Littérature argumentative

  • Entre 1980 et 1995, l'explosion de la production littéraire québécoise traduit la fécondité du genre bref : création de revues, de prix, de maisons d'édition et de collections réservées à la nouvelle, foisonnement critique en réaction à cette ampleur. Étonnamment, cet essor survient dans un contexte de crise politique et économique. Selon Cristina Minelle, les nouvellistes québécois ne peuvent manquer d'exprimer l'incertitude qui règne dans la société et choisissent la nouvelle, qu'ils « fragmentent pour qu'elle devienne le genre de la crise et de la déstabilisation ». Personnages tiraillés, mémoire morcelée, parcours erratiques, syntaxe elliptique, typographie aléatoire, tout se soumet au flash et à l'instantané qui accélèrent et concentrent, zooment et atomisent. En réponse à cette apparente désorganisation, l'écrivain devient le maître d'oeuvre du recueil de nouvelles, la « forme dynamique plurielle et pluridirectionnelle » d'une « cohérence » retrouvée.

  • Robert Harvey propose ici la toute première étude portant sur les fondements imaginatifs de l'oeuvre d'Anne Hébert et les principes unificateurs de son langage. Il montre d'abord que la poétique hébertienne s'inscrit en filigrane dans les premiers écrits de l'auteure. Puis il entreprend une lecture approfondie du « tombeau des rois, l'oeuvre maîtresse dont les ramifications s'étendent à l'ensemble de la production d'Anne Hébert. Robert Harvey livre une interprétation éclairante de ce recueil qui se classe parmi les grandes oeuvres de la littérature universelle.

  • Des origines à 2000, le roman québécois a enfanté des centaines de personnages parmi lesquels il s'en trouve qui auront marqué l'imaginaire. Les auteurs ont puisé dans un répertoire romanesque riche de plus d'un siècle et demi, cherchant à rendre compte de sa multiplicité et de son aptitude à raconter ce que nous sommes et ce que nous aimerions être.

  • Luvre dAnne Hébert et son influence sur le monde littéraire francophone justifient largement la vaste quantité détudes qui lui sont consacrées. Parmi celles-ci, le travail colossal de Daniel Marcheix se démarque à plusieurs égards. Semployant dabord à étudier les divers effets de temporalité mis en jeu au sein de luvre hébertienne, il explore les différentes relations temporelles ainsi que leurs constituantes en illustrant son propos dexemples riches et éloquents, guidant le lecteur dans un parcours éblouissant.
    Motivé par lintuition dune « temporalité poreuse, profonde et dense », qui met en scène des personnages « aux prises avec le rappel incessant dune meurtrissure première, originelle, source daliénation et de déréliction », Daniel Marcheix entre dans cet univers avec un respect et une admiration qui se manifestent de plusieurs façons, sa connaissance intime des textes nétant pas la moindre. Un parcours solide, encadré par des références théoriques pertinentes, lui permet de remonter le fil de la narrativité pour faire la démonstration de ce mal dorigine, de ce passé qui hante les personnages dAnne Hébert, les empêchant dadvenir réellement au présent du récit.

  • Prix Victor-Barbeau de l'Académie des lettres du Québec.
    « Substituer limaginaire exaltant au réel morne ou intolérable », lexpérience est connue des lecteurs quand ils cèdent à leur plaisir familier. Or la lecture, avance Roland Bourneuf, nous réconcilie tout autant avec la « vie palpable », accomplissant ce prodige, par laventure dun autre, de rapprocher lêtre de lui-même ou, plus précisément, de ce qui lattend en lui-même.
    À la succession de commentaires sur les auteurs et les livres quil a aimés, de son enfance à aujourdhui, lauteur a préféré un parcours en chassé-croisé, tel livre appelant tel épisode de sa vie, la lecture se présentant comme exercice dintimité : de même quon apprend à lire, avec ou sans théories, on doit apprendre à être soi, on le devient. Ainsi referme-t-on Pierres de touche avec le sentiment davoir eu une bibliothèque comme demeure. Une immense bibliothèque.

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