FeniXX réédition numérique (Imago)

  • N'est-il pas possible - nous dégageant de ce fameux OEdipe dont Freud fait le noyau des névroses et des formations culturelles - d'aller au-delà des fixations oedipiennes de la psychanalyse, et de renouer avec la puissance d'arrachement et de libération de la pensée freudienne ? De retrouver son ample pulsation et son intrépide envol ? De l'aura « égyptienne » qui cerne d'une sombre lumière l'oeuvre freudienne, surgit, derrière le petit roitelet grec, la splendide figure d'une déesse mère primordiale, Isis aux multiples seins, nomadisant inlassablement en quête des membres épars de son amant, fils et frère mutilé, Osiris. Les divers fragments de cette enquête sur la pensée freudienne dans son rapport à la mystique, à l'art, à la violence politique gravitent autour de la figure d'Isis. C'est pourquoi Roger Dadoun se prononce « à côté de la psychanalyse même, la supportant, la débordant certes, et la faisant dériver peut-être, pour une Psychanalysis » - pour tenter d'atteindre, dans un bond libertaire, au coeur foudroyé fou du monde contemporain...

  • De Gaulle... On a tout dit à son propos, mais nul n'a cherché jusqu'alors derrière son histoire et son action les ressorts de l'imaginaire collectif qui ont fait que, par deux fois, et au-delà de tout motif rationnel, le peuple français a accepté l'idée qu'il incarnait la France. À partir d'une réflexion approfondie sur les oeuvres d'imagination de de Gaulle adolescent, les auteurs font apparaître l'élaboration d'un mythe intérieur, de cette Idée de la France - et de l'Allemagne - qui amena « naturellement » le Général à lancer l'Appel du 18 juin 1940. Puis scrutant, de 1940 à 1970, ses actes publics, ils dévoilent comment - dans un trajet exemplaire de la figure du héros à celle du vieux roi sage de nos plus anciennes légendes - un dialogue a pu naître au plus profond entre cet homme exceptionnel et l'inconscient de la nation. Nombre de traits énigmatiques du personnage trouvent ici cohérence et sens, et la mort de de Gaulle devient elle-même, sous cet éclairage nouveau, une mise en scène mythologique qui le fait définitivement entrer dans le légendaire de la France.

  • L'intelligence - plus que jamais prétendue nécessaire au succès scolaire, à la réussite sociale, au progrès - exerce sur l'homme de notre temps une incontestable fascination. Cependant, que dit vraiment la science de cette prestigieuse faculté ? Qu'en est-il des rapports de l'intelligence et du cerveau ? Peut-on réellement mesurer l'intelligence par les tests ? L'intelligence est-elle héréditaire ou façonnée par l'influence sociale et culturelle de la famille ? Existe-t-il une ou des formes d'intelligence ? Que trouvons-nous de commun entre l'intelligence artificielle et les capacités spéculatives d'un Einstein ? Et pourra-t-on un jour, comme le prétendent certains aujourd'hui, confier la responsabilité de notre intelligence à l'ordinateur, lui laissant ainsi résoudre jusqu'à nos problèmes les plus intimes ? Michel Claessens fait ici le point sur notre connaissance - et notre méconnaissance - de l'intelligence. Débusquant enjeux et partis pris idéologiques derrière les conceptions les plus « objectives », il explore ainsi, dans cet ouvrage clair et accessible à tous, un des sujets les plus sensibles de notre fin du XXe siècle.

  • Saint John Perse, musicien, naturaliste, diplomate, voyageur de la terre et du songe, enchanteur et vieux sage... Depuis l'enfance du poète à la Guadeloupe jusqu'au dernier refuge des Vigneaux, sa maison de Provence, Gilberte Aigrisse s'attache à suivre les événements d'une vie longue et riche, et montre le lien unissant les forces affectives les plus profondes - les désirs, les frustrations - aux grandes images poétiques. D'oeuvre en oeuvre, Gilberte Aigrisse décrit l'itinéraire symbolique d'une âme et retrouve les figures mythiques, les mythologies animant l'homme et son inséparable verbe. Fruit de trente années de lecture complice, ce livre sensible est le témoignage d'un long cheminement avec Saint John Perse, écrivain fascinant et complexe, « contemporain intemporel ».

  • Le 29 octobre 1728, alors qu'il rentrait chez lui, Jean Boiveau, « Sieur de Volesvres », est assassiné sur la route. Son épouse, Magdelaine, est accusée du crime - perpétré par tueur à gages - et condamnée, un an plus tard, à la question puis à la décapitation. L'affaire Boiveau, qui défraya alors la chronique, amènera la déposition de cent cinquante témoins. Relatant les faits avec talent, Benoît Garnot s'attache surtout à reconstituer le cadre social et les modes de pensée en oeuvre dans ce fait divers, ceux de la victime et de son entourage, ceux des juges, et enfin ceux du clergé, qui tentera de réhabiliter la « dame de Volesvres » après sa mort. Par les passions qu'elle implique, par la richesse exceptionnelle du dossier judiciaire dont nous disposons, cette affaire criminelle forme un témoignage précieux pour mieux connaître les mentalités au XVIIIe siècle.

  • Les philosophies de l'Un - Dieu, esprit, matière, phallus, grand autre - ont fondé notre culture occidentale, mais ont aussi engendré de nombreux désastres. Plutôt que de tout focaliser sur un seul pôle, ne vaudrait-il pas mieux promouvoir une morale qui, jouant sur l'entre-deux de pôles opposés, favoriserait compromis, affrontements et harmonisations passagères ? Prôner une valeur en la corrélant de son antithèse - raison/intuition, sagesse/fantaisie, créativité/tradition, vie/mort - ne témoigne ni cynisme, ni volonté de neutralisation. Au contraire, seules ces rencontres paradoxales provoquent l'inattendu, voire l'inouï. Dans tous les domaines, cette contestation jubilatoire devrait suggérer de nouveaux modèles de vie, plus proches de la réalité ambivalente et imprévisible : un enseignement alliant connaissances et initiatives, des couples favorisant la complicité entre égaux, une politique en quête de médiations entre libéralisme et révolution, une spiritualité sans dogme, ouverte à de multiples recherches. Ces réformes ponctuelles, conciliant expériences vécues, libération de l'imaginaire et contrôle de la raison, pourraient ainsi, par contamination progressive, endiguer les rigidités, les absurdités et les injustices suscitées par la crise actuelle.

  • Intervenant en milieu carcéral auprès d'étrangers pour tout ce qui concerne leur situation de séjour en France, Gilbert Gailliègue a rencontré, afin de leur apporter aide humaine et juridique, plus de mille personnes, prévenus et condamnés de toutes nationalités. Depuis de nombreuses années, il se trouve ainsi confronté au désarroi d'une population dont la présence illégale sur notre territoire reste, le plus souvent, la seule faute. Examinant de multiples cas de détenus - clandestins, délinquants, clandestins délinquants... -, cet ouvrage présente la réalité quotidienne de ces hommes et de ces femmes affrontant les exigences et, parfois, les cruelles incohérences de la justice et de l'administration françaises. L'analyse objective entreprise par l'auteur nous permet de dépasser les fantasmes xénophobes trop largement répandus et de briser, en connaissance de cause, la perverse répétition des lieux communs sur les étrangers aujourd'hui.

  • Imprévisibles dans leurs trajectoires, leurs couleurs, leurs formes, les comètes furent longtemps - et sont encore par certains - considérées comme des signes célestes annonçant de grands cataclysmes, parfois même la fin du monde, plus rarement d'heureux événements. Reprenant les annales anciennes, s'attachant aux traditions populaires, à la cométomancie, aux oeuvres d'art, Jean-Marie Homet retrace l'histoire de la plus célèbre des comètes, celle de Halley, et décrit les grandes images engendrées par chacun de ses passages dans la vie des hommes. II suit la conquête de la raison qui, cheminant à travers les théories d'Aristote, de Descartes, de Kepler et de bien d'autres, parvient enfin au XVIIIe siècle - avec l'astronome anglais Edmund Halley - à prévoir le retour de la vagabonde de l'espace et a l'intégrer dans les lois de l'univers. Mais les passages ultérieurs de « Halley » le montrent : les vieilles terreurs cométaires n'en étaient pas pour autant vaincues. Qu'en reste-t-il a l'ère de l'exploration spatiale ? Dans ce livre original analysant les multiples visions humaines d'un phénomène naturel, Jean-Marie Homet ne cesse de faire converger culture populaire et culture savante, histoire des sciences et histoire des mentalités.

  • Avant de quitter Rome pour Carthage, Augustin se remémore les cinq années de sa vie passées en Italie. Il évoque ses ambitions, ses amis, ses amours, sa concubine Zora, son fils Adéodat, sa mère Monique et, durant quatre semaines, consigne dans son Journal la surprenante évolution et les ruptures douloureuses qui l'entraîneront à se convertir à la vie chrétienne. Philippe Kaeppelin, tout en respectant le cadre biographique et historique, a imaginé cet écrit intime annonçant et éclairant les célèbres Confessions. Augustin, africain, né de père païen et de mère chrétienne, citoyen romain du IVe siècle, futur évêque et Père de l'Église, apparaît animé par sa jeune foi, mais aussi tourmenté par ses doutes, ses contradictions et ses faiblesses. Et la parole ainsi restituée de cet homme de l'Antiquité tardive tour à tour enthousiaste et sceptique, convivial et solitaire, érotique et mystique atteint le lecteur du XXe siècle comme une fraternelle confidence.

  • Après quarante ans d'expérience clinique, une psychanalyste ouvre la porte de son cabinet et, avec des mots simples, se souvient de sa pratique et de ses patients... Quels furent, au cours de tant d'années d'activités, les principaux problèmes rencontrés ? Quelle vision de l'homme et de l'existence se dégage d'une si longue écoute de la souffrance et de la difficulté à vivre ? Le couple, l'enfant, la vieillesse, la mort, le pouvoir, la somatisation se trouvent ainsi, parmi d'autres thèmes, illustrés par la présentation de cas particulièrement frappants. Cet ouvrage original, riche d'une connaissance de la discipline que seul le temps donne au praticien, reste délibérément placé sous le signe de la mémoire. Il offre, sur une profession trop souvent mal perçue, la qualité et la valeur d'un témoignage sincère.

  • La fonction de maire connaît aujourd'hui une grave désaffection : selon un très récent sondage, près d'un maire sur deux ne souhaite pas postuler pour un nouveau mandat. Cette crise d'une fonction, jusque-là très populaire, a des causes repérables, telles la responsabilité pénale accrue des élus ou la perte du pouvoir des communes au profit d'autres structures. En effet, l'autonomie des villages, la France des petites communes, cèdent peu à peu la place à des regroupements où le maire n'a plus son statut d'antan. Le citoyen perd confiance en son élu souvent impuissant à répondre à ses demandes et ce dernier, peu à peu dépossédé de ses prérogatives, ne croit plus en sa mission. À partir de nombreux entretiens avec des élus, Christophe Colinet montre, dans cet ouvrage parfaitement informé, que le mal des maires est non seulement la conséquence d'une modification de notre paysage politique, mais aussi le signe d'une crise profonde de la démocratie.

  • À certains moments, Mathilde s'arrêtait de parler. Je la sentais surprise, gênée, émue peut-être. Elle me repoussait mais sans faire beaucoup d'effort. De mon côté, je le réalise mieux aujourd'hui, je n'insistais pas... elle était tout de même très jeune et je n'étais pas assez sûr qu'elle partage mon élan. Mais j'avais l'impression de vivre un rêve, jamais je n'avais été aussi heureux. C'est au retour d'une de ces longues promenades que Jean-Jacques vint à notre rencontre en courant. Il attendit d'être tout près de nous pour nous dire dans un souffle, très bas et très vite : - Il faut partir tout de suite, j'ai tué Franz.

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