolérance et d'ouverture, sans jamais perdre le sens d'un lyrisme inspiré. Adoniada est tout à la fois une épopée qui raconte l'histoire mythique de la divinité du renouveau, Adonis, à qui le poète a emprunté son nom, et un témoignage bouleversant sur notre modernité. Beyrouth, Damas, Londres, Erevan, Shanghai, New York, Éphèse, Paris, autant d'étapes d'un voyage intérieur. Artaud, Baudelaire, Rilke : Rimbaud, Orphée, al-Mutanabbî, Confucius, Homère, Dante : autant de guides pour une descente dans l'enfer d'un monde dévasté et pour une élévation vers un rêve de lumière.

    Ô papillon, toi le papillon, es-tu venu pour me prendre ?
    Prends-moi, mon corps est une poignée de poussière, montre-toi et approche.

  • "Je ressemblais à Brigitte Bardot et j'étais la filleule de Stravinski."

    Chroniqueuse, égérie des nuits au champagne de Los Angeles, artiste, muse : avant d'avoir célébré ses 30 printemps, Eve Babitz avait déjà joué tous ces rôles. Immortalisée par la célébrissime photo de Julian Wasser dans laquelle elle dispute, en tenue d'Eve comme il se doit, une partie d'échecs avec Marcel Duchamp, Babitz fit une entrée fracassante en littérature avec ce livre paru en 1972 et traduit en français pour la première fois. Près d'un demi-siècle s'est écoulé, et pourtant la prose d'Eve Babitz, piquante, sensuelle et d'une folle liberté, n'a pas pris une ride. Dans cette autobiographie mosaïque, composée tel un album de choses vues et vécues par l'une des plus secrètes et flamboyantes figures de la Californie des années 70, le lecteur est transporté dans un univers peuplé de sublimes ingénues lycéennes, de chicanas outrageusement tatouées et de rock-stars menant la grande vie au mythique Chateau Marmont. Avec ces chroniques intimes, on redécouvre une Amérique perdue, devenue légendaire - celle où, comme l'écrivait Babitz dans son premier roman, Sex & Rage (Seuil, 2018), "la vie n'était qu'un long rock'n'roll".

    Traduit de l'anglais (Etats-Unis) et préfacé par Jakuta Alikavazovic

    Eve Babitz est née à Hollywood. Après avoir réalisé des couvertures d'albums pour des groupes tels que Buffalo Springfield ou The Byrds à la fin des années 1960, elle commence à écrire en 1972. Égérie de la côte Ouest bohème, rock et littéraire, elle est l'auteur de plusieurs recueils de chroniques, d'essais, de nouvelles et de romans. Eve à Hollywood est son tout premier livre, et le troisième traduit en France, après Jours Tranquilles, brèves rencontres et Sex & Rage. Eve Babitz vit toujours aujourd'hui à Los Angeles.

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