• Quelle serait la validité morale de la violence en tant que moyen dès lors que les fins sont justes ? Pour le droit naturel, seule la justesse de la fin compte. Pour le droit positif, tout droit s'établit sur la critique des moyens. Or, il convient de distinguer les différents types de violence indépendamment des circonstances de leur exercice. Pour Benjamin, c'est in finele droit qui s'octroie le privilège de la violence vu qu'il serait menacé si elle venait à s'exercer en dehors de lui. La violence peut être fondatrice de droit ou lui être inhérente, raison pour laquelle le pouvoir y recourt. Le droit positif constitue aux yeux de Benjamin un obstacle à une justice véritable et plaide pour l'usage de moyens d'action "purs", parmi lesquels la grève générale.

    Proche de Theodor Adorno, Gershom Scholem et Bertolt Brecht, Walter Benjamin (1892-1940) a d'abord été critique littéraire, avant de publier en 1928 Rue à sens unique (Allia, 2015) et Origine du drame baroque allemand. Il publie également dans des revues Petite Histoire de la photographie (Allia, 2012), préfiguration de L'OEuvre d'art à l'époque de sa reproductibilité technique (Allia, 2011). Exilé à Paris en 1933, il gagne l'Espagne. Or, menacé d'être remis aux Allemands, il se suicide en 1940.

  • Depuis le début de sa carrière de bourreau en 1891, Anatole Deibler a pris pour habitude de noter dans des carnets d'écolier de toile grise, en face de la date et du lieu de la condamnation, les noms de chaque condamné à mort et leur « curriculum vitae ». Une liste interminable de parricides, de satyres, d'égorgeurs, d'assassins, d'empoisonneurs de tous âges et de toutes conditions. Une fois l'exécution menée à son terme, Anatole Deibler complète son catalogue : en face du nom du condamné une croix tracée à l'encre bleue signifie qu'il a été gracié, le texte rayé d'un trait bleu, que le verdict a été cassé, enfin, une croix rouge cerclée de noir, qu'il a été guillotiné... Ces derniers auront le privilège de constituer ce qu'Anatole appelle « son palmarès ». Les extraits de ces carnets sont complétés par des photos inédites : les derniers portraits des condamnés à mort exécutés tels que conservés par les archives de la police nationale. Au-delà du témoignage historique, cette litanie de visages hallucinés ou résignés, apeurés ou bravaches, et ces fragments de vies brisées donne un éclairage tout particulier sur cette « Belle Époque », dont la nostalgie fait oublier la violence.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • En 1976, le septennat de Valéry Giscard d'Estaing bascule avec l'exécution de Christian Ranucci. A partir de cet événement, le giscardisme change de visage. Estompant son image libérale, le pouvoir refuse le débat sur l'abolition que réclame une partie de l'opinion. Pendant quatre ans, il va biaiser. Pourquoi cette dérobade ? Pourquoi les jurys populaires sont-ils plus répressifs depuis deux ans ? Comment peut-on condamner à mort en 27 minutes un criminel de 22 ans, déséquilibré mental ? Que se passe-t-il dans le huis-clos des délibérations d'une cour d'Assises ? Comment vit-on dans le couloir de la mort de nos prisons ? Comment se sont réellement déroulées les trois dernières exécutions ? Des témoins parlent : d'anciens ministres de la Justice, des avocats, des gardiens de prison, le bourreau et son aide. Ce dossier, où faits, précisions, révélations, anecdotes abondent, tombe en pleine actualité, au moment où le Parlement vient d'examiner ce grave problème qui secoue l'opinion.

  • Le rôle de visiteur (ou de visiteuse) des prisons ne saurait être défini comme une tâche professionnelle. La différence peut de ce fait paraître considérable entre, d'une part, l'approche des délinquants par le travailleur social, l'éducateur, le psychologue ou le médecin, et d'autre part, les modes de présence et d'action de bénévoles dont un bon nombre appartient simplement à l'OEuvre de la Visite des Détenus dans les Prisons. Ainsi, lorsque Marie-Jeanne Rosé demande à son mari et à son fils aîné leur accord avant d'engager les longues démarches nécessaires pour obtenir sa carte de « visiteuse », aucune expérience préalable n'avait préparé cette jeune institutrice à ses rencontres avec les femmes et par la suite avec les hommes détenus dans la prison de sa petite ville. Ce qui lui tenait lieu de « formation », c'était la vigueur de ses motivations, essentiellement éthiques et spirituelles. Depuis son premier entretien avec une jeune femme condamnée pour vol, Marie-Jeanne Rosé demeura déterminée au point que rien ni personne n'avait pu l'arrêter. Son témoignage se lit ainsi comme le récit d'un apprentissage hors profession, l'histoire d'une maturation. Se sachant et se disant elle-même issue d'un milieu bourgeois et catholique, elle abordait le monde de la délinquance de fort loin. Mais tout porte à croire qu'elle devait précisément à cette distance culturelle la qualité de son bon sens et sa capacité d'apprendre, de faire comprendre et d'agir. Les premiers appuis lui étaient apportés par des magistrats à un moment où la maison d'arrêt ne disposant ni d'assistante sociale, ni d'éducateur, elle devait s'efforcer d'assumer ces tâches au jour le jour. Par la suite, à travers les trente ans d'exercice de sa fonction de visiteuse, une heureuse circonstance historique fit émerger une sensible humanisation du régime carcéral français, et surtout un début d'accompagnement postpénal, si bien que, avec les progrès de son expérience coïncidaient des conditions plus favorables à la réintégration des détenus libérés. Ainsi ce témoignage porte sur trois aspects d'une même évolution concernant le rôle de visiteuse de prison, l'efficacité éducative de l'appareil judiciaire et le développement personnel de ceux qui, bénévolement, contribuent à ce résultat. « J'étais en prison et vous êtes venu jusqu'à moi »... Cette phrase toute simple énonce l'appel auquel Marie-Jeanne Rosé n'a pas cru pouvoir se soustraire. Sa réponse, exprimée clairement par sa présence auprès des détenus et notamment par ses correspondances avec certains d'entre eux, mérite une grande attention.

  • Peu d'hommes ont eu à approcher d'aussi près, à connaître aussi intimement un tel nombre d'assassins, d'escrocs, de voleurs, de maîtres chanteurs, de kidnappeurs et de voyous de tout crin. Président de la cour d'assises de Paris de 1972 à 1977, Jean Ullmann a jugé plus de trois cent cinquante affaires criminelles. Qui ne se souvient des procès Jubin (mai 1973, réclusion perpétuelle), Hervé (septembre 1973, réclusion perpétuelle), Villaret (juin 1975, vingt ans de réclusion criminelle), Willoquet (mars 1977, vingt ans de réclusion criminelle), Zampiéri (juin 1977, réclusion perpétuelle)...

  • Depuis les origines, il semble que l'homme se soit fait une spécialité de l'art qui consiste à liquider son semblable. Dans l'exercice de cet art, la guillotine, fille des « Lumières », marque une rupture avec les pratiques artisanales qui l'ont précédée. Au moment où la machine nous quitte, après deux siècles de bons et loyaux services, il convenait de retracer son histoire ; comment elle fut conçue, dans quel cadre fonctionna-t-elle, qui furent ses servants, qui furent ceux qui passèrent sous sa coupe... Au-delà de la manière radicale dont le peuple perdait la face, la guillotine nous permet d'apercevoir la façon insidieuse dont l'homme risque de perdre la tête. Car avec la guillotine, c'est la machine qui investit le corps social tout entier. De la technologie industrielle mise au service de l'humanité, à l'humanité se mettant au service de la technologie industrielle, c'est aussi, - à travers cette méchante histoire de guillotine, - la voie d'une réflexion sur la mécanique entamant l'homme que l'on a voulu ici désigner.

  • Dans le style simple et direct qui est le sien, Joël WEISS, spécialiste de la délinquance juvénile depuis 33 ans, évoque pour nous aujourd'hui le drame des enfants meurtriers. Ces enfants qui tuent volontairement ou non, défrayent de temps à autre la chronique. Quel est leur vrai visage, leur responsabilité, leur motivation ? De tels actes sont-ils prévisibles ? L'auteur s'efforce de répondre à ces questions. Il rappelle cette parole du Christ : « Pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu'ils font ». La loi du talion n'apporte rien. Aucun châtiment ne réparera jamais le mal causé. La vengeance, quant à elle, n'est qu'un palliatif. Comprendre l'adolescent pour l'aider, voilà la mission que s'est donnée Joël WEISS. Puisse ce livre nous inciter tous à la réflexion.

  • L'objectif de cet ouvrage est de favoriser, à travers des exemples tirés du vécu africain, une mobilisation de l'opinion publique continentale et internationale. Ceux qui luttent pour la défense et la promotion des droits de l'homme en Afrique, pour être efficaces dans leurs actions, devraient avoir comme principale vocation de bloquer le processus de répression ; plutôt que de multiplier les professions de foi sur des violations, contre lesquelles ils n'ont rien pu faire lorsqu'elles se produisaient ; soit par ignorance, soit par inorganisation. Pour cela, il faut favoriser le dialogue entre les pouvoirs publics et les citoyens. En vérité, pour fonder une nouvelle société de tolérance et de libertés en Afrique, il est impératif de modifier les relations actuelles entre gouvernants et gouvernés.

  • Par une équipe de dix historiens, en partant d'une étude du droit de l'Ancien Régime, la naissance du droit moderne issu de la Révolution et les hommes qui y ont contribué. Le dernier chapitre est consacré à la diffusion de ces droits et de ces principes à travers le monde.

  • Les colères de Sylvie, les exécutions de Sylvie, les désespérances de Sylvie, ses blasphèmes et ses invectives, tout ça dégouline d'humour comme d'une tartine de miel... Cavanna.

  • Ce livre relate le voyage effectué par un groupe de dix juristes (magistrats, avocats, professeur de droit, conseiller juridique d'une centrale syndicale), dans le but d'étudier la police, la justice et les prisons chinoises, premier voyage du genre à avoir été suscité par un organisme officiel de la République populaire de Chine. C'est dire l'importance de ces témoignages : les auteurs rendent compte de deux procès pénaux et d'un procès civil auxquels ils ont assisté, de leurs rencontres avec des magistrats chinois, de la visite des prisons de Shanghaï et de Nanchang et d'une ferme de rééducation par le travail. Ils s'interrogent sur le sens qu'il convient de donner au développement de la codification, et du formalisme juridique, dans une société socialiste en évolution : ils posent, à partir de ce qu'ils ont vu et entendu, les questions fondamentales sur les rapports entre les individus et l'État : les Chinois ont-ils des possibilités réelles d'expression et de contestation ? Quelle est leur degré de participation à la chose publique ? Les organisations de masse représentent-elles un pouvoir ou un moyen de pression, avec lequel doit compter le Parti communiste chinois dirigeant l'État, ou bien celui-ci impose-t-il son emprise sur les masses ? La vie politique et sociale chinoise est riche en rebondissements, voire en revirements, et les codes chinois n'auront peut-être pas la vie aussi dure que nos codes Napoléon.

  • Ce guide, destiné à tous les curieux de la civilisation maya, apporte les éléments indispensables à l'approche d'un autre univers, tout en soulignant les difficultés de son appréhension. En incorporant la culture maya au monde méso-américain et à la totalité américaine, ce livre ouvre de nouveaux horizons pour mieux comprendre cette civilisation fantastique encore pleine de mystères.

  • Les trois avocats du barreau de Paris, auteurs de cet ouvrage ont adressé, il y a quelque temps, un mémoire au Comité international de la Croix Rouge. Ils y attiraient, notamment, l'attention de cet organisme sur le caractère proprement inouï de la nouvelle organisation judiciaire instituée par la France en Algérie. L'émotion provoquée par cette démarche, en France et dans le monde, n'est pas près de s'apaiser. C'est tout le principe en effet du droit dans les nations civilisées, qui est mis en cause par le décret du 12 février 1960. Verrons-nous notre législation traditionnelle céder la place à ce que M. Michel Debré a appelé un jour, paradoxalement, les droits légitimes de la colère ? La question est posée.

  • Premier rapport sur les conditions de détention des prisonniers ordinaires en 1992 dans vingt-deux pays du monde, réalisé par une ONG qui milite pour le respect du droit à la dignité des personnes détenues.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • En décembre 1849, le tsar Nicolas Ier, qui voulait décourager ses opposants, organisa le procès truqué, puis la fausse exécution du groupe Pétrachevski. Fiodor Dostoïevski en faisait partie. Il n'oublia jamais cette épreuve ni les quatre ans passés dans les bagnes du tsar, sous l'uniforme gris et noir, les fers aux pieds, parmi les voleurs et les assassins. Hôtes involontaires du système pénitentiaire russe, tel Dostoïevski, ou poussé par la curiosité comme Tchékhov (qui enquêta sur le bagne de l'île de Sakhaline), les écrivains russes - comme aujourd'hui Soljenitsyne ou Zinoviev - ont informé l'Occident sur son existence et sa nature. En France aussi, le XIXe siècle a vu se créer des bagnes colonisateurs. Mais, annonçant peut-être l'Archipel du Goulag, le bagne sibérien est devenu le symbole de la répression organisée par un régime autoritaire contre les intellectuels. Jocelyne Fenner brosse ici un tableau précis et vivant du système pénitentiaire de la Russie des Tsars entre 1825 et 1905. Des polices illettrées et corrompues, une justice archaïque et un arsenal de peines allant du knout à la déportation et au bagne, voilà en quoi consistait la machine judiciaire russe. Après un voyage qui pouvait durer 18 mois, les exilés, forçats ou déportés gagnaient leur lieu d'assignation : le bagne cerné de palissades ou de ! miradors pour les uns, pour les autres un village sibérien où ils s'installaient, tant bien que mal. Les conditions d'existence de ces exilés sont encore mal connues et réservent des surprises au lecteur. Jocelyne Fenner, dont c'est le premier livre, a dépouillé des archives, des correspondances, des récits de voyage : elle amorce ici la découverte d'une Russie qui n'a pas fini de fasciner et d'étonner.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

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  • Lorsqu'un des meilleurs journalistes français s'entretient à bâtons rompus avec un des plus grands avocats du barreau parisien, la discussion prend souvent un tour inattendu. Qui juge vraiment en cour d'assises ? Les jurés, le président, les journalistes ? Quel est le rôle d'un magistrat instructeur ? Une enquête de police peut-elle réellement influencer une décision de justice ? Quel est le rôle d'un avocat : doit-il prendre parti, peut-il défendre des criminels éhontés sans se compromettre ? Tout au long de ce voyage on découvre avec rage ou avec dépit que la justice est aussi une institution humaine.

  • Des violences, on ne veut retenir que l'insécurité et la peur qu'elles inspirent. C'est oublier que, derrière le délit, existe un délinquant dont l'acte criminel ne peut se déchiffrer que par sa biographie. Si la violence est « contemporaine et inhérente à l'Homme », elle a aussi « valeur d'appel au secours » et en ce sens elle nous interroge : o Comment s'intriquent les facteurs psycho- et sociologiques dans la genèse de la violence ? o Quels conflits intérieurs provoquent son émergence ? o Comment dans les zones d'ombre de l'Inconscient se dessine l'image de la victime et s'élabore l'acte violent ? o Sait-on que, loin de dissuader, la perspective de la sanction incite au passage à l'acte ? Expert près des Tribunaux depuis plusieurs années, sensibilisé à une écoute différente de l'Autre - et pourquoi pas du délinquant -, un psychiatre psychothérapeute s'essaie à répondre à ces questions. Écouter, chercher à comprendre ne signifie pas excuser. En matière de délinquance, les magistrats ont autant à apprendre des psychanalystes que des criminologues. La prévention est à ce prix...

  • Pour la première fois, Maître Garaud, l'un des plus célèbres avocats d'assises actuels, parle. En toute liberté, sur tous les grands problèmes de la justice. Inscrit au barreau depuis près d'un demi-siècle, il n'a pratiquement jamais cessé de plaider des dossiers difficiles : l'affaire Grégory (où il a finalement obtenu la remise en liberté de Jean-Marie Villemin), l'affaire de la boulangère de Reims, l'affaire Simone Weber, l'affaire Pesnel-de Canson... C'est en défendant Lionel Legras, « l'homme au transistor piégé », qu'il a commencé à se spécialiser dans les procès de « légitime défense ». Aujourd'hui, Maître Garaud s'exprime sur l'indépendance des juges, la montée de la délinquance liée souvent à la drogue et à l'immigration, la peine de mort et les peines de substitution, l'engorgement judiciaire, le fonctionnement des jurys, la surpopulation carcérale... En retraçant les étapes importantes de sa carrière et les grandes affaires auxquelles son nom restera attaché, Maître Garaud dresse un constat du délabrement judiciaire dans notre pays, mais indique aussi de quelle manière il est possible d'y porter remède. N'éludant aucune des questions que lui a posées le journaliste François Broche, il lance ainsi, avec vigueur et compétence, un véritable cri d'alarme, tout en préconisant un éventail de mesures concrètes et positives.

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