Fantasy & Science-fiction

  • Quel chef d'oeuvre : l'horreur dans le Frankenstein n'est jamais recherchée pour elle-même - elle ne déborde jamais dans le texte : elle est effrayante, mais absolument. Elle tue, cependant. Et son inventeur en sera l'ultime victime. On ne triche pas avec ce qui est réservé à Dieu : créer l'homme. Le sous-titre : Frankenstein, ou le Prométhée moderne.
    On est en 1818, quand Mary Shelley nous offre cette création-monde. Tout ce qui bientôt fera l'art romantique. Héros mangés d'art. Et la passion du voyage : dans ce roman incroyable on parcourt toute l'Europe de cette aristocratie nomade, Genève ou le Rhin, les Alpes ou l'Italie. Et puis cette longue remontée vers l'Écosse des malédictions.
    Un défi tout aussi formel : jeu multiple d'emboîtements, de récits interposés, jusqu'à ce moment magnifique où le monstre lui-même se met à partler dans le livre. Mais pour dire comment il s'y est pris pour apprendre à parler et à lire. C'est à en pleurer : lui-aussi est victime de sa violence, avant de la renverser en menace.
    Alors qu'elle est belle, cette échappée d'un bateau vers le pôle Nord, embarquant Frankenstein à la poursuite de son propre monstre, l'être sans nom qu'il a formé de ses mains pour défier la mort.
    Vous l'avez déjà lu trois fois, l'inimitable roman de Mary Shelley, dans les vieux livres de l'adolescence ? Eh bien ça fera quatre. Et l'enchantement garanti, le frémissement aussi.
    FB

  • D'abord, c'est sentimental : "Les mains d'Orlac" c'est le film projeté dans "Au-dessous du volcan" et dont l'affiche prendra une telle importance pour le Consul...
    Mais pour le plaisir des ces années 20 qui s'ébrouent dans plein de découvertes techniques : la scène initiale de l'accident de chemin de fer est d'anthologie, mais sans cesse les voitures, l'électricité, le cinéma (je ne peux pas en dire trop) viennent multiplier les pistes du roman d'horreur façon XIXe.
    Au centre, un pianiste - et les musiques qui passent sont celles de Liszt, Debussy, Ravel. Et un chirugien. Greffer les mains ou le visage, désormais on sait (laborieusement). Ici, c'est la fiction qui accorde au pianiste accidenté les mains d'un homme juste guillotiné.
    Alors, quand les crimes qui surgissent semblent tous désigner Orlac comme coupable, et que ces mains qui lui sont étrangères sont incapables de musique, qu'il s'est fait chef d'orchestre dans un bastringue de seconde zone, et qu'il se mêle un peu de Crédit Lyonnais et une grosse prime d'assurance, on n'arrêtera pas la lecture même si le téléphone sonne.
    Immense classique, mêlant les mystères du corps aux mystères de la ville, avec un bon zeste d'occultisme pour pimenter l'ensemble, pas étonnant que le cinéma y ait trouvé son bonheur. Et nous le nôtre.

    FB

  • Au bout de la jetée : la fin du voyage, le domaine que j'aurais voulu sans partage, de l'eau, des bêtes marines, des oiseaux et de la sauvagine.
    Sur cette frontière, un cyclope, le phare des Onglous, veille de son oeil rouge le Canal du Midi et mon étang de Thau. Au loin, la colline de Sète allume ses milliers de lanternes et les vagues se brisent à nos pieds sur les rochers. Du haut de mes vingt ans, me voilà chef de bande : à ma gauche Aristide, le géant simplet, qui m'est tombé dans les bras comme un grand gamin quand le vieux Manuel s'est pendu ; à ma droite, Malika, notre lionne boiteuse, notre amoureuse, arrivée sans crier gare et chamboulant notre fragile équilibre. Ça sonne paisible, mais dans la nuit habitée de la lagune, autour de notre cabane de bric et de broc, un monstre rôde et des gamines s'évaporent dans la nature...


    Retrouvez Mô dans le deuxième tome de cette saga à la croisée du polar et du fantastique : adieu l'enfance adieu les vignes, voici venu le temps de la plongée et de l'aventure, du doute et de l'obscurité...

    Rendez-vous sur http://lasagademo.publie.net !

  • L'oeuvre de J.H. Rosny l'aîné vient de passer en domaine public. Mais, 70 ans après sa mort, avons-nous cessé de le lire, avec ce mélange d'effroi et de malaise qui signe les grandes oeuvres de la science-fiction ?
    Etrange, de le voir correspondre avec Conan Doyle, et inventer simultanément avec H.G Wells des thèmes qui nous touchent avec la même urgence aujourd'hui.
    Nous savons aujourd'hui que, dans les galaxies voisines, et même dans d'autres confins de la nôtres, des planètes semblent autoriser la formation de la vie. Nous avons découvert la présence d'eau sur Mars, qui garde bien de ses secrets. Ces derniers mois, un équipage d'astronaute s'est entraîné en temps et vaisseau réels à l'accomplissement d'un voyage de reconnaissance. Et nous savons déjà avoir été les artisans de notre irréversible déclin sur notre propre planète.
    Questions donc à forte résonance pour nous. Mais quelle étrangeté de voir Rosny l'aîné les affronter dès 1921, avec cette finesse et ce pessimisme qui lui sont propres, et qui résonnent dans sa belle langue. Nous avons aussi appris que nous portons des gènes de l'homme de Néanderthal, et des biologistes d'aujourd'hui tentent de réussir d'improbables clonages : voilà ce dans quoi aussi se risque ce roman suspendu et décalé, précis et prenant, qu'est "Les navigateurs de l'infini".
    S'il faut se laisser à nouveau surprendre par Rosny l'aîné, et ne pas le laisser discrètement à l'ombre de la "Guerre du feu" qui touche pourtant aussi un fantasme sensible, c'est bien parce que les problèmes qu'il évoque pourraient bien, à un siècle de distance, se révéler à la fois nos meilleurs rêves et nos risques premiers.
    Et c'est pour cela que, par delà le plaisir de la fable, et un roman tendu et visionnaire, nous l'en remercions.
    FB

  • Les trois yeux

    Maurice Leblanc

    Un savant, Noël Dorgeroux crée le « rayon B », son neveu Victorien Beaugrand est l'un des premiers témoins des prodiges de ce rayon: sur un mur sont projetés des images comme cinématographiques mais... venues du passé ! Noël Dorgeroux compte devenir riche en utilisant son invention : quel plus beau spectacle que celui de l'histoire, de la vraie Histoire, restituée par un moyen scientifique difficile à comprendre? Revivre l'exécution de Miss Cavell, espionne de la Première Guerre Mondiale, assister à la bataille de Trafalgar, être témoin de la première ascension des Montgolfier à Annonay, observer la montée à l'échafaud de Louis XVI, voir un combat aérien de la Grande Guerre, ou encore suivre le chemin de croix de Jesus Christ : que de merveilles à dévoiler, quelle histoire vivante à découvrir !
    Le succès est immédiat mais bientôt Noël Dorgeroux est assassiné et c'est la lutte pour connaître son secret. Tenu en haleine, le lecteur ne la découvre, bien plus extraordinaire encore que ces « trois formes inexplicables », ces « trois cercles triangulaires », ces « formes qui diffèr[ent] toutes les unes des autres » et qui « diffèr[ent] d'elles-mêmes en l'espace d'une seconde » vus par les témoins de ces projections...
    Maurice Leblanc en quittant pour un temps l'univers lupinien nous entraîne dans le domaine de ce merveilleux scientifique théorisé par un autre Maurice, Maurice Renard: « Il n'y a de merveille que dans le mystère, dans l'inexpliqué. Tout prodige cesse d'en être un aussitôt que nous pénétrons ses causes réelles et sa véritable nature, dès qu'il passe du ressort de l'ignorance ou de celui du doute dans celui de la science. » Car derrière l'étrange se cache la science et l'écran sur lequel apparaissent les Trois Yeux est l'image même de ce merveilleux scientifique qui « brise notre habitude et nous transporte sur d'autres points de vue, hors de nous-mêmes.»
    Philippe Ethuin, extrait de la présentation.

  • L'oeuvre de J.H. Rosny l'aîné vient de passer en domaine public. Mais, 70 ans après sa mort, avons-nous cessé de le lire, avec ce mélange d'effroi et de malaise qui signe les grandes oeuvres de la science-fiction ?
    Etrange, en tête de cette fiction tout entière basée sur peur, malaise, angoisse de le voir en préliminaire correspondre avec M. Conan Doyle lui-même, à propos du récit "The poison belt" que H.G Wells publie quasi simultanément, quasi sur le même thème, et bien sûr sans concertation des deux écrivains.
    La lumière nous reste aujourd'hui une énigme : limite ou non de sa vitesse, lumière fossile, orages stellaires... Et si un de ces orages venait à traverser notre galaxie, et que soudain notre lumière habituelle, celle du soleil, en devienne malade ? Soudain, d'étranges dédoublements de réfraction. Soudain il manque une couleur au vieux spectre...
    Et d'étranges phénomènes s'emparent des grandes villes : crises d'angoisse, émeutes et violences qui se propagent.
    Écrit en 1913, Rosny l'aîné se confie aux éléments les plus déterminants de la modernité : l'automobile omniprésente, le rôle de la presse, le téléphone, et bien sûr les lois de l'optique, même quand elle se détraque. Lorsque s'évanouit la première attaque, il tire les conséquences sociales et économiques - très positives - d'une catastrophe qui a brusquement vidé d'un tiers l'effectif humain. Sauf qu'ici ce n'est pas fini...
    On pense à bien des malaises et catastrophes plus récentes. Et difficile d'échapper à l'ombre rétrospective de la catastrophe elle bien réelle et similiaire, qui embrasera le monde un an plus tard, en 1914, pour quatre années d'obscurité pire, si due seulement aux hommes.

    S'il faut se laisser à nouveau surprendre par Rosny l'aîné, et ne pas le laisser discrètement à l'ombre de la "Guerre du feu" qui touche pourtant aussi un fantasme sensible, c'est bien parce que les problèmes qu'il évoque pourraient bien, à un siècle de distance, se révéler nos pires maladies, nos risques premiers.
    Et c'est pour cela qu'on s'abandonnera d'un seul trait à ce roman d'ampleur.
    FB

  • Comment expliquer qu'une oeuvre restreinte comme celle de Poe puisse nous être à nous tous océan ?
    Parce que, via la réinvention Baudelaire, elle se saisit de nos rêves via l'inconscient de notre propre langue, et cette épiphanie de mystères qui de toute façon d'avance nous cernent ? La soeur, le portrait sur le mur, l'eau devant la maison, la nuit et la ruine, puis la morte enfin qui revient. Et les livres, les instruments de musique, l'enferment où est Roderick Usher : immense poésie de la langue seule, mais Lovecraft ne serait pas d'accord - il y a trop pris lui aussi.
    Et bien sûr, dans la suite restreinte de l'oeuvre Edgar Poe, des noyaux plus volcaniques. Des densités de nuit, des fulgurances. Roderick Usher surgit blême en avant de l'oeuvre et nous appelle.
    Il y a Metzengerstein, Le Scarabée d'or et d'autres: mais La chute de la maison Usher est probablement le centre le plus absolu de la grammaire Edgar Poe.
    Faites comme tout le monde, apprenez par coeur la première page, et le mot fuligineuse. Ou relisez-la, trois fois.
    D'aller au bout, à vous de savoir si vous prenez le risque: on garde longtemps sur soi le trouble. Cela s'appelle littérature. C'est beau comme un jazz. Tant pis.

    FB



  • Un homme invisible en Bretagne ?


    Aux confins des Côtes-d'Armor et du Finistère, au coeur du bocage breton, pays des fées, des lutins et des farfadets, un vieux savant offre l'invisibilité à un vagabond qui en profite pour multiplier les rapines et les larcins. Mais au château de Coat-er-Urlo, une bonne fée veille et tel est pris qui croyait prendre !
    Dans le sillage de L'Homme invisible d'H.G. Wells, le feuilleton Les Mystères de Coat-er-Urlo, publié en 1923, était tombé dans l'oubli jusqu'à aujourd'hui et mérite d'être découvert.

  • Égalité

    Edward Bellamy

    Auteur en 1888 de Dans cent ans ou l'an 2000 qui connut un succès mondial et de multiples éditions en France à partir de 1891, Edward Bellamy propose une suite de ce classique de l'anticipation utopique avec Égalité (Equality). De ce second roman, seule « La parabole du réservoir d'eau » a largement été diffusée dans la presse libertaire et socialiste. Mais bien d'autres aspects du texte sont importants : Bellamy place les femmes à égalité avec les hommes (éducation, mariage, vie professionnelle, revenus, vêtements...), se positionne comme auteur précurseur de l'économie distributive (revenus annuels non capitalisables, propriété d'usage...), questionne la défense de l'environnement, la protection des animaux, l'impact des activités humaines sur la Terre, ainsi que l'unité de l'humanité (chaque habitant parle sa langue maternelle et la langue universelle). Il ne néglige pas non plus les progrès techniques et l'on voit apparaître l'électroscope, les disques phonographiques, les voitures à moteur et les véhicules aériens... Il invente également - il écrit ces lignes en 1897 - une « carte de crédit » qui permet aux citoyens du XXe siècle de régler toutes leurs dépenses.
    Pour la première fois, ce texte majeur de la littérature d'anticipation utopique est disponible en français.
    Traduction de Paul Zimmermann, revue, complétée et modernisée par Philippe Éthuin.

  • L'automate

    Ralph Schropp


    On sait peu de choses de Ralph Roderich Schropp. On connaît de lui cette nouvelle et trois traductions de Goethe. On le trouve aussi comme auteur de deux livres publiés en allemand. Il a vécu à Nice : le texte y a été écrit si l'on en croit les derniers mots de l'avant-propos et la région niçoise est le lieu où est découvert le manuscrit.


    Le rêve de la création de la vie par l'homme est un thème majeur de la science-fiction. Que ce soit des robots, des androïdes ou des clones, l'écrivain-démiurge de récits conjecturaux se met de la sorte en compétition avec Dieu.


    L'automate de Ralph Schropp surpasse nombre de ses devanciers : l'automate a la capacité de s'accoupler avec une humaine et à procréer. Ce n'est pas seulement la création de la vie dont il s'agit, mais aussi sa transmission : l'Homunculus est de ce fait complètement vivant. Ce qu'il lui manque pour être parfaitement humain c'est un coeur, non pas l'organe, mais bien la disposition aux sentiments : l'Homunculus ne ressent nulle pitié, nul amour, nul regret, nulle affection, nul intérêt pour les autres car c'est bien le coeur qui est tout. Ralph Schropp nous interroge ainsi sur la nature même de l'homme à travers cette caricature de l'Humanité que constitue son automate.


    PE

  • Le nom de Joseph Méry, s'il a été bien oublié, surgit parfois au détour d'un essai, d'une anthologie, d'un article de dictionnaire4. Ce polygraphe du XIXe siècle (1797-1866) a beaucoup écrit : satires, théâtre, livrets d'opéra, romans, nouvelles... Une recherche dans le catalogue électronique de la Bibliothèque Nationale de France donne 774 notices et cela ne tient pas compte des innombrables textes parus dans la presse.

    Histoire de ce qui n'est pas arrivé est l'une des toutes premières uchronies (la deuxième ou troisième) et pourtant si les textes de Louis Geoffroy (Napoléon et la conquête du monde, 1836) ou Charles Renouvier (Uchronie (l'utopie dans l'histoire) : esquisse historique apocryphe du développement de la civilisation européenne tel qu'il n'a pas été, tel qu'il aurait pu être, 1857-1876) sont régulièrement réédités, la nouvelle de Jospeh Méry n'a jamais été reprise en volume depuis 1859 et donc restée quasiment inconnue.

    La date de divergence de cette uchronie «napoléonienne» (bonapartiste serait plus juste) est le 21 mai 1799 pendant le siège de Saint-Jean d'Acre8 ce qui est une originalité9 par rapport à la production habituelle qui se situe plutôt pendant le Premier Empire : que de Campagnes de Russie et de batailles de Waterloo ont été gagnées ! Pour certains, tel Louis Geoffroy, Napoléon est même devenu le maître du monde.
    Dans Histoire de ce qui n'est pas arrivé, au titre programme qui est une excellente dé#nition de l'uchronie, remporter la victoire à Saint-Jean d'Acre dans le cadre de la campagne d'Égypte représente le bris du verrou vers l'Orient. Sur notre ligne temporelle les troupes de Bonaparte ont été arrêtées par une vieille tour surnommée « La Maudite » au sujet de laquelle le général corse aurait dit : « Le sort du monde était dans cette tour ». Poursuivons avec une autre citation impériale: « Il n'est point de petits événements pour les nations et les souverains : ce sont eux qui gouvernent leurs destinées. ». « La Maudite » chutant, Bonaparte ne sera pas Napoléon Ier mais un nouvel Alexandre fondant un empire dans les Indes : « la tour maudite de Saint-Jean d'Acre était la tour du destin, Turris fatidica».
    Philippe Ethuin, extrait de la présentation.


  • L'ego est un jeu de construction, les briques en euros amassées grâce à SexyWi m'ont permis de bâtir la maison qui abrite le mien : une villa sur la plus haute colline de la cité. J'y vis en reclus, je suis cette évidence proéminente que vous ne savez voir, haut perché, mais la tête rentrée dans les épaules - un vautour sur sa branche. J'ai fait fortune en pénétrant votre intimité la plus secrète, quasi inavouable.

    La fin du monde est-elle soluble dans l'esprit humain ? Le programmeur star d'un jeu érotique révolutionnaire est sur le point de le découvrir...
    Avec Locked-in Syndrome, g@rp joue le jeu de l'imagerie virtuelle et des intrigues imbriquées sous la forme étrange que prend son propre pseudonyme : une coquille d'escargot. Jeux vidéo, cerveau en cours de défragmentation, ville d'Ys surgie des flots et pornographie ludique sont au programme de ce roman pré-apocalyptique à l'écriture unique, à l'humour ciselé et au rythme fou.

  • Avec ArcheoSF, explorer les archives de la science-fiction ancienne : curiosités, inventions...

    2050 représente, dans l'imaginaire collectif, une somme d'inquiétudes entre changement climatique, fin du pétrole, déséquilibres démographiques et inconnues géopolitiques.


    1950, c'était il y a plus d'un demi-siècle. Pour les hommes et femmes de la fin XIX e siècle, l'écart temporel était le même et ils rêvèrent de ce temps à venir comme la promesse d'un autre monde. De nombreux écrivains, humoristes et vulgarisateurs scientifiques se sont emparés du thème « 1950 » s'appuyant sur les avancées scientifiques pour produire des anticipations. Albert Robida écrivit et dessina « 1950 » et les années suivantes dans Un potache en 1950, En 1965, Le Vingtième siècle... Son empreinte est manifeste sur certains des textes rassemblés ici.


    L'anonyme Un clou pour l'exposition de 1950 publié en 1899 est placé sous le signe de l'Exposition Universelle de 1900 au cours de laquelle de nombreuses innovations soulageant l'homme de l'effort de la marche furent présentées.


    Dans Énigme d'amour publié en 1909, E Ribière-Riverlas présente une intrigue sentimentale sur un fond inspiré par Robida et Jules Verne avec des moyens de transports et de communication variés extrapolés.


    Plus léger est le conte Une élection académique en 1950 dans lequel Paul Blin imagine qu'une loi de 1949 « prescrit que les membres de l'Académie française seraient élus par les représentants de la presse, formant un collège électoral dans chaque chef-lieu de département ».


    Pour finir L'attaque de la coupole cuirassée. Épisode d'un siège ... en 1950 de Pierre Ferréol est une anticipation militaire. Après la guerre de 1870-1871, ce genre a fleuri. Des auteurs comme le Capitaine Danrit, Pierre Giffard ou même Octave Béliard , ont écrit de nombreuses guerres futures mettant en scène des engins extrapolés tels des aéroplanes blindés, des dirigeables cuirassés, des chars, des super-canons ou des forts imprenables.


    P. E.



  • Samuel Henri Berthoud a commis trois textes conjecturaux: Voyage au ciel en 1840, Les premiers habitants de Paris, texte préhistorique et L'an deux mil huit cent soixante cinq (ces deux derniers textes sont extraits de L'Homme depuis cinq mille ans, 1865). Vérification faite dans L'Encyclopédie de l'utopie, des voyages extraordinaires et de la science fiction, Voyage au ciel est paru « vers 1840, dans La Presse » et Pierre Versins donne ce petit résumé: « un astronome construit une machine volante, s'élève et disparaît dans l'infini ». Il ne manquait plus qu'à trouver le texte.


    Dans sa postface à Edmond Haraucourt, Le Gorilloïde et autres Contes de l'avenir retrouvés dans la presse, Jean-Luc Buard raconte sa quête d'un texte que beaucoup remettaient en cause son existence même car, bien que cité par Versins et l'Argus de la SF, personne ne l'avait jamais trouvé. Cinq mille ans, ou la Traversée de Paris, comme nombre d'autres oeuvres, dormait dans un périodique.


    Pour Voyage au ciel, les indices rendaient la recherche plus aisée. La collection complète de La Presse est disponible sur Internet. Pourtant l'examen de l'année 1840 n'a rien donné. Fallait-il aller à rebours ou bien poursuivre vers l'année 1841 ? Par chance, je choisis la logique chronologique et dès le numéro daté des 2 et 3 janvier 1841 apparut Voyage au ciel. Gallica m'apprenait dans le même temps que le conte avait été repris dans la Revue des feuilletons, journal littéraire composé de romans, nouvelles, anecdotes historiques, etc., extraits de la presse contemporaine. Nouveau hasard: je possède ce volume. Le texte est donc localisé et peut être mis à la disposition des lecteurs curieux de l'histoire de la conjecture rationnelle romanesque et des amateurs d'aérostation car la « machine volante » indiquée par Pierre Versins est en fait un plus léger que l'air qui ressemble fort à un dirigeable qui ne sera conçu qu'en 1852.

    Philippe Ethuin, extrait de la présentation.

  • Les cavités de notre planète sont fort peuplées même si le commun des Terriens l'ignore. Les hommes ont imaginé des terres creuses, des mondes cachés sous nos pieds, des civilisations ayant survécu dans les entrailles de la Terre.
    Dans leur monumental essai Les Terres creuses, Guy Costes et Joseph Altairac recensent plus de 2200 textes pour constituer une « bibliographie géo-anthropologique commentée des mondes souterrains imaginaires et des récits spéléologiques conjecturaux ». Plusieurs thèmes peuvent en être dégagés : le récit préhistorique, l'utopie - qui trouve sous terre une nouvelle localisation -, la grotte merveilleuse, le monde intérieur, le tunnel fantastique et/ou extrapolé, la race souterraine, le monde perdu, etc.
    Si l'on en croit les romanciers, sous la Terre ont survécu diverses civilisations que l'on croyait disparues : André Armandy présente une civilisation maya dégénérée dans Le Démon bleu (Miss Démon) et Jean Bonnéry une survivance inca (Les Prisonniers de la Montana) en 1925, Maurice Schneider et M.C Poinsot nous racontent la fin de la cité babylonienne cachée dans Sémiramis, reine de Babylone (1926), Albert Bonneau imagine des cavités peuplées de descendants des Égyptiens (La Cité sans soleil, 1927), etc.
    Une Ville souterraine, histoire merveilleuse de Charles Carpentier relève de ce que les anglo-saxons nomment les « Lost Race Novel ». En Normandie, à proximité d'Avranches, le héros ne trouve rien de moins qu'une ville en tout point semblable à la Rome impériale survivant depuis l'antiquité.

    Une Ville souterraine. Histoire merveilleuse
    Pour le cas qui intéresse, c'est à dire la survivance d'une civilisation romaine, le roman de Charles Carpentier fait partie des premiers traitant du thème. Dans le domaine anglo-saxon, on peut citer The Foutain of Arethusa de Robert Eyres Landor (1848),Tarzan and the lost Empire d'Edgar Rice Burroughs (1929) ou The Enchanteress de Cecil H. Bullivant (1932).
    En France, Charles Carpentier sera notamment suivi par Camille Audigier dans La Révolte des volcans (1935) qui place sa survivance romaine en Auvergne.
    Une Ville souterraine nous entraîne sous le plateau du Châtellier dans l'arrondissement d'Avranches (Manche) sur les pas du narrateur (qui partage nombre de centres d'intérêt avec l'auteur). Le lieu est celui d'une bataille qui opposa le Gaulois Viridovix, chef des Unelles, et son armée à Sabinus pendant la conquête de la Gaule par les Romains. Des légendes locales mentionnent l'apparition d'une fée vêtue à l'antique et de soldats casqués et solidement armés comme les anciennes troupes romaines. Le narrateur décide de les surprendre... et c'est lui qui va être surpris de découvrir la merveilleuse ville souterraine, ses habitants, leurs habitudes et leur vie quotidienne mais aussi les intrigues politiques ou les risques à vouloir introduire de nouveaux concepts et techniques dans une société figée depuis près de deux mille ans.
    Le projet de Charles Carpentier n'est pas seulement de distraire le lecteur avec une bonne intrigue. Dans sa préface, il indique : « On entre dans la ville souterraine avec effroi ; on s'y engage avec curiosité ; on la parcourt avec étonnement ; et on regrette de ne pas la connaître davantage, avant de la quitter. Il semble qu'on ne devrait jamais écrire un livre sans chercher à instruire en amusant ; mais il ne serait peut-être pas trop téméraire de mettre cette épigraphe sur la couverture de celui-ci : ICI ON S'AMUSE, ET ON S'INSTRUIT ! ».

    Philippe Éthuin

  • Avoir pour père un homme de la stature de Jules Verne et porter sur ses épaules le statut d'unique héritier du grand écrivain n'est sans doute pas chose facile.

    Michel Verne naît en 1861 et connaît une jeunesse tumultueuse qui conduit son père à recourir à l'« incarcération par voie de correction paternelle » en 1875. Michel est embarqué à bord d'un navire et va jusqu'aux Indes, emmenant avec lui les oeuvres de Jules Verne. De rébellion en frasques, d'inquiétudes en scandales, les rapports entre père et fils sont parfois orageux. Pourtant à la fin de sa vie l'écrivain confie à Michel Verne des travaux littéraires constatant les talents de son fils mais lui reprochant son manque de ténacité. Il l'accompagne dans ses tentatives d'écriture.

    Certains textes longtemps attribués à Jules Verne - on ne reconnaissait à Michel que des remaniements - témoignent des qualités littéraires du fils. « L'Agence Thompson and Co, L'Éternel Adam et Au XXIX e siècle : la journée d'un journaliste américain en 2889 ont été écrits par Michel Verne, Jules Verne les ayant relus et corrigés avant parution. » affirme Jean-Paul Dekiss
    Plusieurs romans achevés à la mort de Jules Verne sont - parfois profondément - réécrits par Michel Verne. L'Étonnante aventure de la mission Barsac est, quant à lui, rédigé par Michel d'après une quarantaine de pages laissées par son père. C'est enfin par le cinématographe que le fils poursuit l'oeuvre de Jules Verne en produisant plusieurs adaptations de ses romans pendant la première décennie du XX e siècle. Michel Verne meurt en 1925.
    Zigzags à travers la science est une série de neuf articles publiés par Michel Jules Verne dans le supplément littéraire du Figaro en 1888. Le fils de Jules Verne y développe des fantaisies ou des anticipations relevant à la fois de la causerie scientifique et de la fiction et se rapportant à de multiples thèmes : les transports (un pont sur la Manche ou un express de l'avenir), les communications (la TSF), la médecine et les phénomènes humains (les anesthésiques ou la femme électrique), la guerre de demain (une tourelle rétractable), les animaux (de l'huître à la bécasse). Daniel Compère indique que tout ou partie de ces textes ont été écrits en collaboration entre Michel et Jules et que l'« on peut aussi penser que Michel Verne puise un certain nombre des sujets de ses textes dans les notes rassemblées par son père».

    L'ensemble des Zigzags à travers la science n'a été édité qu'une seule fois par la Société Jules Verne en 1993. Seul « L'Express de l'avenir » échappe à l'oubli. Il était temps de rendre de nouveau disponibles ces textes.

    Philippe Ethuin, extrait de la présentation.


  • C'est une façon de la mémoire : on remonte à soi des morceaux de scènes où l'on se voit jouer, rire à l'objectif, adossé à une barrière ou l'air absent, regardant vaguement au-dedans de soi dans un costume étriqué à la manière du Gilles de Watteau.

    Les souvenirs ne sont pas des scènes enregistrées subjectivement par la caméra de nos yeux, mais des images que celui que nous sommes aujourd'hui observe par-dessus l'épaule de celui qu'il était autrefois et qu'il a perdu. Nous sentons bien qu'ici un certain retournement nous regarde. Des paysages, des visages saisis dans leur silence et pourtant comme au bord de se dire. Le deuil que l'on fait de soi-même à chaque instant. Ou plutôt que l'on ne parvient pas à faire, revenant toujours trop tard sur ce mouvement intime qui nous échappe. C'est ce qui hante nos figures.

    Pareil silence obscur règne sur nos souvenirs. On ne sait jamais tout à fait de quelle fabrique ils sont issus, ce qu'ils écrivent. Ils lèvent à nos regards des armées de personnages comme chaque jour se lève devant nos yeux l'étrangeté de notre nouveau visage.
    Naturellement, le texte par lequel Léa Bismuth accompagne ces figures anonymes d'acteurs de l'histoire s'accorde aux mouvements du temps, aux confessions que l'on fait aux journaux intimes ou aux lettres quand ceux-ci mélangent ce que l'on se dit à soi-même et ce que l'on confie à d'autres. Écrivant, elle s'en remet à cette fragilité, avouant des larmes, des rires, le blanc des neiges, la solitude. Elle se demande alors ce que rejoignent en elle ces figures peintes, cette petite fille bandée qui interrompt son jeu, « immobilisée dans une chorégraphie muette ». Et c'est en lisant Proust qu'elle retrouve l'ambiguïté de ces images dont on ne sait si elles émergent de la mémoire ou de rêves. « Les images choisies par le souvenir sont aussi arbitraires, aussi étroites, aussi insaisissables que celles que l'imagination avait formées et la réalité détruites. »

    Ponctué de ces extraits de La Recherche, le texte de Léa Bismuth adopte la forme des vertiges de l'introspection, cheminant au bord des cavités abruptes de la mémoire.

    Ce que ces fillettes, ces fratries, ces silhouettes anonymes disent pour soi c'est la perte ; comment une part de nous s'engouffre dans les abîmes du temps et comment cette part justement réclame qu'on la rêve.


    Jérémy LIRON

  • Nous avons beaucoup changé, avec le numérique : nous savons mener plusieurs tâches à la fois, nous savons élaborer des requêtes complexes pour enquêter sur le monde entier et la vie des autres. Nous déposons dans nos disques durs tellement de choses de nous-mêmes, qu'ils en sont la mémoire agrandie. Sans compter toutes les traces de nous-mêmes que sans cesse nous laissons sur le réseau.
    En fait, ce qui serait tellement plus commode, ce serait d'indexer directement son cerveau, non ?
    Et nous avons tellement le sentiment de nous agrandir, avec les réseaux sociaux : on se sent tellement plus proches des amis, ou de toutes nos relations virtuelles. Une fois le cerveau indexé, ce serait magique, d'y rajouter quelques fonctions réseau social ?
    Pour inaugurer e-styx, collection science-fiction et anticipation de publie.net, il fallait une question qui ne laisse nul de nous indemne.
    Alors Olivier Le Deuff (qui n'a pas choisi pour rien le pseudo @neuromancien sur twitter) nous embarque dans la drôle d'histoire de Lindon Wilde : mais si, vous savez, celui qui s'était fait indexer son cerveau gratuitement, juste pour essayer...
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  • Longtemps mésestimée, l'écriture vernienne a été depuis une vingtaine d'années réévaluée. Ce qui apparaissait comme un ensemble de romans pour la jeunesse au charme suranné dans lequel la psychologie des personnages est sommaire, révèle désormais toute la puissance et l'efficacité de l'écriture de Jules Verne. Cela n'est pourtant qu'une redécouverte : en 1905, André Laurie, dans l'article reproduit dans ce livre, regrettait déjà que les institutions de légitimation culturelle se refusaient « à voir que l'oeuvre de Jules Verne est la plus puissante et la plus féconde du siècle, précisément parce qu'elle en est l'expression. Elle l'a prouvé, pourtant, en touchant simultanément, comme un Verbe nouveau, tous les cerveaux contemporains. Et quel poète, quel philosophe, quel demi-dieu en a jamais fait autant ? »
    Dans Jules Verne, écrivain, Daniel Compère a montré toute la richesse de l'écriture vernienne entre intertextualité, réappropriation et « ludotextualité ». Si l'aéronef de Robur le conquérant a pour nom l'Albatros, le poème de Charles Baudelaire n'y est pas étranger... et Jules Verne a exprimé sa dette à Edgar Poe. On pourrait relever toutes les allusions aux écrivains que contiennent les oeuvres verniennes, la place nous manque ici mais indiquons que l'on y croise Edgar Poe, Walter Scott, Fenimore Cooper, Alexandre Dumas père et fils, Pascal, Xavier de Maistre, Homère, Victor Hugo, Hoffmann,... et que dans la bibliothèque du Capitaine Nemo l'on trouve : « les chefs-d'oeuvre des maîtres anciens et modernes, c'est-à-dire tout ce que l'humanité a produit de plus beau dans l'histoire, la poésie, le roman et la science, depuis Homère jusqu'à Victor Hugo, depuis Xénophon jusqu'à Michelet, depuis Rabelais jusqu'à madame Sand. Mais la science, plus particulièrement, faisait les frais de cette bibliothèque ; les livres de mécanique, de balistique, d'hydrographie, de météorologie, de géographie, de géologie, etc., y tenaient une place non moins importante que les ouvrages d'histoire naturelle, et je compris qu'ils formaient la principale étude du capitaine. Je vis là tout le Humboldt, tout l'Arago, les travaux de Foucault, d'Henry Sainte-Claire Deville, de Chasles, de Milne-Edwards, de Quatrefages, de Tyndall, de Faraday, de Berthelot, de l'abbé Secchi, de Petermann, du commandant Maury, d'Agassis, etc. Les mémoires de l'Académie des sciences, les bulletins des diverses sociétés de géographie, etc. »

    Nous avons voulu à notre tour jouer avec les mots de Verne en utilisant la contrainte de la variante de l'haïkisation. Chaque « haïku » de Jules Verne présenté ici reprend les premiers et les derniers mots des textes des Voyages extraordinaires et de quelques autres romans. Accompagné d'une iconographie tout aussi extraordinaire, le jeu se veut une invitation à retrouver Jules Verne, et de quel roman proviennent les extraits (un guide de lecture est proposé en fin de volume), pour se laisser porter par la puissance du rêve.
    Philippe Ethuin

  • Albert Robida (1848-1926) avait tous les talents : dessinateur, caricaturiste, directeur de revues, écrivain. Son oeuvre visuelle est célèbre et l'on retrouve régulièrement ses anticipations en images extraites de Le Vingtième siècle, La Vie électrique ou La Guerre au vingtième siècle. Son oeuvre littéraire teintée d'humour est moins connue. Il dessine pourtant, comme avec le crayon, des innovations qui ont la particularité d'être entrées pleinement dans la vie des personnages. Si Jules Verne extrapole, Albert Robida invente véritablement et imagine un futur qui s'est en grande partie réalisé : téléphonoscope, tube pneumatique, guerre scientifique et meurtrière, omniprésence de l'électricité, émancipation de la femme.
    Dans « Inoculation du parfait bonheur », il nous raconte l'invention de la « féliciologie », autrement dit la science du bonheur ! Car la science ne peut avoir qu'un but : le bonheur de l'espèce humaine. Mais peut-être n'est-ce qu'un rêve que peut seulement nous apporter la fantaisie d'Albert Robida...
    Philippe Éthuin

  • Si les Américains ont tous cette légende dans un coin de leur coeur, c'est parce que naît avec Washington Irving la première littérature américaine.
    Un imaginaire qui soit lié à leur histoire, à leurs luttes, au cosmopolitisme des immigrations européennes, et surtout à ce vaste paysage naturel, parfois écrasant, toujours si mystérieux, dans sa splendeur même.
    Le mystère natif de cette naissance de la littérature américaine, avec Hawthorne et Irving, c'est qu'elle choisit le fantastique pour naître - et Poe suivra, puis Lovecraft.
    C'est ainsi qu'on peut relire, dans la langue toute fraîche de sa première traduction, la triste aventure de l'instituteur Ichabod Crane (oui, référence directe à Don Quichotte, on verra comment il s'habiille et quel est son cheval).
    Et comment Washington Irving vous trousse à l'intérieur de sa tête maigre une si belle histoire de fantôme. Demandez donc à Tim Burton ce qu'il en pense...
    FB

  • Il est parfois des hasards qui nous conduisent vers des textes dont la localisation était jusqu'à maintenant incertaine pour ne pas dire inconnue. C'est le cas de cette fiction préhistorique « Une chasse préhistorique à l'époque magdalénienne » signée A. Portier publiée dans Le Chasseur français en cinq épisodes entre août 1937 et mars 1938. Feuilletant des piles de vieux numéros qui dormaient dans un grenier depuis plus de cinquante ans, plusieurs textes à tendance conjecturale (prévoyant un avenir sombre ou radieux selon les cas pour l'an 2000 ou l'an 500 000) ont retenu notre attention. La publication était donc digne d'intérêt pour l'amateur de science fiction. Remontant le temps, pile après pile de ces Chasseur Français, c'est le texte d'une fiction préhistorique qui est découvert.
    L'habitude veut que l'on annexe le roman préhistorique au domaine de la science fiction. De Rosny Aîné et La Guerre du feu (1909 pour la publication dans Je Sais Tout, 1911 pour la publication en volume) à Jean M. Auel et sa série Les Enfants de la terre (six volumes entre 1980 et 2011), la fiction préhistorique connaît un succès jamais démentie depuis plus d'un siècle. Ajoutons-y des bandes dessinées avec Rahan, le fils des âges farouches de Roger Lécurieux et André Chéret, Chroniques de la nuit des temps d'André Houot ( cinq tomes parus) ou Les Pierrafeu, des romans pour la jeunesse comme la série Rhôor signée Michel Grimaud , quelques films tels Un million d'année avant JC (1966) de Don Chaffrey, RRRrrr (2004) d'Alain Chabat, 10 000 (2008) de Roland Emmerich et nous avons la marque d'un genre profondément établi dont les premières oeuvres datent principalement des années 1860.

    Revue consacrée à la chasse, Le Chasseur français propose des récits historiques, et, dans le cas qui nous intéresse, préhistoriques. A. Portier s'appuie sur les connaissances de son époque, aujourd'hui largement dépassées, pour décrire avec précision les exploits de Naroud et la vie quotidienne des chasseurs du Magdalénien qui luttent au coeur de l'hiver pour leur survie.

    Reste maintenant à découvrir qui fut A. Portier (dont le prénom nous est inconnu, s'il n'est pas fautif, il est singulièrement fait mention d'un « R. Portier ») dont on trouve nulle trace nulle part ...

    En supplément est offert le texte Le tueur de mammouth de Georges Moynet paru en 1904 dans Le journal des voyages, publication proposant des récits de voyages, de chasse, parfois de la science fiction et du fantastique, nouvelle preuve que les périodiques recèlent des trésors oubliés attendant d'être redécouverts et de nouveau offerts aux lecteurs. Dans Le tueur de mammouth, qui précède de quelques années La Guerre du feu, c'est la lutte de l'homme et de l'animal, le premier triomphant du second par la ruse.


    Bienvenue à l'époque magdalénienne dans les pas des chasseurs de la préhistoire !

    Philippe Ethuin, ArcheoSF



  • « Le Raccommodeur de cervelles » nous présente un « chirurgien supernaturel » capable d'opérer le cerveau et de modifier le caractère du patient. Mais on ne change pas la nature de l'être humain sans risque et la femme qui se plaint de la trop forte tendance au libertinage de son mari déchante quand celui-ci ne peut plus la rendre heureuse.
    « L'Omnibus aérien » narre le premier voyage d'un couple de bourgeois compagnon de hasard d'une paire de vauriens de la ligne entre la place de la Concorde et la grille du Bois de Boulogne. La description du voyage sert de prétexte à une découverte de Paris par les airs et à se moquer des travers parisiens.
    « Encore la fin du monde ! » nous invite à imaginer l'avenir des lettres pour les cinq ou dix prochains millions d'années, rien de moins. Mais tout n'est-il pas qu'un éternel recommencement ?
    « Le Journal du dernier Robinson » est la quête de la solitude dans un monde de l'avenir entièrement colonisé par l'Homme. La quête de l'état sauvage, dans une société totalement civilisée et pour une bonne part urbanisée, devient vaine et désespérante. Tristes tropiques ...
    « Le Déluge à Paris » montre tout d'abord un Paris disparaissant sous les eaux en l'an 4859 avant d'être redécouvert 3000 ans plus tard par des archéologues qui se perdent en hypothèses parfaitement farfelues pour qui connaît le Paris antédiluvien.
    Enfin est adjoint un portrait de l'un de ses contemporains : Jules Verne ... Pierre Véron (1831-1900) s'intéresse à l'avenir et à la science comme nombre de ses contemporains mais reste dans le domaine de l'humour et de la satire parfois grinçante. Et quel étonnement ces nouvelles très brèves, conçues pour la presse...

  • De Gustave Marx nous ne connaissons que quelques autres oeuvres parues sous le nom de A. Vémar comme La Grammaire de l'amour, à l'usage des gens du monde et du demi-monde, (éditions Taride, vers 1859), Le Dictionnaire de l'amour à l'usage des gens du monde (éditions Taride, 1876) recueil de chroniques initialement parues dans Le Parisien, et donc Les Misérables pour rire. Nul autre texte que L'amour en mille ans d'ici ne semble être conjectural. Poursuivons un peu notre enquête bibliographique pour trouver une indication au bas du poème « Prussiens... vous n'aurez pas l'Alsace et la Lorraine!1 » donne Nancy pour lieu de résidence et L'Amour en mille ans d'ici met en scène le village alsacien fictif d'Iffendorf dont le nom ressemble fort à Offendorf, commune aujourd'hui située dans le département du Bas-Rhin : Gustave Marx semble donc être natif de l'est de la France.

    Depuis Sébastien Mercier et son anticipation utopique L'An 2440, rêve s'il en fut jamais, publiée en 1771, les utopies placées dans l'avenir et accessibles par le rêve ont été nombreuses. Dans L'Amour en mille ans d'ici, publié uniquement en période en 1889 selon l'état actuel de nos connaissances2, G. Marx, propose une de ces anticipations utopiques dont l'originalité est d'être basée sur la Cabale.

    L'auteur nous montre une société profondément transformée. L'origine de ce changement est scientifique: le Français Dumont Dartois met au point en 1954 des ailes individuelles abolissant les distances sur Terre puis bientôt à travers le système solaire. D'autres progrès apparaissent comme L'Eau pétrifiante permettant l'érection aisée de bâtiments et tout élément de pierre faisant de la Terre un monde de propriétaires duquel la jalousie et l'envie sont bannies. Peu à peu, tous les biens sont devenus gratuits dans une société où l'argent est inconnu comme dans l'Eldorado voltairien, l'instruction est universelle (et facilement acquise en quelques heures)...

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