• Édition enrichie de Katrina Kalda comportant une préface de Richard Millet et un dossier sur l'oeuvre.

    Dans cet essai - qui se lit comme un roman -, le grand historien de la Révolution désensorcelle la sorcière : il la réhabilite, en montrant qu'elle n'est que le résultat d'une époque. Dans la société féodale du Moyen Âge, elle est l'expression du désespoir du peuple. À travers la sorcière, c'est à la femme que Michelet s'intéresse : elle dont la servitude absolue la conduit à transgresser les règles établies par l'Église et le pouvoir. Il met en avant sa féminité, son humanité, son innocence : ce par quoi elle subvertit tout discours visant à la cerner. En l'arrachant aux terrifiants manuels d'Inquisition et aux insupportables comptes rendus de procès, en faisant sentir ce qu'il y a d'insaisissable dans la figure de la sorcière, il la rend à sa dimension poétique.

  • "C'était un rude voyage et bien périlleux qu'elle entreprenait. Tout le pays était couru par les hommes d'armes des deux partis. Il n'y avait plus ni route, ni pont ; les rivières étaient grosses ; c'était au mois de février 1429. S'en aller ainsi avec cinq ou six hommes d'armes, il y avait de quoi faire trembler une fille."
    De l'enfance paysanne aux flammes du bûcher, Jules Michelet retrace le destin de la "Pucelle d'Orléans".

  • Histoire de France

    Jules Michelet

    L'histoire humaine semble finie quand on entre dans la guerre de Trente-Ans. Plus d'hommes et plus de nations, mais des choses et des éléments. Il faut raconter barbarement un âge barbare, et prendre un coeur d'airain, mettre eu saillie ce qui domine tout, la brutalité de la guerre, et son rude outil, le soldat.
    Il y avait trois ou quatre marchés de soldats, des comptoirs militaires où un homme désespéré, et qui ne voulait plus que tuer, pouvait se vendre.
    Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

  • Édition enrichie de Jean Boried comportant une préface et un dossier sur l'oeuvre.

    "Grande, très grande différence entre les deux éléments : la terre est muette, et l'Océan parle. L'Océan est une voix. Il parle aux astres lointains. Il parle à la terre, au rivage, dialogue avec leurs échos ; plaintif, menaçant tour à tour, il gronde ou soupire. Il s'adresse à l'homme surtout. Comme il est le creuset fécond où la création commença et continue dans sa puissance, il en a la vivante éloquence ; c'est la vie qui parle à la vie. Les êtres qui, par millions, milliards, naissent de lui, ce sont ses paroles. La mer de lait dont ils sortent, avant même de s'organiser, blanche, écumante, elle parle. Tout cela ensemble, mêlé, c'est la grande voix de l'Océan."

  • L'histoire a-t-elle un sens ? Une société peut-elle se passer de religion ? Comment parvenir à une connaissance de l'homme ? Tels sont, parmi tant d'autres, les problèmes classiques de la philosophie affrontés par Michelet (1798-1874) à l'orée de sa carrière d'historien. S'il demeure avant tout, dans la mémoire collective, l'auteur d'une Histoire de France à laquelle il a consacré une grande partie de sa vie, Michelet n'a jamais conçu son oeuvre indépendamment d'une réflexion philosophique.
    Les quatre textes rassemblés ici, inédits ou indisponibles à ce jour, mettent en pleine lumière la philosophie de l'histoire, la méthode et les concepts fondamentaux qui irrigueront les chefs-d'oeuvre de l'historien, depuis Le Peuple jusqu'à La Sorcière. Lire la Philosophie de l'histoire du jeune Michelet, c'est aussi découvrir un pan méconnu de la philosophie française du premier XIXe siècle, et percevoir la dynamique de la pensée française entre l'Empire et l'avènement de la Troisième République.
    Ce volume contient Discours sur l'unité de la science (1825), Discours sur le système et la vie de Vico (1827), Cours de philosophie à l'École préparatoire (1828-1829, inédit) et Introduction à l'histoire universelle (1831)?

  • Édition enrichie de Perrine Simon-Nahum comportant une préface et un dossier sur l'oeuvre.

    Tenu de 1828 à sa mort en 1874, le Journal de Michelet tisse ensemble un projet intellectuel et pédagogique, une ambition personnelle, une oeuvre-monde, une intimité. Il rend à jamais indissociables l'historien de la France et de la Révolution, dont le savoir et le souffle font aujourd'hui encore notre admiration, et l'homme amoureux, obsédé par la mort et célébrant la vie, consignant son intimité et celle de sa femme, disséquant sentiments et plaisirs charnels, se passionnant pour la biologie et l'histoire naturelle. Étonnante modernité d'un texte audacieux, souvent cru, qui n'a rien à envier à l'autofiction contemporaine.
    Tantôt intimiste, tantôt prophétique, Michelet s'adresse tour à tour au peuple, aux femmes, aux générations futures, et à l'humanité entière. Sous nos yeux se joue la célébration du moi tout-puissant, en union avec la nature et l'univers, et son identification progressive au monde. Dans un mouvement résolument moderne, la subjectivité devient le médium absolu de l'histoire. Voilà pourquoi nous entrons aussi facilement dans ce Journal, qui se lit comme le roman de notre modernité.

  • Le Peuple

    Jules Michelet

    Si nous voulons connaître la pensée intime, la passion du paysan de France, cela est fort aisé. Promenons-nous le dimanche dans la campagne, suivons-le. Le voilà qui s'en va là-bas devant nous. Il est deux heures ; sa femme est à vêpres ; il est endimanché ; je réponds qu'il va voir sa maîtresse.
    Quelle maîtresse ? sa terre.
    Je ne dis pas qu'il y aille tout droit. Non, il est libre ce jour-là, il est maître d'y aller ou de n'y pas aller.
    Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

  • Le premier des manuels d'histoire de l'enseignement secondaire public. Et quelle histoire !En octobre 1833 paraît un
    Précis de l'histoire de France jusqu'à la Révolution française. L'auteur, Jules Michelet (1798-1874), âgé de 35 ans, est en pleine possession de son métier d'historien, qu'il consacre désormais au chantier de toute sa vie : l'histoire de France, " pilote du vaisseau de
    l'humanité ".
    Son
    Précis figure comme le premier manuel d'histoire de France, appelé à une riche postérité. La rigueur originale de la démarche, la hardiesse contenue de la pensée, la maîtrise frémissante du style confèrent une fraîcheur intacte à cet alphabet de notre passé national.
    " Un petit bijou de style cinglant. "
    Jean-Pierre Denis,
    La Vie

  • Le grand mouvement de la croisade ayant un instant tiré les hommes de la servitude locale, les ayant menés au grand air par l'Europe et l'Asie, ils cherchèrent Jérusalem, et rencontrèrent la liberté. Cette trompette libératrice de l'archange, qu'on avait cru entendre en l'an 1000, elle sonna un siècle plus tard dans la prédication de la croisade. Au pied de la tour féodale, qui l'opprimait de son ombre, le village s'éveilla. Cet homme impitoyable qui ne descendait de son nid de vautour que pour dépouiller ses vassaux, les arma lui-même, les emmena, vécut avec eux, souffrit avec eux, la communauté de misère amollit son coeur. Plus d'un serf put dire au baron : Monseigneur, je vous ai trouvé un verre d'eau dans le désert ; je vous ai couvert de mon corps au siège d'Antioche ou de Jérusalem. Il dut y avoir aussi des aventures bizarres, des fortunes étranges. Dans cette mortalité terrible, lorsque tant de nobles avaient péri ; ce fut souvent un titre de noblesse d'avoir survécu. L'on sut alors ce que valait un homme. L'Histoire de France est le chef-d'oeuvre de Michelet (1798-1874). Edition présentée par Paul Viallaneix et Paule Petitier.

  • C'est que Louis XI, sans être pire que la plupart des rois de cette triste époque, avait porté une plus grave atteinte à la moralité du temps. Pourquoi? II réussit. On oublia ses longues humiliations, on se souvint des succès qui finirent ; on confondit l'astuce et la sagesse. Il en resta pour longtemps l'admiration de la ruse, et la religion du succès. (...) Sous ce règne, il faut le dire, le royaume, jusque-là tout ouvert, acquit ses indispensables barrières, sa ceinture de Picardie, de Bourgogne, Provence et Roussillon, Maine et Anjou. Il se ferma pour la première fois, et la paix perpétuelle fut fondée pour les provinces du Centre. Si je vis encore quelque temps, disait Louis XI à Comines, il n'y aura plus dans le royaume qu'une coutume, un poids et une mesure. Toutes les coutumes seront mises en français, dans un beau livre. Cela coupera court aux ruses et pilleries des avocats; les procès en seront moins longs... Je briderai, comme il faut, ces gens du Parlement... Je mettrai une grande police dans le royaume.
    L'Histoire de France est le chef d'oeuvre de Michelet (1798-1874).
    Édition présentée par Paul Viallaneix et Paule Petitier. Paul Viallaneix, éditeur notamment du Journal et des OEuvres complètes de Michelet, est l'auteur de La Voie royale. Essai sur l'idée de peuple dans l'oeuvre de Michelet (Flammarion), et Michelet, les travaux et les jours (Gallimard). Paule Petitier est professeur à l'Université de Paris Diderot-Paris 7. Elle est l'auteur de La Géographie de Michelet (L'Harmattan) et Jules Michelet, l'homme histoire (Grasset).

  • Ce sont d'étranges époques. On nie tout, on croit tout. Une fiévreuse atmosphère de superstition sceptique enveloppe les villes sombres. L'ombre augmente dans leurs rues étroites ; leur brouillard va s'épaississant aux fumées d'alchimie et de sabbat. Les croisées obliques ont des regards louches. La boue noire des carrefours grouille en mauvaises paroles (...). On s'attend alors à quelque chose. A quoi ? On l'ignore. Mais la nature avertit ; les éléments semblent chargés. Le bruit courut un moment sous Charles VI, qu'on avait empoisonné les rivières. Dans tous les esprits, flottait d'avance une vague pensée de crime.
    Luttes intestines dans l'état, schisme dans l'église, dilapidations dans les finances, folie du roi, soulèvement des Parisiens accablés sous le poids des impôts, assassinat du duc d'Orléans, défaite d'Azincourt, tels sont les principaux épisodes du règne de Charles VI.

  • Les historiens de l'avenir auront de la peine à faire croire ce qui, pour être ridicule, n'en est pas moins constaté. Dans ce XIXe siècle que l'on croit si positif, les plus grandes affaires du monde, celles qui faisaient son destin, ont été livrées aux jeux de la pure imagination, discutées, négociées sur des bases fantastiques, dignes des Mille et une nuits. La plus grave politique, à son moment le plus grave, a flotté entre les mines romanesques du Mexique et les mirages du Rhin.

  • Si Michelet écrivit une histoire de France de « bas en haut », c'est d'abord pour mettre à jour des continuités sous-jacentes, la lente constitution d'une âme. Le Peuple est le véritable coeur de l'épopée historique. Les quatre chants de son « poème de la nature » (L'Oiseau, L'Insecte, La Mer et La Montagne) procèdent curieusement de la même inspiration. Adepte d'une forme de panthéisme démocratique, qui réconcilie l'homme et les bêtes, il rend justice à la nature. C'est bien l'avocat des humbles qui prend le parti des animaux et exalte la beauté des éléments.

  • "La puissance d'enfantement qu'eut la France à ce moment éclata par l'apparition subite des deux langues françaises, qui surgissent, adultes, mûres, tout armées, dans les deux écrivains capitaux du siècle : l'immense et fécond Rabelais, le fort, le lumineux Calvin.
    Cette France de Gargantua, principal organe de la Renaissance, est-elle au niveau de son rôle ? Avec ce cerveau gigantesque, a-t-elle un corps ? a-t-elle un coeur ? a-t-elle cette vie générale, répandue partout, que l'Italie avait dans son bel âge ? La France étonne par d'effrayants contrastes. C'est un géant et c'est un nain. C'est la vie débordante, c'est la mort et c'est un squelette. Comme peuple, elle n'est pas encore.
    Donc, sur quoi porte la Renaissance française ? Faut-il le dire ? Sur un individu. (...) Ce roi parleur, ce roi brillant, qui dit si bien, agit si mal, mobile en ses résolutions encore plus que dans ses amours, cet imprudent, cet étourdi, ce Janus, cette girouette, François Ier, fut un Français."

  • "La Régence est tout un siècle en huit années. Elle amène à la fois trois choses : une révélation, une révolution, une création.
    I. C'est la soudaine révélation d'un monde arrangé et masqué depuis cinquante ans. La mort du Roi est un coup de théâtre. Le dessous devient le dessus. Les toits sont enlevés, et l'on voit tout. Il n'y eut jamais une société tellement percée à jour. Bonne fortune, fort rare pour l'observateur curieux de la nature humaine.
    II. Et ce n'est pas seulement la lumière qui revient ; c'est le mouvement. La Régence est une révolution économique et sociale, et la plus grande que nous ayons eue avant 89.
    III. Elle semble avorter, et n'en reste pas moins énormément féconde. La Régence est la création de mille choses (les grandes routes, la circulation de province à province, l'instruction gratuite, la comptabilité, etc.). Des arts charmants naquirent, tous ceux qui font l'aisance et l'agrément de l'intérieur. Mais, ce qui fut plus grand, un nouvel esprit commença, contre l'esprit barbare, l'inquisition bigote du règne précédent, un large esprit, doux et humain."
    Histoire de France est le chef-d'oeuvre de Jules Michelet (1798-1874).
    Édition présentée par Paul Viallaneix, qui a notamment édité le Journal et les OEuvres complètes de Michelet, et Paule Petitier, professeur à l'université de Paris Diderot-Paris 7, auteur de Jules Michelet, l'homme histoire (Grasset).

  • "Le roi avait quarante-sept ans. Ses excès de vin, de mangeaille, lui avaient fait un teint de plomb. La bouche crapuleuse dénonçait plus que le vice, le goût du vil, l'argot des petites canailles, qu'il aimait à parler. [...]
    Il n'était pas cruel, mais mortellement sec, hautain, impertinent. Et il eût cassé ses jouets. C'était un personnage funèbre au fond, il parlait volontiers d'enterrement, et si on lui disait : " Un tel a une jambe cassée ", il se mettait à rire. Sa face était d'un croque-mort. Dans ses portraits d'alors, l'oeil gris, terne, vitreux, fait peur. C'est d'un animal à sang froid. Méchant ? Non, mais impitoyable. C'est le néant, le vide, un vide insatiable, et par là très sauvage. [...]
    Beaucoup, en Europe et en France, disaient : " On le tuera. " 
    Dans la cour du palais, quand il revint, les poissardes disaient (et redirent) : " Il y aura une saignée. " Et d'autres : " Il faut une saignée en France. " "
    Histoire de France est le chef-d'oeuvre de Jules Michelet (1798-1874).
    Édition présentée par Paul Viallaneix, qui a notamment édité le Journal et les OEuvres complètes de Michelet, et Paule Petitier, professeur à l'université de Paris Diderot-Paris 7, auteur de Jules Michelet, l'homme histoire (Grasset).

  • Philippe-le-Bel avait été élevé par un dominicain. Il avait pour confesseur un dominicain. Longtemps ces moines avaient été amis des Templiers, au point même qu'ils s'étaient engagés à solliciter de chaque mourant qu'ils confesseraient un legs pour le Temple. Mais peu à peu les deux ordres étaient devenus rivaux. Les dominicains avaient un ordre militaire à eux, les Cavalieri Gaudenti, qui ne prit pas grand essor. A cette rivalité accidentelle il faut ajouter une cause fondamentale de haine.
    Les Templiers étaient nobles ; les dominicains, les Mendiants, étaient en grande partie roturiers (. ). Dans les Mendiants, comme dans les légistes conseillers de Philippe-le-Bel, il y avait contre les nobles, les hommes d'armes, les chevaliers, un fonds commun de malveillance, un levain de haine niveleuse. Les légistes devaient haïr les Templiers comme moines ; les dominicains les détestaient comme gens d'armes, comme moines mondains, qui réunissaient les profits de la sainteté et l'orgueil de la vie militaire. (. ) Le coup ne fut pas imprévu, comme on l'a dit. Les Templiers eurent le temps de le voir venir. Mais l'orgueil les perdit ; ils crurent toujours qu'on n'oserait.

  • L'Oiseau

    Jules Michelet

    La grande trilogie de Michelet (L'Insecte, La Mer, L'Oiseau) est une épopée : celle de l'homme du XIXe siècle, confiant dans lui-même, qui s'ouvre à la merveille qu'est le monde et apprend à le respecter.
    Darwin, Fabre et d'autres nous font ainsi voyager dans l'immédiatement proche, en convoquant tout notre imaginaire intérieur.
    Michelet se régale et on le sent. Il est le premier à s'embarquer dans ce voyage-là. Il est historien, habitué à dépouiller les vieux livres. Leur siècle déborde de récits de voyages et d'explorations. Il y puise. Il nous embarque vers les pôles, dans les mangroves. Il s'émerveille d'un colibri.
    C'est un raconteur, un raconteur et un rêveur. Comme pour le récit de la tempête à Cordouan dans "La Mer", il part de sa table d'écriture elle-même : cette année 1866, il écrit le terrible livre du coeur sanglant de la Révolution française, "Quatre-vingt-treize". Pour cela, lui et sa compagne se sont réfugiés à la campagne, pas très loin de Nantes, sur les bords de l'Erdre... Les oiseaux sont sa compagnie immédiate.
    Alors on se laisse faire comme par un grand poème. La nature avant ces gens-là est effrayante, ou utilitaire, ou la cible de la chasse (on n'en a pas fini avec les zigouilleurs d'oiseaux, mais Michelet est le premier à tenter de leur porter un coup). Après Michelet, ce n'est pas qu'on serait devenu savant sur la chouette, l'aigle et le vautour, la frégate, le pic ou l'hirondelle - c'est juste que chacun des oiseaux, même le timide rossignol chanteur, nous a appris quelque chose de notre humanité.
    C'est nous, que nous apprenons à lire. Pas un hasard qu'il cite, à côté de poètes comme Ruckert, le beau texte satirique d'Aristophane, ses "Oiseaux" bâtissant une cité aérienne...
    FB

  • "Jules Michelet et son Tableau de la France que nous commençons. D'emblée, on mesure combien histoire et géographie sont intriquées. Ce qui frappe surtout, c'est le parti pris de montrer, tout à la fois, la diversité des terroirs et ce qui, au long des siècles, concourt à leur harmonieuse conjugaison. Ce souci de démonstration culmine dans l'intention manifeste du Tableau. On ne peint pas un paysage, on brosse le portrait d'une personne, celui d'une madone. Nous restons évidemment, aujourd'hui, quelque peu désarçonnés par cet usage immodéré de la figure de l'incarnation mais comment ne pas fondre devant la beauté de la langue que Jules Michelet met au service de sa déclaration d'amour !"Revue LIRE - Marc Riglet, mars 2007
    Nouvelle édition de la préface à l'Histoire de France", un des ouvrages les plus célèbres de Jules Michelet (1798-1874). C'est en 1833 que parurent les deux premiers volumes dont la rédaction avait commencé en 1831. Le "Tableau de la France" ouvrait le tome second.
    Format professionnel électronique © Ink Book édition.

  • "L'originalité de la Pucelle, ce qui fit son succès, ce ne fut pas tant sa vaillance ou ses visions ; ce fut son bon sens. À travers son enthousiasme, cette fille du peuple vit la question et sut la résoudre.
    Le noeud que les politiques et les incrédules ne pouvaient délier, elle le trancha. Elle déclara au nom de Dieu, que Charles VII était l'héritier ; elle le rassura sur sa légitimité, dont il doutait lui-même. Cette légitimité, elle le sanctifia, menant son roi droit à Reims, et gagnant de vitesse sur les Anglais l'avantage décisif du sacre."
    L'Histoire de France est le chef d'oeuvre de Michelet (1798-1874).
    Édition présentée par Paul Viallaneix et Paule Petitier.
    Paul Viallaneix, éditeur notamment du Journal et des OEuvres complètes de Michelet, est l'auteur de La Voie royale. Essai sur l'idée de peuple dans l'oeuvre de Michelet (Flammarion), et Michelet, les travaux et les jours (Gallimard). Paule Petitier est professeur à l'Université de Paris Diderot-Paris 7. Elle est l'auteur de La Géographie de Michelet (L'Harmattan) et Jules Michelet, l'homme histoire (Grasset).

  • "Un événement immense s'était accompli. Le monde était changé. Pas un État européen, même des plus immobiles, qui ne se trouvât lancé dans un mouvement tout nouveau [].
    Rare et singulier phénomène ! la France arriérée en tout (sauf un point, le matériel de la guerre), la France était moins avancée pour les arts de la paix qu'au quatorzième siècle. L'Italie, au contraire, profondément mûrie par ses souffrances mêmes, ses factions, ses révolutions, était déjà en plein seizième siècle, même au-delà, par ses prophètes (Vinci et Michel-Ange). Cette barbarie étourdiment heurte un matin cette haute civilisation ; c'est le choc de deux mondes, mais bien plus, de deux âges qui semblaient si loin l'un de l'autre; le choc et l'étincelle ; et de cette étincelle, la colonne de feu qu'on appela la Renaissance."

  • Le lendemain de la Saint Barthélemy voit l'avènement du roi Charles IX, fils cadet de Catherine de Médicis et d'Henri II. Un règne de 14 ans marqué encore par la lutte contre les protestants et le siège de la Rochelle.
    C'est aussi la montée de la Ligue, cette conspiration des catholiques absolutistes qui menace l'unité de la France.
    À la mort de Charles XI, lui succède son frère Henri II qui sera assassiné par un moine de la Ligue. Leur soeur, Marguerite de Valois, épousera Henri de Navarre, futur Henri IV dont l'arrivée sur le trône marque la fin de ce volume qui clôt le XVIe siècle et se termine par l'échec de la Renaissance. Et un profond scepticisme de la part de Michelet.

  • "Louis XIV enterre un monde. Comme son palais de Versailles, il regarde le couchant. Après un court moment d'espoir (1661-1666), les cinquante ans qui suivent ont l'effet général du grand parc tristement doré en octobre et novembre, à la tombée des feuilles. Les vrais génies d'alors, même en naissant, ne sont pas jeunes, et, quoi qu'ils fassent, ils souffrent de l'impuissance générale. La tristesse est partout, dans les monuments, dans les caractères ; âpre dans Pascal, dans Colbert, suave en Madame Henriette, en La Fontaine, Racine et Fénelon. []
    Cet attribut divin (commun au XVIe siècle), à pas un n'est resté: La Joie ! La joie, le rire des dieux, comme on l'entendit à la Renaissance, celui des héros, des grands inventeurs, qui voyaient commencer un monde, on ne l'entend plus depuis Galilée. Le plus fort du temps, son puissant comique, Molière, meurt de mélancolie." Histoire de France est le chef-d'oeuvre de Jules Michelet (1798-1874).
    Édition présentée par Paul Viallaneix, qui a notamment édité le Journal et les uvres complètes de Michelet, et Paule Petitier, professeur à l'université de Paris Diderot-Paris 7, auteur de Jules Michelet, l'homme histoire (Grasset).

  • "Il vous regarde du fond de son mystère, Le sphinx à robe rouge. Je n'ose dire du fond de sa fourberie. Car, au rebours du sphinx antique, qui meurt si on le devine, celui-ci semble dire : Quiconque me devine en mourra. (...) Richelieu est Espagnol jusqu'à quarante ans, et, depuis, anti-Espagnol. Faut-il croire que, dans la première période, il ait obstinément menti ? Ou bien qu'ayant été sincère il changea tout à coup si tard et fut décidément Français ? Sa mauvaise fortune le força de bonne heure d'avoir du mérite. Il était le dernier de trois frères. Sa famille n'était pas riche, et elle s'allia en roture. Le frère aîné, qui était à la cour, dépensait tout. Le second, qui avait l'évêché de Luçon, se fit chartreux. Et, pour que cet évêché ne sortît pas de la famille, il fallut que le troisième, notre Richelieu, se fît homme d'Église, malgré ses goûts d'homme d'épée. (...) Il n'était peut-être pas né enragé, mais le devint. La contradiction de son caractère et de sa robe lui donna ce riche fond de mauvaise humeur d'où sort le grand effort, l'âcreté dans le sang, qui seule fait gagner les batailles."

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