Littérature générale

  • J'essuie le miroir du plat de la main, approche mon visage du reflet embué qui cherche à me reconnaître, plonge mes yeux dans le regard inquiet que mon souffle embrume de nouveau, et murmure je m'appelle Heather, Heather Thorne. En même temps que mon reflet inquiet.
    Heather Waverley Thorne est mon doppelgänger, dis-je enfin à celle qui me regarde, mon double, puis je me mets à rire, consciente qu'après m'être camouflée derrière tant d'autres doubles, je me trouve aujourd'hui devant l'exacte et fantomatique contrepartie de moi-même, issue de je ne sais quel univers fantasmatique, de je ne sais quel monde parallèle destiné à rencontrer le mien pour que, devant les miroirs, je demande lequel, de mon reflet ou de moi, détient une quelconque vérité. Et je ris, je ris, pendant que s'effritent les miroitements.

  • Extrait:L'homme est sorti tôt, ce matin, et on a raconté que, devant la grille de l'hôtel, il s'était retourné pour vérifier si la femme était là, à sa fenêtre. Elle y était et elle le regardait aussi. L'homme serait resté là longtemps, debout près de la grille, immobile, puis ses lèvres auraient soudain bougé, mais à peine, comme s'il avait voulu sourire ou dire quelque chose, ce mot peut-être, qu'il répète sans cesse et qu'on ne connaît pas. Mais la femme, à ce moment précis, ne le regardait plus. L'homme a bien vu, alors il a poussé la grille et il s'en est allé.Plus tard, on a dit que la femme était sortie aussi et qu'elle était descendue vers la plage, comme lui. On croit cependant qu'elle s'est dirigée du côté opposé, vers Euth, trois enfants l'auraient aperçue, une dame en noir qui marchait seule au nord de l'anse. Ils n'ont pu préciser d'où elle venait ni depuis quand elle était là, sauf un, qui croit qu'elle est passée près d'eux quand leur ballon a été emporté par la mer. Les autres nient, affirment que celle qui est venue vers eux était une autre dame, avec la peau plus blanche encore. On ne sait pas qui ment ou qui croit dire la vérité, car il paraît qu'on aurait aussi vu cette femme ailleurs, avec l'homme, jurent certains, seule, prétendent les autres. La description pourtant concorde : la blancheur, l'écharpe, les lèvres couleur de sang frais.On s'entend cependant sur une chose, toutes ces apparitions auraient eu lieu avant midi. Passé cette heure, ils ne se seraient plus montrés, ni l'un ni l'autre, jusqu'à la nuit tombée. Là, c'est l'homme qui serait réapparu le premier. On l'aurait vu surgir de la nuit pendant qu'on allumait le feu de grève et venir se placer en retrait. Une jeune fille lui aurait offert de s'approcher, mais il n'aurait pas entendu. Il regardait ailleurs, du côté de la mer, où il semblait guetter l'arrivée de quelqu'un.

  • Récipiendaire du Prix du gouverneur général du Canada pour Le Ravissement, son précédent roman, Andrée A. Michaud continue avec brio de sonder l'âme humaine. Avec une écriture aux images fortes, pénétrantes, l'auteure nous conduit dans les méandres d'une introspection singulière, celle d'un homme rongé par un terrible secret dont il est le seul émissaire.


    À 40 ans et sans avenir, Charles Wilson retourne sur les lieux de son enfance dans la petite localité de Trempes. Ainsi s'amorce pour lui un formidable retour en arrière où les secrets les mieux enfouis refont surface. Exhumer le passé n'est pas chose facile. Les souvenirs pourraient se trouver altérés du simple fait que les acteurs d'autrefois ne soient pas au rendez-vous. Qu'est-il advenu de Paul Faber et d'Anna Dickson, les amis d'enfance? Et Joseph Lahaie, l'empailleur chez qui Charles trouve refuge, pourra-t-il percer le mystère vieux de 25 ans?

  • Partie se ressourcer à la campagne dans un lieu magnifique, l'héroïne de la première partie du roman est mêlée malgré elle aux étranges événements qui bouleversent les Bois noirs en cet été de 1988. Une disparition, un meurtre, une enfance volée. Des thèmes qui frappent l'imagination. Dix ans plus tard, un policier est dépêché sur les lieux pour enquêter sur une affaire présentant des similitudes troublantes. Dans cet univers cyclique, véritable microcosme, les couleurs et les textures les plus éclatantes prennent une teinte inquiétante, à l'image des contes qui ont bercé notre enfance.

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