Littérature générale

  • Fable satirique et roman d'aventures, Les Animaux dénaturés s'ouvre sur la découverte d'un cadavre assez déconcertant, progéniture du journaliste Douglas Templemore.
    Quelques mois auparavant, Templemore partait avec une équipe de savant en Nouvelle-lGuinée et découvrait une étrange colonie d'hommes-singes. Tandis que les scientifiques s'interrogeaient sur leur nature, des hommes d'affaires y voyaient une maine d'oeuvre gratuite et Templemore, pour contrecarrer leurs projets, se prêtait à l'expérience saugrenue qui le conduirait en prison.
    Paru en 1952, Les Animaux dénaturés a séduit la critique et les lecteurs autretant par son humour que par l'aventure intellectuelle, toujours d'actualité, que l'auteur du célèbre Silence de la mer y narrait.

    C'est Gulliver, et c'est Candide aussi, c'est Wells et c'est Jules Verne. (André Wurmser)

  • Cafés de la mémoire

    Chantal Thomas

    Avec légèreté et mélancolie, ironie et émotion, Chantal Thomas met en scène sa jeunesse, ses études, ses errances. C'est à Nice, par une nuit de Carnaval, qu'elle commence son récit. Quelques huîtres, un verre de vin. L'oeil aux aguets pour observer ses voisins. Et tous les cafés de la mémoire resurgissent, cafés-vitrines, cafés secrets, café des spectres et café des artistes... Entre le temps de l'enfance à Arcachon, Bordeaux, puis Paris, se raconte l'histoire d'une jeune fille qui, exaltée par l'exemple de Simone de Beauvoir, veut devenir philosophe, s'inventer une vie nouvelle. Mais, très vite, c'est dans le grand livre du monde qu'elle va faire son apprentissage. Alors elle accorde aux rencontres de hasard et aux ivresses qu'elles lui procurent l'entière confiance qu'elle accordait au savoir. Cette autobiographie librement menée se situe entre 1945 et 1969, entre la libération de la France et la démission du général de Gaulle, c'est dire qu'elle est aussi le tableau d'une génération, le récit du triomphe de la jeunesse, de son éclat d'insouciance et de fête.Chantal Thomas (Prix Fémina 2002) pour Les Adieux à la Reine est désormais membre du Jury du Prix Femina. Directrice de recherches au CNRS, elle est spécialiste du XVIIIe siècle et a publié de nombreux essais.

  • Nuit
    du 19 au 20 juillet 1961
    (les Fleurys)

    Voici pourquoi j'ai vécu

    Goûtant un vif plaisir à ne rien faire que provoquer par ma seule présence (chargée d'une sorte d'aimantation à l'être des choses) - cette présence étant en quelque façon exemplaire : par l'intensité de son calme (souriant, bienveillant), par la force de son attente, par la force d'exemple de son existence accomplie dans le calme, dans le repos, par la force d'exemple de sa santé - que provoquer une intensification vraie, authentique, sans fard de la nature des êtres et des choses, qu'à l'attendre, qu'à attendre ce moment-là.
    À ne rien faire qu'à attendre leur déclaration particulière.
    Puis à la fixer, l'attester : à l'immobiliser à la pétrifier (dit Sartre) pour l'éternité, à la satisfaire ou encore à l'aider (sans moi ce ne serait pas possible) à se satisfaire.
    À ne rien faire qu'écrire lentement noir sur blanc, très lentement, attentivement, très noir sur très blanc.
    Je me suis allongé aux côtés des êtres et des choses la plume à la main, et mon écritoire (une page blanche) sur les genoux.
    J'ai écrit, cela a été publié, j'ai vécu.
    J'ai écrit. Ils ont vécu, j'ai vécu.

  • L'année de l'éveil

    Charles Juliet

    Un petit paysan qui n'avait jamais quitté son village, se retrouve un jour enfant de troupe. Dans ce récit, il relate ce que fut sa seconde année de jeune militaire, une année de découverte et de bouleversements, qui le verra mourir à son enfance et s'éveiller à des réalités et des énigmes dont il ignorait tout.

    La faim, le froid, les bagarres, son avide besoin d'affection, l'admiration qu'il voue à son chef de section, sa passion pour la boxe, les sévices que les anciens font subir aux bleus, la découverte de l'amour avec la femme de son chef, le sadisme de certains sous-officiers, la nostalgie qu'il a de son village, de sa chienne et de ses vaches, ses quinze jours de cachot, son renvoi de l'école puis sa réintégration, la hantise de mourir à dix-huit ans, là-bas, dans ces rizières où la guerre fait rage..., c'est le récit d'une entrée en adolescence, avec ses révoltes et sa détresse, ses déchirements et ses ferveurs.

    Ce livre a été porté à l'écran par Gérard Corbiau, sous le même titre.

  • Qui peut jurer de ne pas inventer, au moins en partie, ses souvenirs ? Certainement pas Augustin Harbour. Quarante ans plus tôt, errant dans le désert du sud libyen, il est tombé sur une mystérieuse oasis : Zindan. On y arrive de n'importe où, de n'importe quand, mais aucun des autres voyageurs échoués là ne sait comment en repartir. C'est que Hadj Hassan, Dieu lui-même, y vit, en compagnie de son envoûtante vestale, Maruschka Matlich.

    Réfugié dans une clinique de luxe, sur les rives du lac Calafquén au Chili, carnets, croquis et annotations à l'appui, Augustin dresse l'inventaire de cette extravagante épopée, des habitants et de leurs moeurs étranges - tabous ali- mentaires, pratiques sexuelles, objets sacrés et autres signes parleurs -, qui prend vite des allures de fantasmagorie. Présent et imaginaire se mêlent, comme pour une dangereuse immersion au coeur des ténèbres.

    Délirante invention d'un esprit malade ou intuition géniale d'un entendement hors du commun, le récit prodigieux et débridé d'Augustin nous emmène aux confins inexplorés de la folie. On retrouve dans ce roman phénoménal toute la fantaisie, l'humour, la virtuosité et l'érudition de l'auteur de Là où les tigres sont chez eux. Et un fameux coup de crayon !

  • La brièveté de son oeuvre (3326 vers seulement) et de sa vie (il disparaît vers l'âge de trente ans, en 1463) a fait de Villon une légende. Pourquoi ses vers hantent-ils nos mémoires depuis plus de cinq siècles?
    Villon : une poésie du quotidien. Lui qui a connu la prison et côtoyé la mort, parle d'expérience. Il est temps pour lui de régler ses comptes. 'Je, François Villon' : le caractère autobiographique assumé, dans une revendication de tous les excès, nous frappe par sa modernité et son audace. A l'opposé de l'amour courtois, Villon est un amoureux de Paris, du Paris nocturne des mauvais garçons et des filles de mauvaise vie, des déambulations et des tavernes, où riches et pauvres, jeunes et vieux, hommes et femmes sont fondus dans une même mélancolie. 'Mais où sont les neiges d'antan?' Poésie de l'universel : celle du bonheur fugace et de l'amour éphémère. Poésie du corps, matérialiste et profane, qui célèbre la vie sans craindre la mort. 'Autant en emporte le vent!' Sous l'apparente simplicité de ses vers se cachent une complexité formelle et une profondeur de sens, où le lyrisme côtoie la satire, où l'ironie allège tout ce qui pèse, dans le grand éclat de rire du pendu.
    Au-delà de la légende du poète maudit, écoutons la beauté entêtante de sa poésie.

  • Les Élégies de Duino et les Sonnets à Orphée constituent une des oeuvres poétiques essentielles de notre temps. En elle est éprouvée la question pour l'homme de son être-au-monde. Si nous ne sommes plus capables d'habiter la terre autrement que comme objet à conquérir, où réside encore notre humanité d'homme ? Et comment nous saisir d'une telle humanité sans consentir d'abord à l'endurer comme manque, tel qu'il se manifeste dans l'énigme pour nous de la douleur, de l'amour, et de la mort ? Où enfin demeure-t-il un espace qui sauve, en tant qu'il garde en lui la mémoire du manque, sinon dans le chant du poète ? Mais qu'est-ce que chanter ?


    La présente traduction tente à son tour, dans la langue qui lui est propre, d'assumer ce chemin de pensée en lui donnant la voix poétique qui lui correspond. De cette manière, elle ne constitue pas avant tout une nouvelle version française des Élégies et des Sonnets mais, plus essentiellement, entreprend de rejoindre la méditation poétique de Rilke à partir de la forge-origine qui fut la sienne : le chant. Peut-être, du même coup, fait-elle invisiblement signe vers une autre question : qu'est-ce que traduire ?

  • Un des grands classiques de la littérature anglaise ; une des oeuvres les plus traduites au monde.0500Lewis Carroll,nom de plume deCharles Lutwidge Dodgson(1832-1898): mathématicien, poète, diacre, photographe, écrivain, inventeur, amateur de lanternes magiques, enseignant, dessinateur, logicien, montreur de marionnettes.
    Imaginées le 4 juillet 1862 pour distraire son "amie-enfant" Alice Liddell et ses soeurs, au cours d'une promenade sur la Tamise, lesAventures d'Alice au pays des merveillespoursuivent leur traversée du temps et de l'espace. Parue en 42 langues - une des oeuvres les plus traduites après la Bible - l'oeuvre de Carroll continue à charmer les générations. Les plus jeunes y retrouvent la fantaisie et la magie des dessins animés du XXesiècle et les plus grands les jeux de langage et le goût de l'absurde qui font de ce livre un jeune classique de notre temps.


    La sérieBILINGUE . une traduction fidèle et précise, accompagnée de nombreuses notes, . une méthode originale de perfectionnement par un contact direct avec des oeuvres, et des textes en "version originale".0300 Elle va tour à tour, après avoir goûté une potion mystérieuse, rapetisser et devenir minuscule, puis grandir et dépasser la taille d'un arbre. Elle rencontrera des personnages étranges et improbables : une chouette fumant un narguilé, un chat dont le visage s'efface, une tortue à tête de veau, un jeu de cartes animé, un lapin blanc très bavard, etc.

  • L'empreinte Nouv.

    De 1956 à 1973 la Tunisie a perdu la quasi-totalité de sa population juive, qui a émigré en France ou ailleurs. Ce livre, paru une première fois en 1983, raconte sous une forme romancée le drame de cet exil, tel qu'il a pu être vécu par des personnages aussi improbables qu'Alma Alba, détentrice malgré elle de la clé de la dernière maison juive, ou Judith, fillette égarée entre Tunis et Belleville où la communauté s'est installée à son arrivée en France. Il s'agissait de raconter le mythe de cet exil, à travers des personnages symboliques et de rappeler de quoi était faite la vie de cette population (coutumes, langages, histoires) et ce qu'elle a pu endurer, contrainte qu'elle était à un exil sans retour. L'auteur, quant à lui, apparaît masqué au fil des pages, mais ne la ramène pas trop.

    Michel Valensi (Tunis, 1956) est (aussi) éditeur. Avant de créer les éditions de l'éclat en 1985, il a exercé différents métiers: rangeur de fiches au CNRS, agitateur de négatifs photo dans une chambre noire, cuisinier, tubiste, violoncelliste, barman, chanteur, deuguiste en Sciences des Textes et des Documents (qui n'est pas un métier). Il a publié avec Patricia Farazzi une correspondance en 2020, Lettres du chemin de pierre. L'empreinte a été son premier roman, mais pas son dernier.

  • Flics contre voyous : jamais dans l'histoire du banditisme français cette éternelle confrontation n'aura pris de telles proportions. Entre 1967 et 1974, le Gang des Lyonnais totalise plus de cinquante coups dont un particulièrement mythique : le vol d'un milliard à la Poste de Strasbourg. Côté voyous, le gang des Lyonnais a porté le braquage au rang de science appliquée. Dans cette équipe, c'est l'alchimie détonante entre les anciens, marqués par la guerre d'Algérie, et les modernes, sortis d'un quartier populaire de la banlieue Lyonnaise. Côté flics, on expérimente pour la première fois la pause de micros dans les planques des Lyonnais. Les autorités mettent en place une mécanique hors normes pour les arrêter avec une opération qui mobilise neuf cents fonctionnaires. Mais ces insaisissables bandits réussissent à passer à travers les mailles du filet...Luttes intestines, stratégies criminelles et policières, traque, Richard Schittly dans cet ouvrage unique révèle les dessous de cette affaire qui bouleversa les rapports entre justice et police en France.

  • enfant de demain, si ton rêve exhume nos corps - des mains qui se tendent avec force vers des visages de chiffons jaunes -, étouffe étrangle la gorge du rêve et enfouis dans la cendre tes larmes. car notre foi est devenue oiseau de proie.Cette anthologie du poète Avrom Sutzkever, a été confiée à Rachel Ertel, dont on connaît l'engagement pour le yiddish et le grand sens poétique des traductions. Son oeuvre qui traverse le siècle est porteuse d'un extraordinaire espoir en la poésie qui, en plusieurs occasions, lui a sauvé la vie. Tous ses ouvrages y sont représentés et si une grande partie est consacrée au ghetto et à sa résistance, l'ensemble résonne au-delà de l'engagement politique. On peut parler d'un véritable engagement poétique qui aura raison des drames de notre sombre XXe siècle.

    La vie et l'oeuvre d'Avrom Sutzkever sont exemplaires à plus d'un titre. Né en 1913, il s'installe à Wilno en 1923 et rejoindra l'avant-garde poétique de la Jeune Wilno. Enfermé dans le Ghetto, il prendra une part active à la résistance et témoignera au procès de Nuremberg. Il fut actif au sein de la Brigade de papier qui cachait des milliers de livres qui furent retrouvés après la guerre. Après un séjour en Union soviétique, il s'installe en Israël en 1947 et y vivra jusqu'à sa mort en 2010.

  • Dans le climat de l'Ère des réformes, l'utopie technologique imaginée par John A. Etzler n'est pas vraiment extravagante : tant d'autres, au milieu du XIXe siècle, ont imaginé des projets saugrenus pour refaire le monde. Fort réticent à l'égard de ces communautés chimériques, Emerson suggère au jeune Thoreau de rédiger une critique de l'ouvrage d'Etzler. Dans la fantaisie irréalisable qu'il commente, Thoreau apprécie la suggestion d'une relation apaisée avec la nature mais n'accepte pas une société idéale dont le but serait le confort matériel et la recherche du plaisir. Surtout, l'utopie d'Etzler manque l'essentiel : elle ne fait pas confiance à l'homme. Or, s'il doit y avoir progrès, il sera individuel.

    Américain dissident, Henry D. Thoreau (1817-1862) est un réfractaire qui se plaît à résister, à suivre son chemin absolu en dépit de tout. Par ses écrits, il met la force tonifiante de sa résistance au service de tous ceux qui veulent garder l'esprit en éveil et maintenir une position critique peut-être plus nécessaire que jamais à notre époque de contrôle soft de l'opinion par les divers moyens d'information ou les « produits culturels ».

  • Par désir de paraître, déni du passé, pour cause d'inertie, de lâcheté, quelquefois par désespoir ou générosité, des gens ordinaires empruntent ces Passages d'enfer générés par l'ordre social.

  • Jean Diwo est né faubourg Saint-Antoine. Le chuintement de la scie à refendre, le doux sifflement de la varlope et l'âcre parfum de la colle bouillonnante, il connaît. Depuis longtemps, il rêvait d'écrire le fabuleux roman de cette grande artère parisienne où les chariots de l'Histoire n'ont cessé de rouler. Dans ce cadre sculpté au ciseau et à la gouge, il a tissé au petit point le récit de la vie pleine, généreuse, souvent aventureuse des abbesses de Saint-Antoine-des-Champs et de leurs amis et protégés, les compagnons du bois, descendants des bâtisseurs de cathédrales. Il y a peint les artisans, les nobles, les bourgeois et surtout les femmes de tout rang qui ont su engendrer, dans l'amour, la prière, l'intelligence et le sacrifice, de ces familles qui, par le jeu des alliances, des héritages et du talent, forment depuis Louis XI une chaîne ininterrompue, soudée par l'amour du bois, matériau noble et magique. Jean Diwo a brassé cette pâte humaine, gonflée au levain de l'Histoire, pour en faire un roman captivant chargé d'amour, de drames et de joies, dont la tonalité est gaie parce que les hommes et surtout les dames du Faubourg ne sont pas moroses.

  • Pour ne pas perdre le nord (minuscule en général, majuscule quand il s'agit de la région d'un pays) ; pour ne pas donner du mister (Mr) à monsieur (M.) ni de trait d'union à saint Jacques, sauf quand c'est le nom d'une église ( Saint-Jacques-de-Compostelle); pour distinguer le Premier ministre du président de la République, même si l'un rêve toujours d'être l'autre; pour laisser leur minuscule au roi et à l'empereur sauf en cas de mégalomanie (Napoléon); pour ne pas écrire 1ère mais 1re; pour conserver l'accent sur les capitales, donc la lisibilité d'un texte en dépit de toutes les paresses et de toutes les pressions numériques... bref,pour ne pas se perdre, un seul fil d'Ariane, le Lexique des règles typographiques. C'est la bible de tous les académiciens quand ils rédigent le Dictionnaire, la règle du jeu de la langue française. Le jeu en vaut la chandelle.

  • Quoi de neuf sur la guerre ?
    En principe rien, puisqu'elle est finie.
    Nous sommes en 1945-1946, dans un atelier de confection pour dames de la rue de Turenne, à Paris. Il y a là M. Albert, le patron, et sa femme, Léa. Leurs enfants, Raphaël et Betty. Léon, le presseur. Les mécaniciens, Maurice, rescapé d'Auschwitz et Charles dont la femme et les enfants ne sont pas revenus. Et les finisseuses, Mme Paulette, Mme Andrée, Jacqueline. Et il y a l'histoire de leurs relations et de leur prétention au bonheur.
    Dans l'atelier de M. Albert, on ne parle pas vraiment de la guerre. On tourne seulement autour même si parfois, sans prévenir, elle fait irruption. Alors les rires et les larmes se heurtent sans que l'on sache jamais qui l'emporte. Alors, « ceux qui ont une idée juste de la vie » proposent simplement un café ou un verre de thé avec, au fond, un peu de confiture de fraises.
    1981-1982. Le journal intime de Raphaël, alors qu'en France progressent les activités antisémites. Trente-cinq ans après, quoi de neuf sur la guerre ? Rien de neuf sur la guerre. Parce que, comme le disait M. Albert en 1945 : « Les larmes c'est le seul stock qui ne s'épuise jamais. »

  • De son vivant, Michel Vachey (1939-1987) a occupé une place étrange, un peu fantomatique, dans le paysage littéraire français - ce qui tient autant au caractère expérimental de son oeuvre qu'à l'intransigeance de sa démarche. Circulant entre les genres (de la poésie au roman, tour à tour mis en pièces), adepte du collage et du détournement, il a publié quelques livres au Mercure de France, puis chez Bourgois, collaboré à plusieurs revues majeures de l'époque, travaillé avec les peintres de Supports/Surfaces et s'est consacré dans les dernières années de sa vie à des travaux plastiques (estampages, caviardages, lacération de ses propres livres...) avant de se donner la mort en 1987. Malgré son amitié avec Michel Butor, Alain Borer, Pierre Pachet notamment, aucun de ses livres n'était plus disponible depuis des lustres. Le but d'Archipel plusieurs est de redonner à lire cet auteur inclassable, à travers un choix de textes et d'images qui mettent l'accent sur son travail poétique, y compris dans sa dimension visuelle.

  • Né en Tunisie dans une modeste famille juive de langue maternelle arabe, formé dans les écoles de l'Alliance israélite universelle puis au lycée Carnot de Tunis, enfin à l'université d'Alger pendant la guerre et en Sorbonne à la Libération, Albert Memmi (1920-2020) se situe au carrefour de trois cultures et a construit une œuvre abondante d'essayiste, mais aussi de romancier, sur la difficulté pour un minoritaire né en pays colonisé de trouver son propre équilibre entre Orient et Occident. De l'âge de 16 ans à sa disparition, il a tenu un journal, où il a recueilli ses rêves et ses cauchemars, ses doutes et ses illuminations, ses espoirs et ses désillusions, ses joies et ses frustrations : une somme de réflexions au jour le jour qui éclairent d'une lumière crue un " siècle épouvantable " mais qui constituent aussi les fondations d'une œuvre universelle.

    Qui est le jeune homme que nous suivrons pas à pas, de ses 16 ans à la quarantaine, dans ce premier volume du Journal ? Un minoritaire en pays dominé, né pauvre et honteux de ses origines, mais avide de culture et désireux d'en faire son destin ? Un enfant qui ne possède d'autre langue que " le pauvre patois du ghetto ", mais rêve de maîtriser celle de Rousseau et de Gide, d'égaler – qui sait... – son maître Jean Amrouche, ou même le monumental François Mauriac ? Cet adolescent pacifiste, un peu dandy, brutalement confronté à la guerre et à la nécessité de prendre parti, ou ce Juif acculturé qui fait peu à peu l'expérience de sa condition, découvre les ostracismes dont il est de tous bords entouré, et qui apprend à s'en défendre ?

    Que cherche-t-il ? Vivre à Tunis, en se calfeutrant dans les " valeurs-refuge " et les traditions de sa communauté, ou s'enfuir à Paris pour se mesurer à la modernité occidentale ? Étudier la médecine, la philosophie ou les sciences humaines ? S'étourdir dans les divertissements ou affronter le monde et ses contradictions, au risque de s'y brûler ?

    Quelles sont ses ambitions, enfin ? Lutter parmi les siens au sein de mouvements de jeunesse ou se tenir à distance de tout militantisme pour mieux analyser les situations ? Défendre ses convictions par la plume ou s'inventer un monde de fiction capable de transcender ses déchirures intimes ?

    L'âge d'homme arrivé, ce jeune inconnu déchiré, devenu Albert Memmi, s'est clairement défini comme colonisé à travers le Portrait du colonisé et comme Juif par le Portrait d'un Juif. Pendant la guerre, il a fait l'expérience de la souffrance physique et de l'engagement ; plus tard, s'éloignant des siens sans les renier, il a appris – sans jamais se compromettre – à en découdre avec l'Occident et avec l'altérité. Par l'écriture de deux romans autobiographiques, il s'impose comme écrivain de langue française ; comme enseignant-chercheur en philosophie et sociologie, il collabore avec Aimé Patri, Daniel Lagache et Georges Gurvitch à l'élaboration d'une pensée humaniste aux prises avec les défis de " ce siècle de sciences, de progrès et d'effroyable bêtise ".

    L'extraordinaire itinéraire individuel que révèle ce Journal 1936-1962 possède sa moralité. Il prouve avec une exemplarité éblouissante que rien n'est jamais joué d'avance, que tout se conquiert : en dépit de ses origines, au-delà de sa condition et malgré l'état cataclysmique du monde, le jeune homme parvient à percevoir, loin des " vérités absolues ", la promesse effective de tous les possibles, les hypothèses infinies que nous offre l'existence.

  • 16000 kilomètres en deux ans, un peu à pied, mais surtout en cheval : de Constantinople à Qaraqorum, capitale de l'Empire des steppes. Plusieurs années avant Marco Polo, le récit du père Guillaume de Rubrouck, envoyé de Saint Louis auprès du Grand Khan, est l'un des premiers textes qui révélèrent à l'Occident les merveilles de l'ordre mongol et de son empire. Un document historique médiéval exceptionnel doublé d'un fabuleux récit de voyage au coeur de l'Asie.

  • L'utopie sociale naît d'une insatisfaction collective. l'utopie réalisable, c'est la réponse collective à cette insatisfaction. mais comment répondre collectivement à une insatisfaction ? et quelles limites une collectivité doit-elle respecter pour satisfaire à son utopie réalisée ? telles sont les questions soulevées - avec une grande précision et quelques dessins au trait - par le livre de yona friedman, paru pour la première fois en 1974, et revu et augmenté pour cette édition.

  • Enfant prodige né en Lituanie en 1855, Getzl Sélikovitch est envoyé à Paris où il étudie les langues sémitiques et l'égyptologie et entame un parcours hors du commun qui le conduira en Afrique, Italie, Grèce et Turquie. Assistant de Gaston Maspero, il part au Caire avec un bourse, participe à une mission militaire au Soudan, est mêlé à un assassinat politique qui faillit provoquer une guerre entre la France et la Grande Bretagne, et émigre aux USA (où il meurt en 1926), étant désormais persona non grata dans l'université française. Ses Mémoires, parurent dans la presse yiddish américaine et nous font découvrir une personnalité hors du commun, comme l'intelligentsia du premier XXe siècle pouvait encore en compter, mêlant une extraordinaire érudition et un goût immodéré de l'aventure.

    Professeur de langue et de littérature hébraïques, Paul B. Fenton est directeur-adjoint de l'UFR d'études arabes et hébraïques à la Sorbonne. Spécialiste de la littérature judéo-arabe, il est l'auteur de plusieurs études et monographies relatives à la culture juive en terre d'islam.Dans ces Mémoires, traduits du yiddish, il nous présente la période française de Getzl Sélikovitch, un aventurier peu banal d'origine litvak, qui fut, comme son traducteur, arabisant, hébraïsant et yiddishisant.

  • Partez à la découverte de Strange Planet, un adorable univers bleu, rose, et violet, basé sur le compte Instagram phénomène du même nom.
    Un regard doux et hilarant sur un monde étrange, pas si éloigné du nôtre.
     

  • La contraction de la pierre dans la main refermée. La dilatation inverse de la pierre dans le poing tremblant de l'enfant sur le seuil de lui-même, l'abandon inverse de l'enfant. L'ouvert. L'abandon à l'ouvert de l'enfant qui ne voulait pas. Soudain plus grand que son corps l'enfant comme si l'étincelle de sa chair avait pris. L'enfant ne veut pas cela mais il l'accepte, de toutes ses forces il ferme le poing sur le caillou brûlant et il accepte.

empty