Presses Universitaires de France

  • Depuis deux décennies, dans la majorité des pays développés, des réformes scolaires d'envergure se sont multipliées. Elles ébranlent les fondations historiques des États-enseignant, marquant peut-être, dans l'éducation, le « tournant néo-libéral » observé dans d'autres politiques publiques. La France, longtemps apparue en retrait, fustigée par les observateurs pour son immobilisme et son néo-corporatisme paralysant, constitue-t-elle encore une exception face à la montée de cette vague néo-libérale qui uniformiserait les systèmes scolaires des pays développés ? Pour répondre à ces questions, l'auteur évalue, à l'aune des expériences étrangères, les politiques éducatives françaises.

  • Le programme ERASMUS (EuRopean community Action Schema for the Mobility of University Students), mis en place en 1987 pour promouvoir à la fois la mobilité et la reconnaissance mutuelle des diplômes en Europe, ne concerne, aujourd'hui encore, qu'une minorité. Certes, le nombre total d'étudiants européens en mobilité s'est accru depuis son institutionnalisation, mais le programme ERASMUS permet-il une réelle démocratisation de l'accès à la mobilité et des « débouchés » qui lui sont associés ? L'augmentation de l'offre de séjour à l'étranger semble plutôt accélérer un mouvement de spécialisation sociale des filières d'études et des destinations. Loin des récits inspirés par le psychologisme ambiant et de la rhétorique ou des prophéties sur la mondialisation, il s'agit dans cet ouvrage de répondre empiriquement à ces questions et d'interroger les discours sur le programme ERASMUS, comme étant populaire et enrichissant.

  • Comment se construisent les inégalités de parcours chez les enseignants et les enseignantes du second degré ? C'est la question à laquelle cet ouvrage se propose de répondre, à partir d'une comparaison entre la France et l'Angleterre. La question de la différentiation sexuée des parcours des enseignant-e-s souffre d'une invisibilité tant sociologique que politique. En France comme en Angleterre domine l'idée d'un métier « mixte », voire « bien » pour une femme. Pourtant, à partir d'une approche qui combine la prise en compte du contexte sociétal, du groupe professionnel et des stratégies individuelles, ce livre met en lumière la construction des inégalités de genre dans les vies professionnelles et personnelles des enseignant-e-s. La comparaison internationale met aussi en lumière des différences significatives entre la France et l'Angleterre, suggérant par là même que, si inégalités il y a, celles-ci constituent des constructions sociales qui n'ont rien d'immuable. Mais cet ouvrage montre aussi que l'on ne saurait tirer des conclusions sur l'égalité entre les hommes et les femmes sans regarder du côté de ce qui est considéré comme du « non travail ». En effet, si les enseignantes françaises sont davantage susceptibles que leurs consoeurs anglaises d'adopter un modèle de carrière « masculin », cela se fait bien souvent au prix d'un jonglage spatio-temporel important et d'une division du travail domestique plutôt inégalitaire. À la croisée de la sociologie de l'éducation, du travail et des théories des rapports sociaux de sexe, cet ouvrage propose une lecture critique des préjugés qui entourent ce groupe professionnel. Il remet en cause l'idée que l'enseignement se caractérise par l'égalité hommes-femmes, tant dans la sphère professionnelle que personnelle. Mais il montre aussi, grâce au pouvoir heuristique de la comparaison internationale et à l'analyse détaillée des arrangements micro-sociaux, que ces inégalités n'ont rien d'une fatalité.

  • Les auteurs ont centré leur étude sur la difficulté ordinaire et quotidienne du travail, les manières de la gérer en relation avec les évolutions du métier. Une enquête de l'Éducation nationale indique un accroissement du nombre des enseignants "en difficulté" et une diversification des dispositifs de prévention et de traitement. Elle montre aussi les variantes qui vont d'une difficulté à enseigner à une situation dans laquelle l'enseignant est "en difficulté". Une deuxième enquête dans sept établissements du second degré révèle que la difficulté va de pair avec une impuissance à agir, source de souffrance. L'usure morale, le sentiment d'échec et d'inutilité sociale caractérisent l'expérience professionnelle des enseignants. Cette enquête montre également que la difficulté est constitutive de l'intérêt d'enseigner et indique comment l'institution peut donner davantage d'opportunités pour gérer les difficultés ordinaires du travail de l'enseignant.

  • L'école apparaît aujourd'hui comme l'un des symboles les plus puissants de la crise du modèle républicain et de la transformation en profondeur des services publics. Si certains appréhendent ces processus du point de vue des logiques supranationales, cet ouvrage procède à partir de l'échelle locale. L'accumulation de politiques menées depuis le début des années 1980 (zones d'éducation prioritaires, autonomie pédagogique, déconcentration, décentralisation, territorialisation) a en effet contribué en France à l'émergence d'un nouvel ordre éducatif local. Quelles sont les modalités et les significations de ce déplacement ? Quelles sont ses implications politiques et idéologiques ? Quelles en sont les conséquences sur l'expérience des acteurs éducatifs, des enseignants, des élus locaux, des personnels d'encadrement, des militants associatifs, des élèves et des familles ? Ces questions sont abordées ici à partir de plusieurs entrées : la mixité sociale à l'école, les disparités territoriales d'éducation, les mobilisations éducatives locales, la décentralisation éducative.

  • Depuis la Seconde Guerre mondiale, les politiques éducatives et la recherche en éducation ont reposé sur la croyance que le personnel enseignant formait la profession centrale du système scolaire. Fondé sur l'étude de tendances internationales lourdes en matière d'organisation et de division du travail éducatif, ce livre montre que cette croyance ne correspond plus à la réalité dans un grand nombre de systèmes éducatifs. Le travail enseignant traditionnel est désormais entré en phase de décomposition et de recomposition avec l'essor de nouveaux métiers et professions de l'éducation dont les agents s'accaparent de plus en plus des fonctions et tâches dévolues jadis aux enseignants réguliers : soutien affectif aux élèves, surveillance et contrôle, socialisation aux normes scolaires, intégration sociale, aide à l'apprentissage... Cette phase se caractérise par l'introduction dans l'école publique d'une nouvelle division du travail éducatif entre diverses catégories d'agents enseignants et non enseignants. Parmi ces derniers, ce livre met en évidence et analyse la croissance exponentielle depuis les années 1960 de nouveaux groupes de techniciens de la pédagogie qui s'approprient progressivement des territoires de travail habituellement réservés aux enseignants. Cette nouvelle division du travail éducatif, tout en remettant en cause la centralité de la profession enseignante, amène en dernier ressort à réfléchir à la manière différenciée dont l'école contemporaine traite les élèves à travers l'organisation du travail éducatif et la division des métiers et professions de l'éducation qu'elle met en place pour les instruire et les socialiser.

  • Au cours du XXe siècle, la massification de l'enseignement s'est accompagnée d'un processus de bureaucratisation qui a donné aux organisations scolaires la structure cellulaire qu'on leur connaît. Des transformations des modes de régulation amorcées dans les années 1980 ont pourtant modifié la place de l'établissement comme lieu d'orientation des politiques et des pratiques d'enseignement. C'est dans ce contexte institutionnel en mutation que nous nous interrogeons sur les établissements scolaires en tant qu'organisations. L'objectif de cet ouvrage est de mieux comprendre comment les nouvelles politiques scolaires, qui s'incarnent en particulier dans les figures de l'État évaluateur et du marché scolaire, transforment les établissements d'enseignement. La notion d'identité organisationnelle y est mobilisée comme référent conceptuel facilitant la lecture et l'interprétation de ces transformations.

  • En France et dans d'autres pays, les politiques d'éducation prioritaire s'affirment comme des politiques éducatives volontaristes de correction des inégalités sociales. Au nom d'un objectif d'égalité de résultats, ces politiques ont introduit dans l'action publique éducative le principe d'un traitement différencié, qualifié parfois de discrimination positive. Cet ouvrage étudie ces politiques comme des politiques publiques. Les concepts de territorialisation, d'incitation, de projet et de contrat constituent une entrée analytique pour comprendre la façon dont la politique est gouvernée, dont elle est officiellement « relancée » plutôt que « réformée ». Une telle approche permet d'analyser le paradoxe d'une politique de redistribution dont le budget n'est pas connu. En étudiant les processus d'institutionnalisation de ces politiques conçues comme temporaires, l'auteur pose aussi la question de leur évaluation : que sait-on de l'efficacité de ces politiques à atteindre leurs objectifs et comment ces résultats sont-ils pris en compte dans la décision ? Au-delà de cette étude de cas de la politique d'éducation prioritaire, l'ouvrage étudie les modalités du changement dans les systèmes éducatifs. À partir notamment d'une comparaison avec la politique d'éducation prioritaire américaine, on peut dégager un style français de politique d'éducation. Celui-ci se caractérise par la réaction (à une situation d'alternance ou de crise sociale par exemple) plutôt que par l'anticipation ainsi que par le fait que les relations entre le gouvernement et les autres acteurs impliqués dans le processus politique relèvent moins de la recherche du consensus que de l'imposition.

  • L'école est "sommée" de former des citoyens, mais que sait-on de sa contribution réelle ? Ce livre est une enquête sur ce sujet portant sur les années de la scolarité primaire, il témoigne de la transmission des valeurs, de la représentation des rôles sociaux à travers les rites et routines du parcours scolaire. La citoyenneté s'avère être une construction sociale spécifique à une culture donnée : la démarche comparative adoptée permet de mettre en lumière les particularités françaises et anglaises. L'ouvrage apporte un éclairage nouveau à ce débat trop souvent théorique, ouvre quelques pistes pour la formation et même la réflexion politique.

  • Le but de l'ouvrage est de reprendre la question de l'échec scolaire à la lumière des évolutions récentes de la scolarisation et du rôle de l'école dans la société française, ainsi que des modèles d'analyse en sciences de l'éducation. Il s'agit de mettre en évidence la nécessité de faire évoluer le cadre explicatif ou au moins interprétatif des difficultés scolaires de certains élèves, et des inégalités scolaires qui en découlent, du fait des nouvelles logiques qui rendent la seule sociologie des écarts culturels ou la psychologie des difficultés d'apprentissage inopérantes pour rendre compte de phénomènes et processus relativement récents. La notion de « malentendu » est ici largement mobilisée pour rendre compte de ces glissements de perspectives. Sans mettre de côté les puissants mécanismes sociaux qui contrarient les aspirations démocratisantes de l'école, elle interroge les analyses et pratiques des apprenants comme celles des enseignants qui, pris dans les multiples logiques qui traversent aujourd'hui le système éducatif, ne sont pas toujours capables d'identifier les processus sous-tendant l'activité de l'autre. Sans édulcorer la difficulté de la tâche à accomplir pour surmonter ces malentendus, sans vouloir culpabiliser ceux qui participent à leur existence, les auteurs proposent des pistes pour repenser individuellement et collectivement les situations d'apprentissage.

  • Les questions liées à l'éducation font l'objet de débats quasi permanents parmi les professionnels et plus largement dans le grand public. Les problèmes d'ordre pédagogique et curriculaire sont les plus fréquents et se nourrissent de nombreuses incertitudes sur de nombreuses interrogations. Cet ouvrage examine ces questions au travers de l'analyse d'une réforme dans le contexte de la Belgique francophone. On y montre combien le sens même de la réforme évolue et se transforme selon les acteurs qui s'en saisissent. Se développe ainsi un important décalage entre une logique d'élaboration et d'impulsion des réformes sur lesquelles pèsent et même dominent les enjeux économiques et une logique de médiation et de mise en oeuvre. L'analyse conduit à mettre en cause la notion même de réforme ainsi que l'idée de linéarité et de cohérence entre les phases de production, de médiation et de réception qu'elle induit.

  • Que font les inspecteurs généraux de l'Éducation nationale, les statisticiens du ministère ou les experts de l'OCDE quand ils disent évaluer l'école française ? Assistons-nous à la mise en oeuvre d'une véritable politique d'évaluation en la matière et quelle en serait la logique ? En éducation, l'évaluation suscite périodiquement des débats depuis plus de quarante ans. Mais au-delà de ces discours, nombreux, les pratiques effectives des évaluateurs, et leur signification politique, sont peu connues. Sur la base d'une enquête de terrain de quatre ans auprès des acteurs nationaux de l'évaluation, l'ouvrage retrace l'évolution de cette politique éducative depuis 1958. Il montre qu'en raison des incertitudes caractérisant les attentes des décideurs et des acteurs du système éducatif, et du flou officiel qui entoure la notion d'évaluation, cette politique s'explique principalement par la concurrence que se livrent les évaluateurs entre eux, concurrence qui porte sur le type de connaissance qu'ils peuvent proposer aux décideurs. À la croisée de la sociologie, de la science politique et des sciences de l'éducation, l'ouvrage interroge ainsi un aspect peu étudié du système éducatif français et propose un nouveau regard sur les enjeux contemporains liés à sa régulation et au poids des groupes professionnels dans l'action publique.

  • Contrairement à ce qui est souvent annoncé par l'institution scolaire, les notes constituent une mesure imparfaite du niveau scolaire des élèves. La notation d'une copie varie d'une académie à l'autre, d'un établissement à l'autre, d'un professeur à l'autre. Pourquoi ces différences existent-elles ? A partir d'une enquête menée auprès des professeurs, cet ouvrage montre comment la notation d'une copie résulte d'un véritable processus de "fabrication", sorte de bricolage par lequel les professeurs cherchent à atteindre des objectifs multiples et parfois contradictoires. Malgré un réel souci d'équité, l'institution scolaire peine à assurer une égalité de traitement. Cet ouvrage propose quelques pistes à tester pour contribuer à une meilleure justice scolaire.

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