• Alors que Roger Gentis et Jean Oury nous ont maintenant quittés, Patrick Faugeras a redécouvert le texte d'une rencontre qui les a rassemblés à La Borde en 2005. Leur objectif de départ était de dialoguer sur la naissance du mouvement de psychothérapie institutionnelle, son importance quant au traitement des pathologies mentales dans un cadre institutionnel mais aussi de revenir sur la nature d'une pensée et d'une clinique qui, au-delà des particularités et dissemblances générées ici et là selon les contextes, font encore communauté.

    Assez tôt, cet échange prit l'allure d'un vagabondage où chacun sut mêler et entrelacer ses souvenirs personnels avec l'histoire d'un mouvement qui produisit une véritable révolution dans le champ de la psychiatrie.

    Tout au long de cet entretien, ces acteurs de premier plan d'une psychiatrie qui se voulait profondément à l'écoute d'êtres en souffrance psychique soulignent à l'usage des générations à venir combien l'engagement dans cette clinique ne peut se concevoir sans le souci de la singularité du sujet et un certain sens du collectif soignant. Leurs témoignages prennent, dans le contexte actuel, des allures de manifeste pour une « psychiatrie à visage humain ».

  • Pourquoi Freud, mort depuis 1939, fait-il encore scandale aujourd'hui ?
    Plus encore que la psychanalyse, c'est sa personne qui est régulièrement attaquée. Dernier éclat en date : la parution, en 2010, du Crépuscule d'une idole de Michel Onfray, qui faisait suite au Livre noir de la psychanalyse (2005). En affirmant que les théories freudiennes ne sont qu'une série de fables, les détracteurs de Freud s'inscrivent dans une intrigue de longue durée. Un siècle de scandales qui, au lieu d'atteindre Freud, l'ont édifié en mythe. Un siècle de Freud Wars qu'il faut maintenant exhumer pour comprendre les erreurs de ceux qui ont tenté de détruire non seulement le psychanalyste, mais aussi l'homme. Car, finalement, dénigrer Freud, c'est le populariser. Mieux : c'est accomplir une prophétie qu'il n'a lui-même cessé de prédire.

  • Douze rencontres comme autant de nouvelles qui mettent en scène patients et soignants dans lieux de soins dits intermédiaires, groupes d'accueil, communautés thérapeutiques et centre de crise, créés à Villeurbanne par l'association Santé mentale et communautés.

    C'est parce qu'il s'engage en personne, avec sa créativité, sa spontanéité, mais aussi une réflexion sur soi-même, qu'un soignant en psychiatrie peut espérer soigner, c'est-à-dire accueillir et accompagner une souffrance psychique pour aider à l'élaborer et à l'atténuer, parfois à la surmonter. C'est parce qu'il voit dans celui qu'il rencontre le sujet de son histoire et non l'item substituable d'une population, qu'il peut espérer construire une relation d'aide. Cet ouvrage en est l'illustration littéraire, en même temps qu'un travail d'analyse approfondie de l'essence du soin psychique.

  • Cet ouvrage n'est ni un pamphlet contre la psychiatrie américaine et ses classifications, ni un panégyrique. Il a l'ambition de donner au lecteur la possibilité de se forger son propre avis à travers une histoire foisonnante et une actualité agitée, relatée avec humour et précision par l'auteur. Un livre captivant qui se lit comme un roman. Le souci de l'auteur est de replacer la naissance et le développement de ces classifications - qui ont ébranlé la psychiatrie internationale - dans l'histoire de la psychiatrie américaine et dans l'histoire de l'Amérique, des premières tentatives de Benjamin Rush au début du xixe siècle jusqu'au tout nouveau dsm-v. Il le fait en brossant des portraits pittoresques des hommes et des femmes qui furent et qui sont les acteurs de cette histoire.

  • De l'asile à la psychiatrie en secteur, voici un récit de voyage en terre de psychiatrie, contrée semée d'embûches, de mensonges et de lâchetés « trop humaines » où se joue le vrai drame de la folie. Tout au long de son parcours de psychiatre, l'auteur voulut avec beaucoup de conviction faire évoluer les soins proposés aux patients, guidé par un attachement profond à la psychanalyse. Son témoignage croise l'histoire de la psychiatrie strasbourgeoise et de ses acteurs (Théophile Kammerer, René Ebtinger, Lucien Israël notamment) et interroge le devenir de cette spécialité.

  • Michel Soulé est l'un des pionniers de la pédopsychiatrie en France, l'un des premiers à s'intéresser à la vie foetale. Dans cet ouvrage élaboré à partir d'entretiens filmés avec Sylvain Missonnier, il raconte son itinéraire personnel et professionnel qui l'a amené à travailler avec Serge Lebovici, René Diatkine (les 3 mousquetaires de la pédopsychiatrie naissante), Léon Kreisler, Myriam David... Il aborde d'une manière vivante, avec la verve qu'on lui connait, les thèmes qui lui sont chers, la prévention, la périnatalité, le foetus et le placenta, le placement, l'aide sociale à l'enfance, la formation, la psychanalyse... Des textes inédits ou oubliés viennent compléter ce panorama et contribuent à l'effort de transmission qui a toujours animé Michel Soulé.

     

  • Au cours de l'histoire européenne, trois grands intervenants vont se préoccuper de l'hébergement des fous : le pouvoir politique et judiciaire, le clergé, la médecine. De la bienveillante indifférence du Moyen âge pour les malades mentaux à la répression féroce des siècles qui ont suivi, de Pinel qui les libère à Hitler qui les gaze, de l'enfermement dans les asiles à l'ouverture sur la cité, autorisée par la découverte des psychotropes, Claude Meyers nous conte l'évolution de l'attitude de la société européenne envers ses fous, en nous guidant à travers les lieux où ils ont été maintenus ou accueillis. Que la connaissance des erreurs du passé évite les pires bévues aux décideurs de demain, qu'ils soient politiques, juges ou médecins, tel est au final l'objectif de ce livre. Claude Meyers, neuropsychiatre, expert auprès de l'OMS, chef de service, fondateur de la psychiatrie dans les hôpitaux du Sud-Luxembourg belge, président fondateur des Habitations protégées.

  • La psychiatrie est-elle en voie de disparition ? La psychiatrie de secteur annoncée comme une logique de soin visant l'intégration à la communauté a-t-elle vraiment commencé ?
    Jean-Pierre Martin en a exploré les possibilités. Il associe une démarche de réhabilitation psychosociale du sujet, de refus des juridictions d'enfermement et de relégation. A l'interface du sanitaire et du social, la création d'un centre d'accueil et de crise lui a permis d'expérimenter de nouvelles approches cliniques ainsi que des pratiques d'intégration dans des réseaux de proximité centrés sur les patients. Celles-ci sont sous-tendues par une éthique du sujet comme personne sociale, qui rend obsolète le vieil amalgame : obligation de soin et dangerosité sociale.
    Aujourd'hui ces pratiques sont remises en cause par le paradigme économique, les dotations budgétaires restrictives ; les théories biocomportementales et urgentistes viennent étayer l'évaluation de ce nouvel ordre médico-gestionnaire, réduisant toute politique de santé mentale à une épidémiologie normative.
    Cet ouvrage milite pour ces pratiques menacées, il soutient avec force et enthousiasme l'intégration de la politique de santé mentale dans celle de la ville, le sujet citoyen et la communauté devant être des acteurs à part entière.

  • Roger Gentis (né en 1928) est l'un des psychiatres les plus représentatifs de sa génération, celle qui s'est élevée contre l'enfermement asilaire et une pratique psychiatrique aussi pauvre que répressive ; qui, bénéficiant de l'ouverture qu'offrait la psychanalyse et de l'effervescence de la pensée qui s'ensuivit, a expérimenté, mis en oeuvre dans le cadre de la psychiatrie publique, de nouvelles pratiques de soin (psychothérapie institutionnelle notamment) et a contribué à une nouvelle considération de l'homme souffrant. La rencontre avec ce psychiatre inventif, brillant pamphlétaire et homme d'écriture, permet non seulement d'avoir une vision précise des enjeux de la psychiatrie contemporaine mais aussi d'entendre que la clinique n'est pas concevable sans un extrême souci de l'autre.
    Patrick Faugeras est psychanalyste, traducteur, directeur de collection aux Editions Erès.

  • Lire l'entretien avec l'auteur (propos recueillis par Audrey Minart)

    Peut-on considérer les fous, non plus comme des personnes à part, mais comme des personnes à part entière ? Aujourd'hui, le mouvement des usagers en santé mentale revendique de faire entendre sa voix, à l'égal d'autres publics défavorisés. Au sein du mouvement des personnes handicapées qui proclame  « Rien à notre sujet sans nous », le mouvement Advocacy France a pour devise : «  Le jour où des personnes peu habituées à parler seront entendues par des personnes peu habituées à écouter, de grandes choses pourront arriver. » L'ambition de l'ouvrage est de dépasser la pétition de principe pour interroger les fondements de la démarche.

    L'auteur analyse le chemin parcouru par les intéressés eux-mêmes entre la disqualification des « fous » et la prise de parole des « usagers » afin d'éclairer les concepts en oeuvre dans le mouvement d'émancipation des personnes en souffrance psychique. S'appuyant sur leurs témoignages et sur une recherche historique et philosophique, l'ouvrage s'inscrit dans le mouvement des madstudies qui reste, en France, à développer. Si la disqualification a longtemps été le sort des « fous », comment la comprendre pour mieux la contester ?

  • L'« Ethnopsychiatrie » d'Henri Ellenberger est la première synthèse de langue française sur cette discipline hybride située entre psychiatrie et ethnologie, qui s'est développée après-guerre à la fin des empires coloniaux et qui a connu un succès foudroyant ces dernières décennies. Ce corpus présente un grand intérêt du point de vue de l'histoire des sciences humaines et sociales. D'une part, il constitue un cas d'étude de circulation des savoirs entre la France et l'Amérique du Nord, puisqu'il a été rédigé à Montréal par un médecin et chercheur formé à Paris. D'autre part, il permet d'interroger le moment de transition entre la médecine coloniale et les pratiques contemporaines de l'ethnopsychiatrie en métropole avec des migrants. Cette nouvelle édition en trois parties s'ouvre par une présentation générale qui resitue les sources dans le contexte des savoirs de l'époque, en mettant l'accent sur les acteurs et les réseaux savants, entre médecine, psychologie et sciences sociales, dans une perspective historique. Le texte original est quant à lui reproduit à l'identique et annoté. Enfin un choix d'archives inédites est proposé, dont un enseignement délivré au Canada et un échange épistolaire avec Georges Devereux.

  • Qu'est-ce qui a poussé Roger Salbreux sa vie durant à mener sur tous les fronts un combat en faveur des enfants en situation de handicap ou en risque de le devenir ?

    A travers un entretien, mené par Michel Dugnat, et la reprise de quelques articles marquants, Roger Salbreux, pédopsychiatre, clinicien, enseignant et chercheur, retrace son parcours professionnel de presque soixante-dix ans au service des personnes en situation de handicap et de leurs proches, qui ont été longtemps malmenés par la médecine et la société, même si on note aujourd'hui d'indéniables, mais encore insuffisantes, améliorations.

    Dans les années 1950, tout ou presque  était à faire, à commencer par le diagnostic précoce. Mais que vaut un diagnostic s'il ne peut déboucher sur une prise en charge ? Celle-ci ne peut être raisonnablement envisagée au niveau des pouvoirs publics si on ne connaît pas l'étendue des besoins. Roger Salbreux a ainsi été l'artisan d'une grande enquête épidémiologique, à l'origine de la création des CAMSP (centres d'action médico-sociale précoce). Il n'a cessé, depuis, de militer dans un grand nombre d'organismes et d'associations qui se sont donné pour tâche le progrès des connaissances sur le handicap ou l'amélioration du sort des enfants en situation de handicap.

  • Jean Ayme, psychiatre des hôpitaux, psychanalyste, a longtemps exercé des responsabilités au sein du syndicat des psychiatres des hôpitaux. Il nous propose, dans cet ouvrage, le fruit d`un travail important qui, à travers l'étude de la collection complète de l'1nformation psychiatrique et de son supplément syndical, constitue sa contribution à l'histoire de la psychiatrie.

    De la chute du nazisme à celle du mur de Berlin, il nous rappelle, à travers les mille et un événements qui ont marqué sa profession, que le sort des psychiatres est indissolublement lié à celui des malades mentaux. Le syndicat des psychiatres des hôpitaux, tout au long de ses cinquante ans d'existence, défendra inlassablement et l'un et l'autre, en militant pour
    conserver la spécificité de la psychiatrie en tant que médecine de la personne, oeuvrant dans le champ social.

    Ainsi, dans cet ouvrage où se croisent les nombreuses personnalités - Georges Daumézon, Henri Ey, Paul Sivadon, François Tosquelles, Roger Gentis, Lucien Bonnafé et bien d'autres - qui ont participé à l'édification du statut de psychiatre et à la construction de ce qui est aujourd'hui la psychiatrie de service public (de la réforme asilaire à la psychiatrie de
    secteur), nous retrouvons :
    - l'histoire des progrès accomplis sur les plans sémiologique, nosographique, étiologique, thérapeutique, assurant une meilleure compréhension dela maladie mentale et des conduites à tenir ;
    - l'histoire d'un combat pour la défense individuelle et collective, l'obtention de meilleures conditions de salaire et de travail qui, en exigeant des moyens juridiques ou financiers, ont assis une profession ;
    - l'histoire des rapports des psychiatres et de l'Etat, notamment par l'intermédiaire des trente ministres de la Santé qui se sont succédé au cours des deux républiques.

    Il s'agit là d'un ouvrage unique qui devrait passionner tous les psychiatres publics et privés ainsi que les professionnels qui oeuvrent dans le secteur de la maladie mentale.

  • Illustre et... méconnu, F.J.V. Broussais reste cependant celui qui, par la critique radicale qui accompagna l'invention de la « médecine physiologique », entraîna la grande rupture entre l'ancien et le nouveau dans l'analyse des phénomènes vivants normaux et pathologiques. Avec lui, les « entités » laissent place aux localisations fonctionnelles, aux phénomènes d'interaction, de régulation, de rétroaction, du fait « élémentaire » de l'irritation, à ceux, les plus complexes, des états mentaux, selon une conception « organismique-dynamique » qui synthétise phénomènes généraux et spéci?ques. Pourtant sa mémoire et son oeuvre furent plus que déconsidérées par ses héritiers ingrats qui en exploitèrent les ressources pour mieux en occulter la source !

    C'est que la « révolution » conceptuelle du réformateur, fondateur de surcroît de la médecine préventive et de l'hygiène publique, prit naissance dans un climat polémique de luttes idéologiques, politiques et sociales violentes, re?étées jusque dans la science, en une époque où l'histoire défaisait et refaisait toutes les valeurs dans la traversée des régimes bouleversés laissant jusqu'à nos jours des traces toujours sensibles. Une lecture de l'oeuvre du précurseur n'en fait que mieux ressortir l'étonnante modernité, l'ampleur programmatique, la richesse des intuitions et représentations d'attente sur fond de questionnement éthique.

    Elle fait apparaître la grandeur du personnage au-delà de ses travers et limites, et le remet à la place centrale qui est la sienne dans l'évolution des idées médicales et dans la compréhension de la fonction mentale. Son dossier ouvert dans le contexte de sa recherche et des appréciations de ses pairs, puis des historiens, épistémologues ou littérateurs qui témoignèrent sur lui, à charge et à décharge, permettra au lecteur soucieux de ne pas dissocier l'oeuvre de l'homme, le corps du sens, le psychisme de l'histoire
    personnelle et collective, de rendre enfin « justice » à Broussais.

  • Cet ouvrage est une suite de récits qui retracent autant d'itinéraires singuliers, dans le champ de la clinique psychiatrique, que la rencontre avec François Tosquelles a parfois profondément infléchis. Hormis leur passion pour la psychiatrie, ou plus exactement leur respect pour la personne souffrant psychiquement, les personnes ici interviewées ont aussi en commun une liberté de penser et de pratiquer la psychiatrie. Comme si, pour chacun, cette rencontre avait été l'occasion d'une ouverture à un libre cheminement.

    Patrick Faugeras est psychanalyste à Alès.

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