Fayard/Mille et une nuits

  • L'Hôtel du Libre Echange, comédie en trois actes, doit toute sa force dramaturgiquee au lieu, un établissement dont l'honnêteté de façade va très vite se fissurer. Son enseigne, imaginée par Feydeau, n'est pas une allusion au négociant qu'il pourrait attirer (il faut se souvenir que l'expression d'Adam Smith, « free trade » passe au français vers les années 1860-70 et connaît une vogue immédiate). Non, l'hôtel sert aussi à abriter les couples illégitimes. A l'hôtel du Libre Echange vont donc se croiser de respectables bourgeois, maris et femmes, et leurs domestiques, selon des combinaisons et dans des situations qui n'étaient bien évidemment pas prévus. Monsieur Pinglet, entrepreneur, malheureux en ménage (son épouse, Angélique, n'est pas commode), fait la cour à Marcelle, la femme de son ami et collaborateur, l'architecte Paillardin. Celle-ci, qui se plaint du manque d'assiduité sexuelle de son époux, accepte un rendez-vous galant avec Pinglet à l'hôtel. Or Paillardin doit justement y passer la nuit, dans sa fonction d'expert auprès des tribunaux, pour vérifier si l'une de ses chambres est hantée ou non... La suite sera à la hauteur des quiproquos, des rencontres malencontreuses et de l'emberlificotement des situations. La pièce connut, lors de sa création en décembre 1894, un vif succès.

  • Lucien rentre au domicile conjugal dans la nuit, passablement éméché après sa soirée au Bal des Quat'zarts, travesti en Louis XIV. Yvonne, son épouse, l'accable de reproches. Alors que la dispute bat son plein, un domestique, Joseph, vient annoncer le décès de la mère d'Yvonne. Évanouissement, pleurs et disputes renouvelées. On apprendra finalement que c'est la mère de la voisine qui est décédée, et que l'émissaire s'était trompé de porte... Il s'agit de la première pièce en un acte de Feydeau. La particularité et l'intérêt de celle-ci, par rapport aux vaudevilles en trois actes qui avaient fait jusque-là son succès, tient à une noirceur particulière du trait : le couple petit-bourgeois y est décrit comme un véritable enfer quotidien, où l'homme est exposé à toutes les humiliations. Édition établie par Jérôme Vérain.

  • Un fabricant de pots de chambre rêve de décrocher le marché du siècle : fournir les armées ! Les stratagèmes pour conclure l'affaire lui réservent bien des surprises. Tout cela parce que bébé refuse d'aller sur le pot.
    On purge bébé ! (1910) est caractéristique de la dernière manière de Georges Feydeau, de ces pièces en un acte où le comique ne repose plus seulement sur les recettes classiques du vaudeville, mais aussi sur la peinture - au vitriol - des caractères : la médiocrité, la mesquinerie et l'hypocrisie petites-bourgeoises sont impitoyablement épinglées.
    Cette pièce, régulièrement montée au théâtre, est l'une des plus échevelées et des plus brillantes des « farces conjugales » de Feydeau.

  • Avec Feydeau, au début du XXe siècle, le vaudeville retrouve toute sa vigueur. Il s'emploie à mettre en musique, selon une mécanique implacable de rebondissements comiques et grinçants, la bêtise et la muflerie du ménage désaccordé. Dans Mais n'te promène donc pas toute nue !, Feydeau expose la joyeuse déconfiture du mariage, pour le plus grand bonheur du spectateur voyageur.

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