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  • À l'heure où nous achevons ces lignes, la pandémie qui ravage le monde nous rappelle, si besoin était, deux puissantes réalités auxquelles les Anciens avaient prêté toute leur attention au point d'en faire des piliers de leur sagesse : pas plus que la maladie n'affecte le corps seul, mais touche à l'être tout entier, aux sentiments, aux relations humaines, aux institutions, à la politique, la médecine ne se limite aux seuls faits du corps : c'est, elle aussi, une discipline du sens et il ne fait aucun doute que la même actualité nous enjoint à comprendre cette formule dans sa double acception. C'est une discipline qui doit considérer le sens et doit y ramener quand tout rend fou. Jean Starobinski pratiqua et étudia la médecine comme une discipline du sens.
    Le corps a-t-il une histoire ? Madame Bovary avait-elle de la fièvre ? Pourquoi Molière se moque-t-il des médecins ? Les psychiatres soviétiques ont-ils révolutionné l'approche des maladies nerveuses ? Et encore : d'où vient la semence ? Le stress est-il une maladie ? Telles sont quelques-unes des questions étonnantes que Jean Starobinski affronte dans ses enquêtes d'histoire de la médecine. L'historien se penche sur les disciplines qui ont tenté de cerner les « raisons du corps » : il y a le corps des médecins, celui des philosophes, celui des écrivains, celui des peintres. Tous ces régimes de rationalité contribuent à la connaissance du corps qui ne cesse de déborder la raison et de s'y dérober. Le corps a ses raisons.

  • D'où viennent la tristesse profonde, le désespoir, le délire, la fureur, le suicide ?Contre ceux qui invoquaient une cause surnaturelle ou une punition divine, la pensée médicale a fait prévaloir, dès l'Antiquité, une cause naturelle, une humeur du corps : la bile noire, c'est-à-dire la mélancolie. Sa noirceur, souvent comparée à celle du charbon ou de l'encre, était l'indice de son pouvoir maléfique. Cette humeur n'existait pas. Mais n'est-ce pas avec de l'encre que l'on écrit des poèmes?Durant plus d'un demi-siècle des thèmes liés à la mélancolie ont orienté certains de mes travaux. Les voici rassemblés, grâce à l'amitié de Maurice Olender. Ce livre espère démontrer que la mise en perspective de la mélancolie peut donner lieu à un « gai savoir ».Jean StarobinskiJean Starobinski est professeur honoraire à l'université de Genève, membre de l'Institut de France. Il a publié, dans la « La Librairie du XXIe siècle », Action et réaction. Vie et aventures d'un couple (1999) et Les Enchanteresses (2005).Postface de Fernando Vidal.Retrouver l'entretien réalisé par La Vie des Idées : "Le suspens du sens".

  • "Pourquoi inventa Poppaea de masquer les beautés de son visage, que pour les renchérir à ses amants ?" demande Montaigne. Le caché fascine. Voir, regarder, c'est désirer saisir, pénétrer, posséder. Devenir "oeil vivant" : tel est le voeu formulé par Rousseau. Interrogeant quelques grandes oeuvres - Corneille, Racine, La Bruyère, Rousseau, Stendhal -, Jean Starobinski montre comment, dans la création littéraire, l'exigence du regard, dépassant et détruisant la réalité visible, entraîne dans le monde de l'imaginaire ; comment aussi, aiguisée par l'obstacle et la déception, elle incite à toutes les perversions : exhibitionnisme, voyeurisme, sadisme, refus de la réflexion.

  • Suite de L'oeil vivant, cet ouvrage est consacré à la critique. Jean Starobinsky s'attache à établir les principes d'une critique de la relation, capable de coordonner les méthodes de la stylistique, de l'histoire des idées et de la psychanalyse. Une nouvelle interprétation d'un épisode des Confessions de Rousseau illustre le rapport de la théorie critique et de son application. Qu'est-ce qu'interpréter ? C'est déchiffrer, et c'est aussi imaginer. La deuxième partie passe donc en revue les divers champs de l'imagination : la parole, l'image, le corps. Et la troisième, traitant des rapports de la littérature et de la psychanalyse, pose une question déconcertante : quelle est la part d'imaginaire qui s'immisce dans la lecture psychanalytique ? Comme toujours, Jean Starobinski se révèle un maître-lecteur, qui incite à lire ou relire les grands livres.

  • 'Rousseau procéda à la manière des prédicateurs. Il accusa le mal, pour mieux annoncer le remède. C'est "l'indignation de la vertu", assure-t-il, qui marqua le début de sa vocation "philosophique", lorsqu'un concours d'académie souleva la question des co

  • "'J'ai un diable de ramage saugrenu, moitié des gens du monde et des lettres, moitié de la halle.' C'est le Neveu de Rameau qui le dit à son interlocuteur, qui l'écoute et qui lui réplique.
    Car Diderot est un écrivain qui tend l'oreille en tous lieux. À

  • Pourquoi dans la vie quotidienne, affirme-t-on qu'une situation intolérable appelle une réaction ? Comment les biologistes en sont-ils venus à penser les rapports du vivant et du milieu en termes d'interaction ? Pour quelle raison la psychiatrie a-t-elle

  • Trois fureurs

    Jean Starobinski

    Jean Starobinski interroge trois figures exemplaires de la folie. Remontant à des documents capitaux, il met en évidence ce qui nous fascine et nous terrorise dans l'aliénation. L'enjeu n'est pas esthétique : il y va de notre principal pouvoir, celui que nous exerçons sur nos actes, et que dissout la fureur. Trois textes sont lus au plus près : l'Ajax de Sophocle ; le récit de l'Évangile de Marc qui relate l'exorcisme du démoniaque de Gerasa par le Christ ; une oeuvre picturale enfin, le Cauchemar de J.H. Füssli, où l'apparition de l'incube provoque l'effet d'étrangeté inquiétante.
    Jean Starobinski met en oeuvre son savoir d'historien, de médecin, de critique et se donne tout entier à l'écoute des textes et de leurs relations internes.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

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