• L'image de l'autorité préfectorale au XIXe siècle est celle d'une autorité martiale exercée par un haut fonctionnaire aux immenses pouvoirs. En réalité, construire une autorité considérée comme légitime par la population a nécessité un travail institutionnel et individuel permanent. Dans ce siècle de révolutions, préfets et sous-préfets se sont situés aux avant-postes de la conquête morale du territoire afin d'enraciner le régime et faire accepter l'État. Ce livre entend analyser ce travail de représentation et de séduction négligé par l'historiographie. Il restitue la construction de ce charisme de fonction à partir de terrains originaux, notamment le corps physique du préfet, vecteur d'une incarnation de l'État, ou encore le bal de la préfecture, véritable outil de gouvernement.

    Ancien élève de l'ENS-Ulm et membre honoraire de l'IUF, Pierre Karila-Cohen est professeur d'histoire contemporaine à l'université Rennes 2 et membre de Tempora (EA 7468). Ses travaux concernent l'histoire de l'État, de la police, des enquêtes et de la relation d'autorité en France et en Europe au XIXe siècle. Il a publié en 2008 L'État des esprits. L'invention de l'enquête politique en France (1814-1848). Il collabore régulièrement au Monde des livres.

  • Cet ouvrage se propose de présenter de manière synthétique et pédagogique, à l'usage des élèves de classes préparatoires, de premier et de deuxième cycles universitaires, mais aussi de tous les lecteurs curieux d'histoire, les acquis récents de la recherche historique et sociologique sur le syndicalisme en France depuis les premières organisations ouvrières du XIXe siècle jusqu'à la crise actuelle des grandes confédérations et ses conséquences pour le système social français. Existe-t-il un modèle spécifique de syndicalisme à la française ? Quelle place les organisations professionnelles ont-elles tenu dans l'histoire de ce siècle ? Quelle interprétation peut proposer l'historien de la crise actuelle du syndicalisme ?

  • On connaît bien le commissaire de police du xxe siècle, devenu une figure familière grâce à la fiction, dans la littérature d'abord, au cinéma et à la télévision ensuite. On connaît beaucoup moins bien son devancier du xixe siècle, mal vu par ses contemporains et négligé par les historiens. Il ne correspond pourtant que peu à l'image du froid bureaucrate à laquelle on l'a souvent réduit. Si, contrairement à l'inspecteur ou au « limier » de la Sûreté, il n'a alors guère sollicité l'imaginaire, ce fonctionnaire moderne a constitué à partir de la célèbre loi de février 1800 (28 pluviôse an VIII) un rouage essentiel de la construction de l'État. Au contact de citadins de plus en plus nombreux, il a été un agent décisif de l'acculturation à la norme et à l'autorité, gérant au jour le jour les transgressions ordinaires, contribuant à l'édification d'un ordre quotidien. Homme de l'entre-deux - entre pouvoir central et pouvoir local, entre État et société, élites sociales et petit peuple urbain, politisation et professionnalisation -, il résume et accompagne bien des contradictions du siècle. Cet ouvrage collectif, dirigé par Dominique Kalifa (Paris 1) et Pierre Karila-Cohen (Rennes 2), est le premier livre entièrement consacré à ce personnage méconnu qu'il étudie en un long xixe siècle, de la Révolution à la Grande Guerre. Aussi attentif aux origines sociales des commissaires qu'à leurs itinéraires, à leurs pratiques professionnelles ou à leurs conditions de vie, il offre aussi une ample sélection de documents, pour partie inédits, qui témoignent de l'activité quotidienne de ces policiers, appelés à devenir une des figures majeures de notre contemporain.

empty