• Cet ouvrage collectif vient à un moment où l'activité patrimoniale a largement débordé ses institutions officielles et où sa couverture par les sciences humaines et sociale a pris une consistance certaine. En dix textes et au moins autant de situations, en France, à Rhodes, à Tonga, en Uruguay et en Colombie, il donne à saisir quelques-unes des « implications anthropologiques » de et dans l'exploration de cette activité, à partir desquelles se dessinerait un fil conducteur permettant de parcourir, sans la réduire, sa grande hétérogénéité. Qu'on la prenne sous l'angle de l'irruption du patrimoine dans les terrains (de jeu) des anthropologues ou bien sous celui de la constitution du patrimoine en un domaine singulier de recherche, l'anthropologie du patrimoine apparaît inséparable des interrogations récurrentes sur la catégorie de culture : sur son institution, sur sa mise en scène, sur sa spectacularisation, sur les façons de l'écrire comme sur la critique de son pouvoir de purification, de hiérarchisation ou de domination. Que montrent ces écritures anthropologiques de patrimoines ? Qu'en se frottant aux expériences du passé, de la culture, religieuse ou profane, de la quête de reconnaissance, de la mémoire des violences de guerre, de la discrimination sociale, de la ruine des choses du monde, les anthropologues font l'expérience du patrimoine, instrument politique aux multiples fonctions : contrôle, aménagement, restauration, réparation, reconnaissance...

  • Valoriser le patrimoine, s'opposer à la démolition de certains héritages, promouvoir des lieux de mise en mémoire et de commémoration : voici des formes de mobilisations collectives qui travaillent notre société en profondeur et qui interrogent la manière dont les individus et les groupes sociaux se construisent des repères identitaires, se positionnent dans la ville et dans la société. À travers les formes de mobilisation que nous avons pu observer, dans différentes villes de l'Ouest notamment, ce recours au patrimoine et à la mémoire est apparu comme une quête de visibilité, de légitimité et comme une nouvelle manière de s'approprier les lieux. Une appropriation de l'espace qui est revendiquée, affichée, rendue visible à travers ce que nous avons appelé le « marquage de l'espace », à savoir le réinvestissement de traces et la production de nouvelles marques, correspondant à des signatures collectives : restaurations ou inversement destructions d'édifices, affichages officiels ou « sauvages », productions artistiques... Traités successivement pour la commodité du raisonnement, ces trois processus que sont la patrimonialisation, la démolition et la mise en mémoire sont en fait totalement imbriqués. La patrimonialisation est la mise en valeur de lieux, d'espaces « désaffectés », qui deviennent en retour valorisants pour ceux qui se les approprient. La démolition est l'envers de la patrimonialisation : à travers les destructions conflictuelles, la « déconstruction » des grands ensembles ou le nettoyage des friches industrielles, la démolition représente la négation symbolique de certaines populations. La mise en mémoire et la commémoration correspondent à un réinvestissement de traces souvent ténues, mais aussi à la production de nouvelles marques, les monuments : ce sont les mémoires les plus douloureuses, celles des camps, de la pauvreté, de la ségrégation qui ont été abordées dans cet ouvrage, celles qui sont les plus difficiles à inscrire dans l'espace public. À travers ces trois entrées, nous proposons une nouvelle manière d'interroger les inégalités sociales : quels sont les individus, les groupes sociaux qui réussissent à inscrire dans les espaces urbains la trace reconnue de leur existence ? À l'heure où les revendications mémorielles sont exacerbées, ce travail révèle toute l'importance de la dimension spatiale pour comprendre les mécanismes de mise en mémoire.

  • Première rencontre européenne organisée autour du thème des cités-jardins en Europe, ce colloque a permis de mieux comprendre de quelle teneur étaient les rapports établis entre les productions locales et nationales et le modèle anglais. Après ce bilan, de nouvelles perspectives de recherches s'ouvrent que l'on peut regrouper sous les thématiques suivantes : o les milieux innovateurs européens, leur imaginaire architectural et les conditions économiques de la réalisation des cités-jardins ; o la question des tensions entre un projet internationaliste et le repli national géographique caractéristique de l'Europe de l'Entre-deux-guerres ; o les aléas d'une forme socio-spatiale selon les contextes nationaux, les divers maîtres d'ouvrages, maîtres d'oeuvres et le problème des modalités d'évolution et de patrimonialisation des cités-jardins.

  • Les notions de « patrimoine » et « d'art », par leurs dimensions ethnocentrées, essentialistes et leurs enjeux idéologiques, érigent de nombreuses limites à la compréhension de l'hétérogénéité et du caractère processuel de la création. Partant de la diversité de l'usage des notions d'art et de patrimoine, ce numéro propose de les réinterroger - voire de réfléchir au-delà de ces notions instituées. Neuf études de cas, présentant des objets variés, relevant de différentes aires culturelles et historiques, et abordées avec des dispositifs méthodologiques distincts, seront mises en dialogue. L'objectif est d'appréhender différents moments, espaces, acteurs et logiques de la mise en art et de la mise en patrimoine du social. Trois pôles, considérés comme des propositions à la fois théoriques et méthodologiques, organisent notre réflexion. Dans un premier temps, appelant à l'exploration de la diversité des expériences de l'art, nous nous penchons sur certains « invisibles » de la création - comme le travail hors-champ de quelques acteurs des mondes de l'art et de la science - et sur les processus de création opérant par négociations entre ces différents agents. Dans un deuxième temps, en pensant nos sujets de recherche sous le signe du passage, il s'agit de questionner les circulations, les transferts de sens et les mutations exercées sur certains objets culturels (archives, éléments religieux, objets du quotidien) lorsqu'ils entrent dans le domaine de l'art et du patrimoine. Enfin, dans un aller-retour entre résistance et conformité, nous cherchons à mettre au jour les modalités des engagements (projets officiels, enjeux idéologiques ou sociaux) imprégnant la production de l'art et du patrimoine.

  • Cet ouvrage trouve son origine dans un colloque, Les patrimoines dans la ville : de la construction des savoirs aux politiques de sauvegarde au Maroc et dans le Monde arabe, organisé les 18, 19 et 20 décembre 1997 à Rabat (Maroc). Jusqu'aux années 1990, l'essentiel des recherches menées sur le patrimoine bâti au Maghreb et au Moyen-Orient portait sur la formation des quartiers historiques, l'architecture domestique des médinas et des centres pré-coloniaux, ainsi que les problèmes posés par leur sauvegarde. Les contributions rassemblées dans cet ouvrage reflètent le changement qui s'est alors opéré dans ce domaine, avec l'ouverture à d'autres approches et d'autres terrains, afin de questionner, dans une optique philosophique, anthropologique ou politique, la notion même de patrimoine, depuis son émergence dans les sociétés européennes jusqu'à sa diffusion planétaire au cours de la seconde moitié du XXe siècle. Couvrant principalement le Maghreb et le Moyen-Orient, les textes proposés ici re-situent l'état du débat sur les questions de patrimoine à la fin des années 1990, l'attention accordée au legs architectural du passé et à la matérialité des objets s'étant progressivement déplacée vers les processus de patrimonialisation et les constructions culturelles, historiques, politiques, sociales et juridiques qui produisent ces processus. Entre la fin des années 1990 et 2010, la réflexion sur les processus de patrimonialisation a continué de progresser. Cet ouvrage apporte un témoignage clef du développement de la recherche sur ce thème.

  • En quoi le patrimoine immatériel affecte-t-il la notion de patrimonialisation ? La reconnaissance patrimoniale de spécificités locales est-elle conciliable avec un contexte mondial d´homogénéisation ? Comment construire une connaissance distanciée sur une mémoire conflictuelle et récente ? Les médiations documentaires et numériques se réduisent-elles à un rôle de conservation ou d´illustration des patrimoines ? N´assurent-elles pas la continuité de la mémoire sociale de patrimoines disparus et le renouvellement des pratiques patrimoniales de la société ? L´ouvrage aborde ces questions à travers la problématique de la relation entre la mise en mémoire et la patrimonialisation. Ce point de vue caractérise les chercheurs français et brésiliens qui se sont rassemblés pour rendre visible un domaine de recherche qui leur est transversal et pour lesquels la nouveauté patrimoniale réside dans le renouvellement de la conception de la production des patrimoines à travers la place donnée à la mémoire.

  • Le patrimoine architectural du xxe siècle, en cours de création, nécessite de s'interroger sur les principaux enjeux de sa conservation : que conserver, pourquoi conserver, comment conserver ? Dans le cadre de la réflexion internationale menée sur la question de la patrimonialisation de l'architecture du xxe siècle - conservation, restauration -, un colloque a été organisé au sein de l'Université de Toulouse-Le Mirail au mois d'avril 2010, l'architecture de Georges Candilis servant de prétexte idéal. Intitulé « Conservation, restauration de l'Architecture du mouvement moderne : l'exemple de l'Université de Toulouse-Le Mirail de Georges Candilis », ce colloque a rassemblé des acteurs essentiels du monde de l'architecture en France dont les recherches portent sur la question de la patrimonialisation d'édifices de l'architecture du xxe siècle. La richesse des personnalités et des parcours a ainsi permis d'envisager le sujet à travers ses diverses dimensions permettant un échange objectif et constructif sur divers aspects de cette problématique. Les actes de ce colloque se donnent pour objectif de participer à la réflexion sur les orientations que sont amenées à prendre les institutions responsables de la conservation du patrimoine.

  • Durant l´époque coloniale, en Algérie, en Libye, au Maroc et en Tunisie, se côtoient différents types d´architectures dites « orientalistes », « arabisantes », « néo-mauresques », « méditerranéennes ». De la même façon, des créations postcoloniales intègrent les éléments du répertoire de l´architecture traditionnelle et du patrimoine vernaculaire maghrébin. Ce livre explore ces créations inventées à partir de modèles patrimoniaux et traditionnels locaux. Il offre une meilleure compréhension de la physionomie des villes maghrébines actuelles. Les auteurs, des chercheurs issus des différentes disciplines des sciences humaines et sociales, reviennent sur le sens que donnent à ces architectures les différents acteurs des sociétés du Maghreb, aux xixe et xxe siècles. Ces architectures sont représentatives des politiques idéologiques, identitaires, économiques, sociales et touristiques de leur époque. Cet ouvrage offre ainsi un large panorama des différentes inventions architecturales nées de l´observation du patrimoine et des traditions constructives du Maghreb, aux xixe et xxe siècles.

  • Comment les sociétés contemporaines « habitent-elles » les lieux, les sites, les monuments qu'elles constituent en patrimoine ? Comment investissent-elles le cadre matériel auquel elles attribuent une valeur patrimoniale et dans lequel elles sont, tout produire ? Autre question : que peuvent nous apprendre les modalités avec lesquelles les groupes sociaux réinvestissent les lieux patrimoniaux sur les rapports que ceux-ci entretiennent avec l'espace ? C'est à ces questions que cherchent à répondre les textes de trente-sept auteurs (des géographes, des sociologues, des historiens, des ethnologues) réunis dans cet ouvrage. Habiter le patrimoine explore ainsi la multitude des rapports que l'Homme tisse avec ses spatialités patrimoniales, les expressions de l'habiter, les pratiques qui s'y attachent, les contraintes qui y sont liées, les conflits générés ou le potentiel qui s'en dégage... dans le contexte de la société du début du XIXe siècle.

  • Visiteurs et résidants s'accordent aujourd'hui pour affirmer que Montréal est une ville où il fait bon vivre et que cela tient, entre autres, à son «caractère patrimonial». Si plusieurs se souviennent, tous ne savent cependant pas qu'il a fallu plus de trente ans de luttes urbaines pour fonder cette image par laquelle la métropole est aujourd'hui

  • À travers les épopées de l'édification et de la conservation des églises, les auteurs nous convient à un récit sur l'imaginaire québécois. Et sur ses avatars qui nous ramènent aux mésaventures universelles du patrimoine; Les églises du Québec. Un patrimoine à réinventer conduisent alors sur les chemins nouveaux de la patrimonialisation, là où les monuments ont un avenir.

  • L'espace agricole c'est d'abord des agriculteurs, mais il est aussi utilisé par les habitants locaux, par les visiteurs (en particulier des villes voisines) et par les touristes, pour exercer des loisirs tels que les promenades pédestres, équestres ou en VTT, la chasse, la pêche ou la cueillette. En un même lieu, l'agriculteur habite et travaille, le promeneur ou le chasseur circulent et se récréent. À l'échelle des territoires comme à l'échelle des parcelles, cela illustre et questionne la multifonctionnalité de l'espace agricole. Pour les individus, cela entraîne des contacts directs, et ces rencontres entre agriculteurs et usagers peuvent mettre leur tolérance à l'épreuve. Plus généralement, la fonction récréative de l'espace agricole concourt-elle à l'utilité sociale des agriculteurs ? Joue-t-elle un rôle significatif dans la qualité de vie des citoyens ? L'ouvrage, qui porte à la connaissance du public les résultats d'une décennie de recherches, balaie quelques idées reçues. Non, ce ne sont ni les touristes, ni les citadins qui fréquentent le plus l'espace agricole français, mais ce sont d'abord les habitants du coin ! Non, la fonction récréative n'est pas l'apanage des espaces agricoles montagnards, c'est au premier chef une fonction sociale essentielle des régions agricoles intensives du grand Nord-Ouest et des périphéries urbaines ! Non, le droit de propriété n'est pas suffisant pour comprendre les règles d'usage, car il est mâtiné de tolérance et de jeu... Contrairement au tourisme à la ferme, les loisirs en espace agricole concernent quasiment toutes les exploitations, et les deux tiers de la population. Ils permettent aux agriculteurs et aux usagers, autour de valeurs comme le travail, la nature, la propriété, de construire une expérience de l'altérité dans un espace agricole effectivement partagé, hybridé d'espace privé et d'espace public. S'appuyant sur une connaissance précise du terrain et un faisceau d'enquêtes en Illeet-Vilaine, l'auteur illustre de cartes originales la cohabitation entre loisirs et agriculture à l'échelle du parcellaire, et montre que les agriculteurs, en régulant les usages, construisent un « assolement récréatif » de leur exploitation. Il explique pourquoi les nombreuses gênes ressenties par les uns ou les autres se résolvent généralement en accords informels, et rarement en conflits ouverts. Avec une ouverture pluridisciplinaire, il développe les fondements géographiques de ces interactions sociales. L'ouvrage s'adresse aux médiateurs territoriaux et animateurs de territoires, aux chercheurs, enseignants, aménageurs et étudiants qu'intéresse une réflexion de fond sur la multifonctionnalité et le partage de l'espace (bien au-delà du seul espace agricole), mais aussi aux usagers des loisirs et aux agriculteurs qui souhaitent mieux maîtriser la dimension territoriale de leurs pratiques.

  • Sous la forme de discours, de mythes, d'histoires ou de mémoires, le récit participe à toutes les étapes de la patrimonialisation. Utilisant la ville comme laboratoire, les auteurs explorent les rôles et les contributions du récit dans la patrimonialisation et déterminent les caractéristiques et les modes de fonctionnement des récits patrimoniaux.

  • Pourquoi certains aliments ou pratiques alimentaires, qu'il s'agisse du pâté chinois, de l'agneau de Charlevoix, de la poutine ou des rituels du temps des sucres, en arrivent-ils à être dotés d'une valeur patrimoniale? Les auteurs étudient ce phénomène de patrimonialisation, en cherchant à comprendre les voies par lesquelles elle se concrétise, en interrogeant les lieux communs et les évidences qu'elle génère, mais aussi les significations nouvelles qu'elle produit.

empty