Grasset

  • «  Tant de fois je me suis tenue avec des mourants et avec leurs familles. Tant de fois j'ai pris la parole à des enterrements, puis entendu les hommages de fils et de filles endeuillés, de parents dévastés, de conjoints détruits, d'amis anéantis...  »
    Etre rabbin, c'est vivre avec la mort  : celle des autres, celle des vôtres. Mais c'est surtout transmuer cette mort en leçon de vie pour ceux qui restent  :   «  Savoir raconter ce qui fut mille fois dit, mais donner à celui qui entend l'histoire pour la première fois des clefs inédites pour appréhender la sienne. Telle est ma fonction. Je me tiens aux côtés d'hommes et de femmes qui, aux moments charnières de leurs vies, ont besoin de récits.  »
    A travers onze chapitres, Delphine Horvilleur superpose trois dimensions, comme trois fils étroitement tressés  : le récit, la réflexion et la confession. Le récit d'  une vie interrompue (célèbre ou anonyme),   la manière de donner sens à cette mort à travers telle ou telle exégèse des textes sacrés, et l'évocation d'une blessure intime ou la remémoration d'un épisode autobiographique dont elle a réveillé le souvenir enseveli.
    Nous vivons tous avec des fantômes  : «  Ceux de nos histoires personnelles, familiales ou collectives, ceux des nations qui nous ont vu naître, des cultures qui nous abritent, des histoires qu'on nous a racontées ou tues, et parfois des langues que nous parlons.  » Les récits sacrés ouvrent un passage entre les vivants et les morts. «  Le rôle d'un conteur est de se tenir à la porte pour s'assurer qu'elle reste ouverte  » et de permettre à chacun de faire la paix avec ses fantômes...

  • Le colibri

    Sandro Veronesi

    • Grasset
    • 13 Janvier 2021

    Marco Carrera est le «  colibri  ». Comme l'oiseau, il emploie toute son énergie à rester au même endroit, à tenir bon malgré les drames qui ponctuent son existence. Alors que s'ouvre le roman, toutes les certitudes de cet ophtalmologue renommé, père et heureux en ménage, vont être balayées par une étrange visite au sujet de son épouse, et les événements de l'été 1981 ne cesseront d'être ravivés à sa mémoire. 
    Cadet d'une fratrie de trois, Marco vit une enfance heureuse à Florence. L'été, lui et sa famille s'établissent dans leur maison de Bolgheri, nichée au sein d'une pinède de la côte Toscane. Cette propriété, qui devait symboliser le bonheur familial, est pourtant le lieu où va se jouer le drame dont aucun membre de la famille Carrera ne se relèvera tout à fait. En cet été 1981, celui de ses vingt-deux ans, se cristallisent les craintes et les espoirs de Marco qui devra affronter la perte d'un être cher et connaîtra un amour si absolu qu'il ne le quittera plus.
    Grâce à une architecture romanesque remarquable qui procède de coïncidences en découvertes, Veronesi livre un roman ample et puissant qui happe le lecteur dans un monde plus vrai que nature où  la vie, toujours, triomphe.
      «  Le colibri de Sandro Veronesi est un chef-d'oeuvre bouleversant. D'une beauté absolue jusque dans les moindres détails.  »
    Corriere della SeraTraduit de l'italien par Dominique Vittoz

  • Ivo et Jorge

    Patrick Rotman

    • Grasset
    • 31 Mars 2021

    Presque tout oppose les deux hommes :Jorge Semprun, l'enfant de la grande bourgeoisie madrilène qui parle couramment trois langues, et Ivo Livi, dit Yves Montand, le fils d'immigré qui a quitté l'école à douze ans. Le chanteur, à la culture hétéroclite d'autodidacte est spontané, angoissé et extraverti, quand l'écrivain, pétri de littérature et de philosophie, est ténébreux et secret.Tous les deux souffrent d'une timidité pathologique.
    Ivo et Jorge partagent la même foi rouge, celle de leur génération qui a eu vingt ans au moment de Stalingrad. Né dans une famille communiste, Montand, occupé à bâtir sa jeune carrière, ne se préoccupe pas, pendant les années noires, de politique alors que Semprun s'engage très jeune dans la résistance avant de connaître la déportation. Plus tard, il vit dix ans comme dirigeant communiste clandestin dans l'Espagne franquiste. Lorsqu'ils se rencontrent, au début des années 60, nait une profonde amitié nourrie de leurs histoires respectives, de la recherche d'un idéal perdu, d'affinités électives.  
    Ce roman vrai entrelace, en de courts chapitres écrits comme des séquences cinématographiques, les parcours hors du commun de ces deux hommes engagés qui évoluent lentement de l'illusion lyrique à la désillusion. Acteurs de leur siècle, Ivo et Jorge, l'italien et l'espagnol, condensent dans leurs vies trépidantes et romanesques les tragédies de leur temps. Patrick Rotman s'y met aussi en scène, à la première personne, comme lors d'une visite à Moscou, qui sert de fil rouge au récit, au cours de laquelle Montand se livre à un émouvant «  aveu  ». Ou encore à Buchenwald et à Madrid avec Jorge Semprun, prodigue en confidences et anecdotes.
      Ivo et Jorge, le roman de deux destins croisés, incroyablement vivant et très solidement documenté, mêle réalité et fiction. Le lecteur vibre avec Semprun libérant Buchenwald, partage sa vie clandestine en Espagne, ressent le trac fou de Montand lorsqu'il monte sur scène, assiste au diner où le chanteur s'explique avec Khrouchtchev.
    Une magnifique traversée du XXe siècle, des années 1930 jusqu'à la Perestroïka, où l'on croise notamment Simone Signoret, John Kennedy, Édith Piaf, Hemingway, Costa-Gavras, Arthur Miller et Marylin Monroe...

  • L'homme de trop

    Dominique Fernandez

    • Grasset
    • 10 Mars 2021

    Ce roman est le premier volume du diptyque «  L'homme de trop  », sous-titré L'arc-en ciel interdit.
    Cette somme romanesque peut se lire comme le pendant du célèbre roman L'étoile rose (Grasset, 1978, réédité en 2012 en CR) puisqu'elle interroge la question gay aujourd'hui, après l'adoption du mariage pour tous.
    Lucas Fabert est un photographe de 64 ans. Dans sa jeunesse, il se sentait un paria ; aujourd'hui, il constate, avec des sentiments mêlés, l'insouciance des jeunes homos complètement libérés, complètement intégrés. S'il se réjouit du progrès des moeurs qui leur a apporté le bonheur, il se demande s'ils n'ont pas perdu la force de contestation qui était autrefois la contrepartie glorieuse de leur angoissante marginalité : en un mot, s'ils ne se sont pas embourgeoisés. Jadis "homme de trop" parce qu'il faisait partie de la minorité exclue, il reste "homme de trop" par son refus d'abolir ce qui faisait sa différence, de se banaliser, de se fondre dans le conformisme ambiant.
    Dans ce premier tome, Lucas se confie à ses jeunes amis oublieux du passé et ne comprenant pas ses réticences à l'idée que le droit à la différence se soit transmué en devoir de ressemblance.  Il leur raconte ce que furent son adolescence, son éducation sentimentale et les épisodes marquants de sa vie jusqu'à la libération des moeurs des années 70. Dans le second volume, sous-titré "La liberté trahie" (à paraître en mars 2022), il évoquera les péripéties de la campagne pour le mariage pour tous et s'interrogera sur les conséquences de la victoire remportée.
    Une comédie humaine qui nous fait traverser un demi-siècle d'histoire de France à la boussole de l'homosexualité, une histoire des moeurs romancée qui déborde de personnages et regorge d'événements.  

  • L'homme qui écrit ce livre n'est pas celui dont les Français croient tout connaître. Encore aujourd'hui, il suscite les moqueries, l'hostilité, rarement l'indifférence. Trop européen et libéral pour une gauche frondeuse ne se reconnaissant plus dans la social-démocratie  ; trop laïque au goût des communautaristes ; trop social pour une République en marche qui découvre - jamais trop tard - le peuple en gilets jaunes... Mais Manuel Valls est un homme surprenant, qui dissimule, sous une raideur dont il ne s'est jamais départi, une profondeur et une culture inattendues.
    Aujourd'hui apaisé,   il se livre  avec sincérité. Images de jeunesse, entre son père, peintre, sa mère et sa soeur, dans le petit appartement du Marais. Combats politiques  : de Michel Rocard à Emmanuel Macron, engagé à sa seule cause  ; du quinquennat Hollande, qu'il observe avec lucidité, au combat sans fin contre Dieudonné et Soral  ; sans oublier des pages engagées sur les Badinter, Eric Zemmour ou l'affaire Traoré.
    L'homme nous raconte aussi ses passions  : la peinture, la musique et la scène, de Vianney débutant à Blanche Gardin risquant tout ;   la littérature, dont il est fou, de Jules Verne à Camus , et en passant par Pagnol ; le football, bien sûr, depuis Battiston et Rocheteau.
    Manuel Valls regarde, s'interroge, découvre, et sa double nationalité lui donne sur la France un regard particulier  : à la fois jacobine et girondine, laïque et chrétienne. Intenable, politique, merveilleux, ce pays tant aimé.

  • Le parfum  : raffinement ultime, magique et sophistiqué, associé à des marques prestigieuses au marketing puissant. Mais le vrai luxe de cette industrie mondialisée est un secret bien gardé, celui des produits naturels qui composent ses plus belles fragrances. Certains parfums associent jusqu'à 80 essences différentes  : issues de fleurs, de fruits ou d'écorces, elles sont cultivées, récoltées et distillées selon des techniques souvent artisanales. Au coeur de cet univers, le sourceur assure la fiabilité des ressources, la qualité des produits, et met en contact petits producteurs et grandes entreprises.
     
    Depuis trente ans, Dominique Roques approvisionne la palette des parfumeurs en extraits de plus de 150 matières premières, venues de près de 50 pays. Passionné, il nous entraîne dans un tour du monde à la recherche des essences les plus rares, de l'Andalousie au Somaliland en passant par la Bulgarie, le Laos, le Salvador, l'Indonésie ou encore l'Egypte... Une senteur, un pays, des hommes  : chaque chapitre raconte l'histoire d'une essence, met en lumière les cueilleurs au savoir-faire ancestral et les parfumeurs stars venus observer la beauté des plantations et comprendre les processus d'extraction. Au fil de ses voyages, Dominique Roques décrit l'extraordinaire chaîne du parfum, puissante mais fragile par sa dépendance aux intempéries, aux fluctuations économiques et même aux circuits criminels. Et il prouve que les bonnes pratiques sont possibles  : amélioration des conditions de vie des petits producteurs, prix justes, qualité des extraits.
     
    Nous rencontrons ainsi les exploitants du Bangladesh, plantant des clous dans les arbres à parfum pour accélérer la formation du mystérieux bois de oud, et les récolteurs du baume Pérou, suspendus aux branches dans le vide, une torche en feu à la main. Nous apprenons qu'en 1840, plus d'un siècle après l'importation de la vanille en Europe, c'est un garçon de 11 ans qui comprend enfin le principe de la pollinisation et lui fait donner des fruits. Nous découvrons la technique de l'enfleurage, les circuits mafieux du patchouli, le rapt de l'hévéa amazonien par les Anglais au début du XXème siècle,  les meurtres commis en Inde pour du santal et les replantations de champs entiers au fond de l'Australie, dans l'incroyable région des diamants roses... Et mille autres anecdotes qui tissent l'extraordinaire kaléidoscope des senteurs du monde.
     
    À l'heure où, pour la première fois depuis les collectes d'encens de l'Antiquité, la pérennité des parfums de la nature n'est plus une évidence, ce livre à l'écriture vive et subtile nous fait vivre au plus près la fascinante et magnifique aventure du parfum.
    Déjà en cours de traduction dans 6 pays.

  • Les murs blancs

    ,

    • Grasset
    • 10 Février 2021

    «  Personne ne soupçonne l'existence des Murs Blancs. Pourtant cette propriété a marqué l'histoire  intellectuelle du  XXème siècle.  Elle a été aussi le lieu, où enfants, nous passions nos dimanche après-midi  : la maison de nos grands-parents...
    Après la guerre, ce magnifique parc aux arbres centenaires niché dans le vieux Châtenay-Malabry, est choisi par le philosophe Emmanuel Mounier, pour y vivre en  communauté avec les collaborateurs de la revue qu'il a fondé  :  Esprit. Quatre intellectuels, chrétiens de gauche et anciens résistants, comme lui, Henri-Irénée Marrou, Jean Baboulène, Paul Fraisse, Jean-Marie Domenach,  le suivent  avec leurs familles dans cette aventure.  Ils sont bientôt rejoints par Paul Ricoeur.
    Pendant cinquante ans, les Murs Blancs sont le quartier général de leurs combats, dont  la revue  Esprit  est le porte-voix  : la guerre d'Algérie et la décolonisation, la lutte contre le totalitarisme communiste, la construction de  l'Europe. Et bien sûr, Mai 68... Une vingtaine  d'enfants, dont notre père, y sont élevés en collectivité.  Malheureusement, les jalousies et les difficultés nourries par le quotidien de la vie en communauté y deviennent de plus en plus pesantes... Peut-être est-ce une des raisons pour lesquelles cette histoire est tombée dans  l'oubli, et que personne  n'avait  pris la peine de nous la raconter jusqu'alors. Pourtant, beaucoup  d'intellectuels, d'artistes et  d'hommes  politiques  y ont fait leurs armes : Jacques Julliard, Jean Lebrun, Ivan  Illich, Chris Marker, Jacques Delors et aussi... Emmanuel Macron. C'est grâce à leurs récits et confessions que nous avons pu renouer avec notre histoire : transformer un idéal difficile en récit familial et politique.  »L. et H. Domenach

  • Sous la peau

    Rebecca Watson

    • Grasset
    • 24 Mars 2021

    Sous la peau raconte la journée d'une jeune femme, depuis l'alarme de son réveil qui la tire d'un cauchemar récurrent, jusqu'au soir, au moment de s'endormir contre son petit ami. Une journée comme les autres, la terrible routine que la narratrice vit toute la semaine lorsqu'elle prend son métro pour se rendre au bureau, à la rédaction du journal qui l'emploie. Le même trajet, les mêmes collègues, les courriels à traiter et les notes de frais à classer, toutes ces tâches répétées mécaniquement pour ne pas sombrer dans l'angoisse en attendant que l'heure passe. Car à chaque instant, elle risque de croiser son agresseur.
    La jeune assistante administrative a été violée par son patron. Alors, elle n'a qu'une obsession  : faire que la journée passe le plus vite possible, en ayant le minimum d'interactions avec ses collègues, jusqu'à 18h lorsqu'elle pourra enfin quitter son bureau. Nous nous immisçons alors dans son monde intérieur, dans son quotidien et parmi les souvenirs qui envahissent son corps jusqu'à se dissimuler sous sa peau. Alors elle se gratte sans pouvoir s'arrêter, aux toilettes, sous son bureau, partout elle se gratte en repensant à son patron et à ces atroces minutes qui la hantent depuis. Elle fixe l'heure sur l'écran de son ordinateur, encore quelques minutes et elle pourra essayer de penser à autre chose en retrouvant les bras de son compagnon. Mais parviendra-t-elle, cette fois, à lui raconter ce qui s'est passé  ? Avant qu'une nouvelle journée commence...
    Tout en jeu de miroirs, Sous la peau est un roman d'une grande puissance qui nous entraîne dans un voyage intime. Les pensées de la narratrice s'entrechoquent pour nous faire découvrir une psyché meurtrie, qui tente de survivre à la routine. Rebecca Watson raconte un monde intérieur où les désirs et les peurs cohabitent, une rencontre intime absolument bouleversante.
    Traduit de l'anglais par Julia Kerninon

  • Janey a 15 ans lorsqu'elle quitte New York pour rejoindre son père biologique dans l'Iowa. Alors que sa mère lui avait caché l'identité de son géniteur jusque-là, elle se débrouille pour traverser les Etats-Unis, laissant derrière elle sa vie d'avant. Les années passent et Janey doit trouver un travail. Son père l'incite à contacter Cleveland, une vieille connaissance de sa mère qui travaille pour la Fédération des producteurs d'oeufs de l'Iowa. La vie professionnelle de cette dernière bascule le jour où elle s'est retrouvé nez à nez avec une poule venant de s'échapper d'une ferme tout juste inspectée. Cleveland, qui a choisi de la sauver et de repartir en voiture avec elle, prend peu à peu conscience des conditions dans lesquelles vivent les poules pondeuses et décide de passer à l'action.
    Janey travaille depuis quelques temps aux côtés de Cleveland lorsqu'elle découvre ces opérations clandestines : vidéos illégales, photographies, et surtout vol d'animaux. Mais quand Janey la prend sur le fait, sa supérieure la convainc de se rallier à la cause et de monter avec elle sur une opération qui marquerait le monde à jamais. L'idée est simple  : braquer discrètement La Ferme Heureuse de la Famille Green où s'accumulent près d'un million de poules et subtiliser, en une nuit, toutes ces volailles sans éveiller l'attention des propriétaires. Du jamais vu. Pour réaliser ce « casse », Cleveland et Janey vont faire appel à une centaine d'activistes, emprunter plus de 60 camions et réunir beaucoup de courage pour tenter de libérer ces poules-pondeuses.
    Les pondeuses de l'Iowa est une tragi-comédie loufoque et terriblement efficace. A la croisée de Chicken Run pour ses envolées burlesques et de La casa de papel pour la préparation de cette opération hors du commun, le roman de Deb Olin Unferth est un livre polyphonique et absolument addictif. L'auteure fait preuve d'une maîtrise narrative et stylistique impressionnante pour parler de la campagne américaine du Midwest, de la défense de la cause animale, mais aussi du destin de deux femmes à la recherche d'amour et de sens.
    Traduit de l'anglais (États-Unis) par Valérie Malfoy

  • Le voleur d'amour

    Richard Malka

    • Grasset
    • 3 Février 2021

    «  J'ai assisté à ton réveil ce matin, Anna. Je dis « assisté » car il ne me reste que trois matins à vivre et lorsque la fin est imminente, chaque réveil de l'être aimé est un événement. Nous avons échangé un baiser que j'ai écourté pour ne pas te tuer. Il est chaque jour plus difficile de résister...  »
    Ainsi se confesse Adrian van Gott, le collectionneur d'art sans âge dont nul ne connaît la fortune  : dans sa maison, sa forteresse des beaux quartiers de Manhattan, il a amassé des livres, des tableaux, des souvenirs de siècles passés... Adrian est une énigme. Mystérieux, douloureux, épuisé par les siècles déjà vécus, torturé de ne pouvoir toucher la femme qu'il aime...
    Qui est-il, et quel drame a-t-il connu dans la Venise des années 1780 avant de découvrir son étrange et monstrueux pouvoir  ?
    Pour Adrian, l'amour se vole et ne se gagne jamais. Et si aimer une femme à travers les siècles est une malédiction, c'est aussi le plus beau des destins. De Constantinople aux bas-quartiers de la Londres pré-victorienne, du Paris de la Révolution au New-York numérique, un grand roman noir et vampirique.

  • « J'avais roulé tôt vers le port de Saint Malo un matin de printemps, pour voir partir en campagne de pêche, le plus ancien et le plus grand des chalutiers français, le Joseph Roty II. Un monstre d'acier de quatre-vingt-dix mètres de long avec cinquante cinq marins à bord. Aveuglé par la clarté du ciel, je ne distinguais pas leurs visages, seules leurs silhouettes massives se détachaient dans le contre-jour. Je les entendis se marrer. Ils partaient cinq semaines pêcher le merlan bleu en Atlantique nord. Ces marins au long cours quittaient le port, anonymes, sans un adieu, ni de leur famille, ni des Malouins.
    J'ai désiré monter à bord, comme si je le devais. Au nom des rencontres à vivre, d'une rudesse masculine à partager, de ma fascination pour le monde maritime et pour retrouver une authenticité que le monde moderne éparpille. Il n'est de liberté que celle qu'on éprouve et pour elle on repousse les limites de son confort et de sa sécurité.
    Il fut convenu avec l'armateur que j'embarquerais un 3 janvier, pour réaliser un film documentaire. J'ignorais encore ce que nous allions vivre, les marins et moi,  durant ces deux mois au large. Personne ne pouvait imaginer que nous nous retrouverions au coeur d'un ouragan, et combien cette navigation hivernale dans l'Atlantique nord, au pire moment de l'année, allait devenir une incroyable aventure humaine.  »F. B.

  • «  Bien que lecteur et joueur de balles assidu dès mon plus jeune âge, j'ai fini par découvrir que le jeu d'échecs surpassait tous les autres en raison du pouvoir qu'il a de nous plonger au plus profond du rêve. Dans ce livre, je raconte comment, dans ma jeunesse, après avoir échappé de justesse au danger de l'enfermement mental qu'il peut aussi induire, j'ai fini par apprendre à m'en servir comme d'un moyen très sûr de traverser les périodes difficiles de l'existence, ce qui m'a été d'un secours providentiel.
    Outre ce pouvoir d'évasion, j'essaie de montrer dans ce livre en quoi la compétition échiquéenne constitue tout à la fois une excellente école de circonspection dans nos jugements, une pierre de touche de l'exactitude de nos raisonnements, et une précieuse ouverture sur la connaissance de soi-même.
    Chemin faisant, j'en profite pour brosser les portraits de divers joueurs passionnés dont les éventuelles prouesses intellectuelles - du moins dans le cas des meilleurs - s'allient à des manies hautement excentriques, offrant ainsi un spectacle baroque où l'aspect comique le dispute au pathétique.
    Enfin, j'essaie de mener une réflexion sur la fonction sociale du jeu, dont il me semble qu'elle pourrait nous montrer la voie d'une convivialité nettement plus enviable et chaleureuse que celle qui nous est proposée par l'esprit résolument utilitariste et planificateur qui a commencé de désenchanter le monde d'aujourd'hui.  »

  • Les hyènes

    Annie Ferret

    • Grasset
    • 10 Mars 2021

      L'hyène est un animal perfide dont le cri est un rire qui laisse imaginer sa cruauté. Les plus retorses sont les femelles qui dominent les mâles, les matent, les dévorent. Elles ne s'accouplent que pour se reproduire. Terrorisent ceux qui les défient. Et enseignent méticuleusement à leur descendance à faire de même. Sur ce point néanmoins, les femmes de la famille de Blanche, qu'on surnomme les hyènes parce qu'elles ont tous leurs traits, ont failli. Preuve en est, ce matin, Blanche, 44 ans, s'apprête à annoncer à sa mère qu'elle sera la dernière hyène de sa lignée puisqu'elle a décidé d'avorter.
      Le temps d'un déjeuner, la narratrice déroule ses souvenirs et convoque à la table ses ancêtres, Clara, Louise-Huguette, Georgette, pour raconter l'histoire de sa famille, et expliquer son geste. Surgit un monde ancien où les femmes se transmettent, non l'amour et la tendresse, mais la rage, la haine des hommes et la soif de vengeance. Un cycle de violence auquel Blanche n'échappera pas tant elle sait que les traumas de nos aînés informent jusqu'à nos gènes, mais auquel elle met fin. A travers ce récit familial sur cinq générations, Annie Ferret remonte le cours du temps pour montrer comment le legs familial ne se résume pas à l'ADN et retrouver la source de cette colère, le premier acte qui fit un jour d'une femme, une hyène.

  • Avec cet émouvant Autoportrait en noir et blanc, Thomas Chatterton Williams explore la question de l'identité en prenant pour point de départ la naissance de sa fille aînée, Marlow. Dans une maternité parisienne, lorsqu'il voit pour la première fois la petite tête blonde et les grands yeux bleus de son bébé, Williams, lui-même «  métis  », pense à tous les gens qui voudront la désigner comme « blanche ». Assigner sa fille à une «  race  » a-t-il un sens alors que ses gènes et ses héritages culturels sont multiples ?
    Afin de répondre à cette question, l'auteur conduit une réflexion  nourrie par son expérience et ses lectures, pour défendre l'idée d'une société post-raciale. Il fait par exemple un test ADN afin d'objectiver ses origines et finalement découvrir qu'il n'est qu'à 39,9% d'origine sub-saharienne. Le « premier président américain noir » n'est-il pas en réalité, lui aussi, «  métis  » ? Thomas Chatterton Williams réfléchit ainsi à une fluidité de la «  race  », en fonction du regard de l'autre, d'un espace géographique ou d'une époque, et cherche à balayer toute tentation de cloisonner l'identité.
    Texte incisif mais également lettre d'amour à ses enfants, cet autoportrait raconte le cheminement identitaire d'un père américain dans la société française contemporaine. Après Une soudaine liberté, Thomas Chatterton Williams s'inscrit plus que jamais dans le débat intellectuel d'aujourd'hui.
    Traduit de l'anglais (États-Unis) par Colin Reingewirtz

  • Le doigt

    Dalie Farah

    • Grasset
    • 3 Février 2021

    16 janvier 2018, 7h28 : il fait encore nuit devant le lycée, en périphérie d'une ville auvergnate. Emmitouflée dans sa doudoune, la prof se repasse le plan de son cours de philo et traverse la rue en dehors des passages piétons. Un klaxon la surprend, elle ne se retourne pas, fait un doigt d'honneur. La voiture se gare, un homme en sort précipitamment, hurle, la défie : « Recommence ! » Face à lui, nouveau doigt d'honneur. Il la gifle.
    Ce n'est pas la première fois qu'elle rencontre la violence.
    Battue dans son enfance, devenue adulte elle a été rouée de coups par un de ses élèves et plus tard insultée par un autre. Pourquoi ? Quel lien existe-t-il entre son corps et la brutalité ? A qui était destiné ce doigt ? Ce roman est une enquête sur deux minutes qui brisent sa vie. Parmi les profs, l'événement perturbe. Qui est coupable de la gifle ? Pourquoi a-t-elle pris le risque de ce second doigt d'honneur ?
    En alternant dialogue en salle des profs et récits des faits, l'écriture tendue de ce Hors les murs de l'éducation nationale, interroge la question de l'origine de la violence. Celle qu'on subit, celle qu'on exerce, celle qu'on désire, celle qui arrive inévitablement, quand on est femme, quand on est arabe, quand on est prof.
    Entre burlesque et lucidité profonde, Le doigt retrace à un rythme haletant les événements qui permettent de comprendre cette « victime en récidive », au travers de la comédie sociale des supérieurs, des médecins et de la justice qui sans cesse minimisent la violence.

  • C'est une région méconnue des Français, prise entre les terrils du nord, et un sud si proche et si lointain, comme un pôle balzacien : Paris.
    Au coeur de la Picardie, entre Amiens et le Vimeu, grandissent deux jeunes garçons que tout oppose. A quelques années d'écarts, ils ne fréquentent pas les mêmes écoles, pas les mêmes rues, pas les mêmes soirées. L'un a un père neurologue, et une professeur de français merveilleuse, sa grand-mère dit « Manette ». L'autre vit dans une maison abîmée, loin de tout, et rêve en mots.
    Tous deux  vont fuir vers la capitale pour accomplir leur destin personnel, et se faire un nom. Eddy Bellegueule devient Edouard Louis, romancier célèbre, traduit dans le monde entier, gay, très engagé à gauche, proche du sociologue Didier Eribon. Emmanuel Macron, Manu pour ses amis d'Amiens, sera Président de la République. Ainsi cette ville - où ont aussi grandi François Ruffin et Najat Vallaud-Belkacem -, a-t-elle été le terrain d'enquête d'Hervé Algalarrondo. Il a sillonné la Picardie pour comprendre et retracer le seul monde impénétrable des gloires françaises : la jeunesse. Il a retrouvé les enseignants, les très proches ou anciens amis, les histoires méconnues et les rêves de nos jeunes Rastignac.
    Portraits, récits, engagements, secrets  : personne n'avait jusqu'ici fait ce travail de rencontre et de traque minutieuse, mené avec talent et tendresse

  • Hiver

    Ali Smith

    • Grasset
    • 10 Février 2021

    Sophia Cleves a proposé à son fils Art - avec qui elle entretient des relations plutôt distantes - de venir passer Noël dans sa grande maison en Cornouailles. A cette occasion, il était prévu qu'il lui présente sa petite amie Charlotte. Sauf que Charlotte rompt avec Art. Ce dernier ne voulant pas se désavouer devant sa mère, il propose à une jeune femme rencontrée à un arrêt de bus de jouer le rôle de Charlotte le temps des fêtes de fin d'année.
    Une fois sur place, le faux couple se rend compte que la mère d'Art ne va pas bien. Son comportement est erratique, et elle semble confuse. Art appelle sa tante Iris au secours, bien que les deux femmes ne se soient pas parlé depuis trente ans. Un drôle de week-end commence alors : le souvenir d'autres fêtes de Noël surgit, la mémoire de l'enfance commune aussi, puis la brouille autour des choix idéologiques des deux soeurs refait surface. Car Sophia est une femme d'affaires à la retraite, alors que sa soeur Iris a consacré sa vie au militantisme politique et n'a renié aucune de ses convictions.
    L'hiver, pour Ali Smith, est la saison des ruptures, des convictions qui nous séparent, avant d'être celle des retrouvailles. Son regard sur les faux-semblants de nos sociétés à l'ère de la post-vérité est impitoyable, tendre et drôle à la fois, portée par une langue d'une grande poésie.
    Traduit de l'anglais par Laetitia Devaux

  • L'extinction des espèces

    Diego Vecchio

    • Grasset
    • 17 Février 2021

    Les dernières volontés de Sir James Smithson (1765-1829) étaient claires, ce riche héritier d'origine britannique, sans femme ni enfant, voulait que sa fortune serve à fonder à Washington un établissement dédié à la diffusion des connaissances, qui porterait son nom. Le musée est finalement installé dans un château de style gothique anglo-normand et c'est Zacharias Spears, passionné par la conservation des espèces, qui en est nommé premier directeur. «  Pour la modique somme de 2 cents, le Musée d'Histoire Naturelle donnera à voir le spectacle du monde, comprimant à échelle humaine le temps parcimonieux des planètes, de sorte que même un enfant puisse être en mesure d'observer en quarante minutes ce qui avait mis des milliards d'années à survenir.  »
    /> Mais l'établissement devra évoluer avec son temps, à cause notamment de la concurrence de nouveaux musées qui pullulent sur le sol américain et en Europe. Une place de plus en plus importante est ainsi consacrée à la vie primitive et la scénographie se modernise  ; car à présent les visiteurs ne veulent plus simplement voir mais ils désirent expérimenter. Tout est bon pour attirer le public, les rivalités autour de ce commerce de la connaissance se multiplient à l'infini jusqu'à atteindre l'absurde, lors de l'inauguration, à San Diego, du MuM - le Musée des musées...
    L'extinction des espèces est une histoire (sur)naturelle des musées. En nous plongeant dans un univers où se côtoient détails réels et pure fiction, Diego Vecchio invente et fabrique un passé à partir des angoisses des temps présents, une mémoire qui conjure l'extinction des oeuvres d'art, des cultures et des espèces par le délire taxinomique, la manie du collectionnisme et la volonté de posséder autant que d'exhiber. Un roman brillant et plein d'humour.
    Traduit de l'espagnol (Argentine) par Isabelle Gugnon

  • Charles Bonaparte est né Charles Napoléon  : dans un acte politique, somme toute révolutionnaire et on ne peut mieux accordé à ce qu'avait fait le fondateur de sa dynastie, l'empereur Napoléon, il a changé de nom, devenant Charles Bonaparte. Non seulement cela, mais, normalement chef de la famille, prince Napoléon et destiné à devenir Napoléon VII si se produisait une restauration de l'Empire, il renoncé à toute prétention dynastique. Et tout cela par amour de la liberté. La liberté Bonaparte.
    Dans La Liberté Bonaparte, il mêle de passionnants souvenirs personnels de fils d'une famille princière qui a «  fait mai 68  » et s'est engagé en politique, au Parti socialiste puis au MODEM, loin d'une filiation napoléonienne l'autoritariste, suivant tout au contraire un engagement Bonaparte (plus que bonapartiste) de la liberté  : «  Le destin m'a fait naître dans une famille qui a marqué l'histoire. [...] Je pensais être une exception, mais j'ai découvert que beaucoup de Bonaparte avaient connu le même goût pour la liberté.  » Il dresse un inventaire subjectif et très politique de l'héritage napoléonien, le meilleur, celui des Bonaparte libéraux, tels Lucien, «  Plon-Plon  », son ancêtre, cousin germain de Napoléon III, Marie Bonaparte... La fidélité à l'idée de liberté structure l'itinéraire de ce Napoléon qui a changé de nom. Lui faisant rejeter le conservatisme de son milieu familial, elle l'a mené à la mairie d'Ajaccio où, maire-adjoint, il a tourné les racines corses de l'histoire napoléonienne vers le futur, à un poste d'administrateur des Nations Unies au Nigéria, et bien d'autres aventures.
    Une vision du monde délivrée du poids du mythe et soucieuse de transmettre l'éthique de la liberté pour mieux penser la politique de demain.

  • Mon dictionnaire du bullshit

    Guy Sorman

    • Grasset
    • 24 Février 2021

    « Comment se peut-il qu'à chaque époque, tout le monde ou presque pense en même temps la même chose ? Les idées fausses seraient-elles véhiculées par l'air du temps ? Sans doute ont-elles le mérite d'être confortables et indiscutables ? Peu importe au grand nombre que l'idée reçue soit exacte ou non, aussi longtemps qu'elle tient lieu d'explication du monde, évite la controverse et n'oblige surtout pas à chercher plus loin. Cette contagion de l'erreur a été, pour notre temps, qualifiée de Pensée unique. Mais l'idée reçue n'est pas seulement un mensonge, elle est aussi une vérité alternative. Celui ou celle qui la professe ne cherche pas à connaître le vrai : il vit dans un monde alternatif, avec une vérité alternative, communément partagée, donc chaleureuse. Ce phénomène, largement amplifié par l'explosion des réseaux sociaux, a été appelé pensée Bullshit aux Etats-Unis : je me propose donc d'introduire le terme dans la langue française, car le Bullshit ne connaît pas de frontières. »Guy Sorman
      Ce que Flaubert avait entrepris à l'échelle de la France de son époque, avec son Dictionnaire des Idées de reçues, Guy Sorman en reprend la méthode pour passer au tamis du Bullshit le monde d'aujourd'hui. Son Dictionnaire se lit comme un herbier philosophique : chaque entrée est une occasion pour traquer les faux-semblants, chasser les prêt-à-penser, débusquer les trafiquants de l'information et restituer le vrai sous le masque de l'opinion. De la Chine aux Etats-Unis, en passant par la France et Istanbul ; des phantasmes sur l'Islam et l'immigration à cette passion si française pour la laïcité, sans oublier l'écologie, le nucléaire et les récentes crises des Gilets Jaunes et du Covid, tout y est décortiqué. Voici un tour du monde des idées reçues, à la fois personnel et universel, historique et plein d'allégresse. Une traversée des temps présents au terme de laquelle se dessine, par un subtil jeu de retournement et de déshabillage, un univers un peu moins monochrome, plus ouvert, plus tolérant, en un mot plus libre. 

  • Le roman s'ouvre sur Jean, un homme âgé et souffrant, qui entend à la radio que sa fille, Albane, qu'il n'a pas revue depuis quinze ans mais dont il suit la carrière de pianiste, jouera bientôt à Barcelone. Il décide de s'y rendre et part sans prévenir son autre fille, Clélia. Le deuxième chapitre suit celle-ci dans un taxi. Elle vient de quitter son amant, songe à ses filles qui attendent son retour, à son travail en Ethiopie où les températures n'en finissent pas de grimper, puis soudain à sa soeur, devenue une star mondiale après avoir vécu dans la rue, Albane à qui elle a volé Yvan, son mari, quinze ans auparavant. Elle apprend que son père est allé la voir, part le rejoindre. Le chapitre trois présente Yvan, seul avec ses filles et le souvenir de la femme qu'il a jadis aimée et qu'il verra ce soir, à la télévision, jouer au Palau de la Musica. Viennent ensuite Katia, l'aînée d'Yvan et de Clélia, puis Albane, enfin, qui se prépare à monter sur scène. De chapitre en chapitre, la voix narrative qui suit chacun des personnages se précise, prend un nom et une identité. On comprend que c'est Mona, l'épouse de Jean, mère de Clélia et Albane, morte noyée dans un lac des années auparavant, qui raconte les membres de sa famille. Cinq personnages racontés par un dernier, omniscient, cinq chapitres qui tous convergent vers l'ultime sixième, le concert, où Mona parlera une dernière fois entre les notes de l'opus 111 de Beethoven pour rassembler ceux qu'elle a aimés, avant que les dieux n'incendient le monde.
     
    Magistral, ce premier roman est un coup de tonnerre littéraire, une épopée où d'une seule voix, le destin d'une famille est retracé avant d'être à nouveau bouleversé, et dans lequel on entend résonner, en creux, la rumeur de notre humanité hantée par la fin du monde, déchirée, appelée à se réunir pour survivre.
     

  • Les Héroïques

    Paulina Dalmayer

    • Grasset
    • 13 Janvier 2021

    Quelques jours de la vie d'une femme, Wanda. Les derniers, et les plus intenses, peut-être  ?
    A 70 ans, Wanda  est l'audace incarnée. Atteinte d'un cancer généralisé, elle sait sa fin imminente. Son état se dégrade à vue d'oeil, mais dans cette course contre la montre, pas question de se laisser abattre, encore moins d'avoir peur. Plutôt aller de l'avant, aujourd'hui comme hier, en ces temps de sa jeunesse que Wanda se remémore  : le concert des Rolling Stones à Varsovie, en avril 1967, où elle rencontre Edward qu'elle épousera et dont la brillante carrière accompagnera les paradoxes de l'Histoire polonaise contemporaine  ; son engagement dans une troupe de théâtre expérimental  ; sa passion pour Konrad, son étudiant devenu amant après la chute du mur  ; et bien sûr ses deux filles, insaisissables et lointaines.
    Face aux assauts du siècle, à sa violence, aux renoncements idéologiques, Wanda et ses proches ont toujours cultivé l'ironie et tenté de préserver ce qu'il restait de beauté. Héroïques à leur façon et nourris d'utopies, ils ont su rester libres. C'est à cette liberté que Wanda n'entend pas renoncer. Elle décide de s'évader de l'hôpital où elle était soignée, convaincue qu'il existe des lieux autrement plus recommandables pour trépasser. Et si son histoire commençait là où on la croit achevée? Et si, jusqu'au bout, il était possible de relancer les dés  ?
    Une fabuleuse leçon de cran, d'intelligence et de vie, portée par une langue vibrante et réjouissante.

  • Pureté

    Garth Greenwell

    • Grasset
    • 20 Janvier 2021

    Le narrateur de Pureté a quitté les États-Unis pour enseigner la littérature à l'American College de Sofia. Dans la capitale bulgare, encore marquée par le communisme, le professeur va apprendre à survivre à l'amour. Car ce texte, composé en trois temps, raconte sa liaison avec un étudiant portugais nommé R., puis le deuil de leur relation. Lorsque débute Pureté, leur histoire est terminée, le narrateur découvre la vie qui s'ouvre à lui sous le signe du désespoir mais également de la liberté - les applications de rencontre lui ouvrent un champ immense d'aventures possibles. Une mue sociale et aussi physique quand il expérimente la soumission sadomasochiste avec un inconnu, interrogeant les limites du plaisir, de la douleur, et de l'abandon à l'autre.
    Au coeur de ce triptyque, il revient ensuite sur son histoire d'amour avec R. Les premières semaines d'abord, puis leur routine passionnée et le départ inexorable de son amant. S'ouvre enfin le troisième volet du livre où l'on retrouve à nouveau le narrateur, après sa rupture, qui s'essaie cette-fois à la domination sexuelle, puis joue avec les frontières de ses principes moraux en flirtant avec l'un de ses anciens élèves. Un dernier temps qui répond au premier, concluant ainsi cette sonate amoureuse en trois mouvements, aussi tragique que libératrice.
    Pureté est un roman d'une force exceptionnelle. Portrait d'une passion fulgurante autant que d'un amour perdu, ce texte explore la complexité des désirs et l'âpreté des corps. Garth Greenwell est un génie des rythmes et de la chair, il fait partie des écrivains américains les plus prometteurs de sa génération.
    Traduit de l'anglais (Étas-Unis) par Nicolas Richard
     

  • A cause de l'éternité constitue le seconde volet de L'Autre rive, qui remporta en 2007 le Grand Prix de l'Imaginaire. L'action se déroule de nos jours au château d'Eparvay, dans l'arrière-pays d'Ecorcheville, ville bâtie au bord du Styx. Cette région présente nombre de particularités. L'esclavage n'y a jamais été aboli. La proximité relative des Enfers, par-delà l'infranchissable fleuve des morts, entraîne des précipitations insolites (pluies d'animaux et d'insectes divers) ainsi que l'échouage occasionnel de créatures venues de l'autre rive (centaure, sirène, satyre, minotaure...). Un Musée de Tératologie les rassemble; les étudie et les expose. Enfin, l'économie comme la politique locales sont sous le contrôle de trois grandes familles, les Propinquor, les Esteral et les Bussettin, qui se disputent et se partagent de longue date le pouvoir.
    Dans ce nouvel opus, Alphan Bogue, jeune diplômé du Courtauld Institute de Londres, docteur PhD en histoire de l'Art, rentre à Ecorcheville pour s'y marier. Sa fiancée, Delia Spencer-Churchill, doit le rejoindre pour la cérémonie. Le père d'Alphan, brocanteur à la retraite, pensionnaire de l'EHPAD d'Ecorcheville, le presse de dérober pour lui un autoportrait supposé de Rembrandt adolescent, inconnu de tous, qui se trouve au château d'Eparvay. Spécialiste de la peinture baroque et de Rembrandt, Alphan se laisse convaincre de s'introduire dans le château pour examiner le tableautin et se faire une idée de son authenticité. Quand il franchit une porte basse donnant sur les soubassements de l'énorme édifice métamorphique, l'aventure commence...
    L'imaginaire qui se déploie dans ce roman-monde n'a pas d'équivalent dans la littérature française contemporaine.

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