Sciences humaines & sociales

  • Royaux ou princiers, les jardins de Paris au XVIIIe siècle devaient offrir à la population urbaine des îlots salvateurs face aux exhalaisons et aux miasmes de la ville. Loin d'être figés dans un écrin de verdure et de représenter des enclaves champêtres au coeur de la ville, ces espaces étaient fermement insérés dans le tissu urbain. Ce livre propose ainsi une véritable microphysique de la nature parisienne, des dégâts causés par les taupes à l'élagage des arbres. L'histoire matérielle et vivante des jardins parisiens du XVIIIe siècle permet ainsi de restituer avec le plus de fidélité possible un monde composé de micropartages faisant la part belle aux conflits entre juridictions, aux régulations policières ainsi qu'aux tensions entre les différents usages sociaux de l'espace du jardin.

    Ancien étudiant-normalien de l'ENS Ulm, agrégé et docteur en histoire de l'EHESS, Jan Synowiecki est Attaché temporaire d'enseignement et de recherche (ATER) à l'Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis. Sa thèse de doctorat soutenue a obtenu la mention spéciale du jury au prix de thèse PSL 2020 dans la catégorie « Humanités ».

  • Comment les huguenots ont-ils survécu et même prospéré dans le Paris du XVIIIe siècle, alors que la majorité de la population catholique était hostile au protestantisme? Pourquoi, à la fin de l'Ancien Régime, l'opinion publique était-elle majoritairement favorable à l'octroi de droits plus grands aux protestants? David Garrioch explique cette transformation des attitudes à l'endroit de la minorité huguenote à la fois par la manière dont elle sut résister à la persécution et le pragmatisme avec lequel le gouvernement décida d'y réagir, mais aussi par l'environnement particulier qu'était alors la capitale par rapport au reste du royaume. Ce livre permet surtout de comprendre l'évolution de la culture catholique dans le cadre de la transformation culturelle et intellectuelle des Lumières.

    /> David Garrioch, historien, est professeur à Monash University (Melbourne, Australie). Les Editions La Découverte ont publié son premier livre traduit en français: La Fabrique du Paris révolutionnaire. Il est également l'auteur de The Formation of the Parisian Bourgeoisie, 1680-1830 et de Neighbourhood and Community in Paris, 1740-1790.

  • Cet ouvrage met en pleine lumière un moment décisif mais relativement méconnu de la naissance du mouvement humaniste dans l'Italie du début du Quattrocento : ce n'est pas à Florence, mais à la cour des papes revenue à Rome que s'épanouit et s'affirme une nouvelle génération d'intellectuels, au sein d'un milieu cosmopolite, travaillant dans l'administration pontificale et au service des élites ecclésiastiques. Et c'est dans un contexte de crise profonde, le Grand Schisme d'Occident, que la papauté s'ouvre à l'idéal d'une Renaissance. Au fil d'une enquête croisant sources d'archives et oeuvres littéraires, l'histoire de ce tournant est retracée, de l'afflux de jeunes lettrés en quête de fortune dans une institution divisée, aux débuts d'une révolution rhétorique et idéologique.

    Agrégée, docteure en histoire médiévale et ancienne membre de l'École française de Rome, Clémence Revest est aujourd'hui chargée de recherche au CNRS (Centre Roland Mousnier, Sorbonne Université).

  • Engagé dans la Résistance, aux côtés du général de Gaulle, dès l'été 1940, Gilbert Renault, dit "Rémy", demeurera dans l'Histoire comme l'un des plus célèbres agents secrets de la Seconde Guerre mondiale. Le conflit terminé, durant quarante ans, il édifiera sa propre légende, revivant inlassablement chacune des pages de cette grande épopée.
    Depuis, les acteurs et témoins de l'époque ont eux-mêmes livré leurs souvenirs. De nombreuses archives privées et publiques sont devenues accessibles. Ces sources diverses (dont la plupart sont inédites) ont contribué à éclairer d'un jour nouveau l'image du grand résistant.
    Sa biographie révèle des pans entiers d'une existence dont lui-même n'a jamais souhaité faire étalage (le différend qui l'opposa à Pierre Brossolette) ou qu'il aurait voulu faire oublier (sa haine de Pétain durant la guerre transformée après celle-ci en une dévotion quasi mystique, sa défense du milicien Touvier voire son admiration pour les Français de la Waffen SS). Il fut également un militant très actif du gaullisme politique au sein du Rassemblement du peuple français. (RPF).
    Portrait sans concession et sans parti pris d'un homme de son temps, tiraillé par d'imprévisibles contradictions.

    "Oui, consent-il... Rémy est un homme étrange, c'est un caractère étrange." Claude Guy, En écoutant de Gaulle, Bernard Grasset, 1996.

    Philippe Kerrand a publié une histoire du domaine Pontcallec et un ouvrage de référence sur les Bretons dans la guerre de 1870, Le camp de Conlie (Prix de l'Académie du Maine). Il vit en Bretagne.

  • Dans la seconde moitié du XXe siècle, les sociétés humaines ont vécu une double transition : vers un mode de vie et un environnement sans cesse plus urbanisés, et vers une prise en compte accrue de l'impact environnemental de leurs activités.

    A partir des années 1970, les deux phénomènes se sont nourris mutuellement, suscitant une multitude d'initiatives pour défendre des espaces « naturels », ou lutter contre la pollution industrielle ou automobile. Une enquête collective menée dans les agglomérations de Lyon et de Grenoble, mais aussi au niveau des politiques nationales, restitue la richesse d'innovation sociale de cette époque, les bouleversements subis par les territoires urbanisés, et apporte une profondeur historique indispensable à la réflexion sur la situation contemporaine.

    Stéphane Frioux est maître de conférences en histoire contemporaine à l'université Lyon 2 et membre du Laboratoire de recherche historique Rhône-Alpes (UMR CNRS 5190 LARHRA). Il a coordonné le projet de recherche TRANSENVIR.

  • Les sociétés contemporaines produisent une quantité extraordinaire de déchets, nécessitant une organisation spécifique pour les évacuer et les recycler. Comment procédait-on avant le triomphe de l'industrie, avec des volumes bien moindres mais des moyens techniques plus limités? Ce livre s'intéresse à la manière dont le Paris d'Ancien Régime, monstre démographique, les a relevés. L'investissement direct des Parisiens et de leurs édiles est fondamental : les citadins ont longtemps pris eux-mêmes en charge l'organisation et le paiement du nettoiement des rues réalisé par des paysans de banlieue et de multiples travailleurs. Confrontant ses rêves de grandeur à la matérialité des défis logistiques et financiers, la monarchie a cependant peu à peu accru son emprise sur cette activité.

    Nicolas Lyon-Caen est chercheur au CNRS. Il a notamment publié La Boîte à Perrette. Le jansénisme parisien au XVIIIe siècle aux éditions Albin Michel en 2010.

    Raphaël Morera est chercheur au CNRS. Spécialisé en histoire environnementale, il travaille sur la gestion de l'eau à l'époque moderne. Aux Presses universitaires de Rennes, il a notamment publié L'assèchement des marais en France au XVIIe siècle en 2011.

  • Ce livre traite de l'histoire des « communs » en France et dans l'Empire colonial français du XVIIe au XXIe siècle. Les « communs » sont la forme que prend, historiquement, la gestion collective des ressources et des environnements par les communautés locales : pâturages et forêts, zones humides, cours d'eau, zones de pêche... Ils ont représenté, sur le long terme, un pan essentiel de la vie des sociétés et des écosystèmes, ne relevant ni de la propriété privée, ni d'une gestion par l'État. Ce modèle des « communs » est aujourd'hui promu partout pour faire face aux défis de la crise environnementale. Ce livre en propose la première analyse historique d'ampleur pour la France et ses colonies, afin éclairer d'un nouveau regard, et l'histoire de nos sociétés et leurs futurs possibles.

    Fabien Locher est historien au CNRS. Il travaille sur l'histoire environnementale des mondes contemporains, et notamment sur l'histoire longue du changement climatique, sur les liens entre écologie et propriété et sur l'exploitation des océans. Il a récemment publié Posséder la nature. Environnement et propriété dans l'histoire (2018) (avec F. Graber) et il prépare un livre à paraître au Seuil sous le titre Les révoltes du ciel. Une autre histoire du changement climatique (avec J.B. Fressoz).

  • La Révolution française a refondé le système de propriété existant jusqu'en 1789, avec deux grands objectifs : chasser la puissance publique de la sphère de la propriété et sortir la propriété de celle de la souveraineté. En abolissant les formes privatives de pouvoir, comme la juridiction seigneuriale et l'office public vénal et en démantelant le domaine de la Couronne, les révolutionnaires ont fait de l'Etat une pure souveraineté. Cette grande démarcation opéra une distinction radicale entre la propriété et le pouvoir, d'où découla la distinction fondamentale entre le politique et le social, l'Etat et la société, la souveraineté et la propriété, le public et le privé. Cette transformation révolutionnaire de la propriété d'Ancien Régime contribua à inaugurer la modernité politique.
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    Rafe Blaufarb, né en 1967, est professeur d'histoire de la France à la Florida State UNivesity, où il dirige l'Institut sur Napoléon et la Révolution française. Il est l'auteur d'ouvrages dont les thèmes vont de l'idée méritocratique dans l'armée de la Révolution française à l'histoire de l'exemption nobiliaire de l'impôt dans la France d'Ancien Régime.

  • En se plaçant au-dessus des partis, le président Macron abuse d'une recette éprouvée depuis 1793. Le pouvoir exécutif, en la personne d'un sauveur, supplante le pouvoir législatif au risque de fragiliser la démocratie représentative. La modération du centre est censée constituer une réponse aux postures de droite et de gauche, repoussées aux extrêmes. La saison des tourne-veste prétendant inventer une nouvelle morale politique pour légitimer leur renoncement répète les crises françaises de la politique depuis 200 ans. La vie politique n'est pas bloquée par une lutte handicapante entre droite et gauche mais par un poison sournois ; celui d'un extrême centre qui vide de sa substance démocratique la République en la faisant irrémédiablement basculer dans l'autoritarisme.

    Pierre Serna est professeur d'histoire de la Révolution française à l'Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

  • Les débats autour de la désinformation, des fake news et de la post-vérité risquent d'occulter une crise peut-être plus radicale que la crise de la vérité : la destitution de la réalité elle-même. Cette destitution commence avec la volonté prométhéenne de transformer la nature en environnement, et donc de détruire celle-ci.

    Elle prend bien d'autres formes, hétérogènes et indépendantes les unes des autres en apparence, mais qui en fait conjoignent leurs effets. L'artificialisme, le simulationnisme, le présentisme, le prédictionnisme, le fictionnisme, le négationnisme, le complotisme et le nihilisme sont les huit formes de destitution de la réalité analysées dans cet essai.

    Comme l'avait vu le psychanalyste Jacques Lacan, c'est la psychose qui guette l'humanité.

    Christian Godin a publié une cinquantaine d'ouvrages, parmi lesquels on compte des travaux académiques (La Totalité, en sept volumes), des ouvrages scolaires et universitaires (Dictionnaire de philosophie), des ouvrages destinés au grand public (La Philosophie pour les Nuls) et des essais portant sur le monde et la société d'aujourd'hui (La Haine de la nature, La Démoralisation, Ce que sont devenus les péchés capitaux, Les lieux communs d'aujourd'hui, Qu'est-il arrivé à la beauté ?).

  • Ce livre porte sur les nombreux rassemblements organisés de 1944 à 1967 par des groupements juifs parisiens pour commémorer la Shoah et la Seconde Guerre mondiale. Dans un monde juif pluriel, très politisé et fortement clivé, ces cérémonies constituaient un rituel sociopolitique, un vecteur de mémoire et une ressource identitaire. Au vu de cette dense activité commémorative et des fonctions qui lui étaient assignées, il apparaît que la Shoah ne fut en aucun cas passée sous le boisseau au sein de la vie publique juive dont il convient aussi de réévaluer la vitalité dans la France de l'après-guerre, car ces commémorations participèrent pleinement à la reconstruction de la collectivité juive. C'est autour de ses morts que celle-ci revint à la vie au lendemain de la guerre et du génocide.

    Simon Perego est agrégé et docteur en histoire. Sa thèse de doctorat, soutenue en 2016 à Sciences Po Paris sous la direction de Claire Andrieu et dont est issu cet ouvrage, a été distinguée par le prix de thèse francophone en études juives 2017 et le Prix Henri Hertz 2018 de la Chancellerie des Universités de Paris. Ses travaux actuels portent sur les populations juives de langue yiddish après la Seconde Guerre mondiale et leurs pratiques testimoniales.

  • Les années de la fin du règne de Henri II jusqu'à la fin de la première guerre de religion en mars 1563 voient s'accélérer la rupture religieuse entre catholiques et protestants. En témoignent les arrêts criminels rendus par le parlement de Paris, cour souveraine qui rend la justice au nom du roi. Ils sont un observatoire privilégié, sorte de caisse de résonance de leur époque. L'activité criminelle d'une haute cour de justice montre qu'en matière de religion, la politique royale est souvent hésitante, parfois volontariste, et qu'elle finit par se heurter à l'opposition des sujets, laquelle entraîne l'inapplication des lois et le développement de la violence. Cette étude révèle à quel point la Réforme protestante a ébranlé le royaume de France ainsi que la monarchie.

    Archiviste paléographe, Sylvie Daubresse est ingénieur de recherche CNRS au Centre Roland Mousnier, Sorbonne Université. Ses travaux portent sur l'histoire politique et judiciaire du XVIe siècle. Elle a publié Le parlement de Paris ou la voix de la Raison (Droz, 2005), collaboré à un ouvrage collectif sur Le Parlement en exil (H. Champion, 2007). Le présent ouvrage est le mémoire inédit de son habilitation à diriger les recherches.

  • Diagnostiquer, décrypter et domestiquer les passions de l'âme, telle fut l'obsession des médecins, des lettrés, des théologiens, des hommes d'Eglise et d'Etat en ce premier XVIIe siècle. La hantise d'une reprise des guerres civiles, après un demi-siècle de déchirements, explique la naissance d'une science et d'une anthropologie nouvelles des passions. La haine est identifiée comme l'origine de la violence fratricide dans la cité. Capables de générer une émotion voire une haine publique, telle la xénophobie, les médias constituent un nouvel outil politique redoutable et redouté. Les raisons de la haine examinent à la fois les sciences mécaniques et politiques des passions, leur usage, leur instrumentalisation et leur domestication. Une invitation à comprendre les rouages de cette fabrique publique de la haine, d'une étonnante modernité !

    Agrégé et docteur en histoire, Yann Rodier est Assistant Professor et directeur du département d'histoire à l'Université Sorbonne Abu Dhabi. Ses recherches portent sur l'histoire des sciences des passions, l'histoire des émotions et l'histoire des stéréotypes et des préjugés contre les étrangers. Ses recherches postdoctorales se sont intéressées à l'étude des minorités tsiganes en Europe. Une autre recherche en cours aux Émirats est orientée sur la diplomatie française dans le Golfe, le sultanat d'Oman et le Yémen aux xvii et xviii siècles.

  • Après la publication de son premier imprimé en 1469, Venise devient en quelques années la première productrice de livres en Europe. Il s'agit d'un métier neuf qui se développe hors des cadres institutionnels des corporations. Les livres produits se retrouvent dans toutes les bibliothèques d'Europe. Ces imprimeurs qui ont fait le succès de Venise sont pour la plupart d'origine étrangère. Ils sont Allemands d'abord, avant l'arrivée d'autre communautés dans cette industrie. Ce sont des marchands et des artisans en provenance de toute l'Europe et d'une partie de la Méditerranée orientale. Au-delà des échecs, beaucoup se sont intégrés dans la ville, sa géographie, sa sociabilité, et ont construit une nouvelle industrie du livre au coeur de l'Europe.

    Catherine Kikuchi est membre de l'École française de Rome depuis septembre 2017. Élisabeth Crouzet-Pavan a dirigé sa thèse en histoire médiévale à l'université Paris-Sorbonne. Elle a enseigné à l'université de Versailles Saint-Quentin. Elle est co-fondatrice et contributrice du blog Actuel Moyen Âge qui a donné lieu à la publication d'un livre sous le même titre en novembre 2018.

  • À travers l'exploration de la clandestinité comme modalité d'action politique, cet ouvrage expérimente une comparaison entre différents mouvements politiques dont les spécialistes dialoguent d'ordinaire trop peu - anarchismes, résistances, mouvements révolutionnaires ou anticoloniaux - en montrant l'existence de problématiques communes malgré les différents contextes, mais ambitionne également de fournir des clés pour comprendre la persistance de la menace clandestine, toujours actuelle, mais qui plonge ses racines dans une histoire longue et multiforme.

    Virgile Cirefice est ATER à l'Université Lyon 3 et chercheur associé à l'IHTP.Grégoire Le Quang est ATER à l'ENS.Charles Riondet est ingénieur de recherches au sein de l'équipe ALMAnaCH (Inria-EPHE). .

  • Ce livre est une histoire du jardin zoologique à travers celle de la ménagerie du Jardin des Plantes de Paris, des zoos de Londres et d'Anvers, depuis leur fondation. Ecrite du côté des animaux, sans perdre des yeux les humains qui font et défont l'institution, il dit le poids de l'emprise dans les cages et au-delà, puisque le zoo dessine des réseaux tentaculaires de capture, puis, à partir du XXe siècle, une mainmise conservationniste, enfermant les animaux au nom de leur protection. Depuis le zoo-microcosme, l'ouvrage dessine l'histoire d'institutions puissantes - zoos, organisations élitaires de protection animale et de conservation de la faune - qui contraignent ceux qu'elles disent protéger, et celle d'animaux et d'humains qui résistent et luttent pour ouvrir d'autres possibles.

    Violette Pouillard, docteure en histoire (Université libre de Bruxelles-Université Jean Moulin-Lyon 3) puis postdoctorante à l'Université d'Oxford (Wiener-Anspach postdoctoral fellowship), est actuellement assistante à l'Université de Gand, où elle poursuit ses recherches sur les dynamiques de pouvoir associant humains et non humains, tout en donnant cours d'histoire de l'environnement.

  • Rêver la société pour la changer en cité idéale et participer à l'avènement d'un monde nouveau. Ce fut le désir de nombreux artistes, qui ne furent pas tous des figures d'avant-garde. Cette ambition a parcouru tout le XIXe siècle, mais elle occupa une place singulière et méconnue sous la IIIe République, entre le souvenir de la Commune de Paris et l'Union sacrée de la Grande Guerre. Portrait collectif d'une génération de peintres et sculpteurs du Paris fin-de-siècle, le livre examine le rôle et la fonction d'artistes tels Rodin, Luce, Pissarro, Gallé, Gérôme, Toulouse-Lautrec, Signac, Prouvé ou Guitry. Convaincus de la performativité de leurs oeuvres, ils s'érigèrent en bâtisseurs d'art et réinventeurs de l'histoire, en fondateurs d'un art social et combattants de la vérité.

    Bertrand Tillier est professeur d'histoire contemporaine à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et chercheur à l'IDHES, où il enseigne la culture visuelle et l'histoire des médias. Il a dirigé l'ouvrage: L'art du XIXe siècle, L'heure de la modernité (Citadelles & Mazenod, 2016) et publié notamment chez Champ Vallon La Commune de Paris, révolution sans images? Politique et représentations dans la France républicaine (1871-1914) (2004) et Les Artistes et l'affaire Dreyfus (1898-1908) (2009).

  • Comment conquérir puis gouverner une dizaine de cités, des nobles par milliers et près d'un million de sujets ? En Lombardie, entre 1515 et 1530, François Ier, Francesco II Sforza et Charles Quint ont buté sur la même question. La réponse offrait un prix de taille : une terre riche et peuplée, à la croisée des chemins de la Méditerranée, des Alpes et des plaines du Nord. Si la guerre fut destructrice et indécise, c'est que les autochtones opposèrent aux conquérants des défis à la hauteur d'une culture politique millénaire. Plus le temps passe, plus la Lombardie apparaît comme une des pièces incontournables de la formation de l'Europe moderne, entre exercice de la souveraineté, de la fidélité et de la médiation mais aussi expérience de la violence, de la servitude et de la résistance.

    Séverin Duc, agrégé et docteur en Histoire, est membre de l'École française de Rome et chercheur associé au Centre Roland Mousnier. Il obtenu, pour la thèse dont ce livre est issu, le prix Aguirre-Basualdo de la Chancellerie des Universités de Paris. Actuellement, il s'intéresse à l'histoire sociale et familiale des pouvoirs en France et en Italie.

  • Entre 1870 et 1930, les agressions à l'acide se multiplient en France. Majoritairement accomplies par des femmes issues des classes populaires, qui entendent se venger de leur ancien compagnon ou de leur rivale en leur projetant de l'acide au visage, elles sont considérées, de manière réductrice, comme des crimes passionnels. Reléguées dans la rubrique des faits divers, elles suscitent toutefois des peurs et des fantasmes, alimentent les débats sur les droits des femmes et les relations entre les sexes. La vitrioleuse devient une figure criminelle qui incarne la cruauté féminine et conduit à la défiguration de sa victime dont elle annihile les traits et l'identité. Loin d'avoir disparu de nos jours, ces agressions, souvent masculines, sont désormais interprétées comme des crimes d'honneur.

    Docteure en histoire, Karine Salomé enseigne dans le secondaire. Elle a notamment publié Les îles bretonnes. Une image en construction (1750-1914) (Presses universitaires de Rennes, 2003), L'ouragan homicide. L'attentat politique en France au XIXe siècle (Champ Vallon, 2010) et Je prie pour Carnot qui va être assassiné ce soir. Un attentat contre la République, 24 juin 1894 (Vendémiaire, 2012).

  • Tout commence ici avec la naissance du judaïsme après l'exil à Babylone, la formation du corpus biblique, ainsi que l'élaboration d'une Loi religieuse qui parvient à maturité avec le Talmud, alors même que les Juifs s'affranchissent des cadres historiques partagés avec les peuples voisins. Une histoire d'une longue durée singulière s'ouvre alors, dont ce livre retrace les principales étapes : l'Antiquité, le Moyen Age, la première modernité (XVIe-XVIIIe siècles), l'âge des nations (1789-1945), pour aboutir au monde actuel, bouleversé de façon irréversible par la Shoah et la fondation de l'Etat d'Israël. De la mise en place de réseaux pour racheter les captifs dans la Méditerranée médiévale à la participation d'un demi-million de soldats juifs de l'Armée rouge à la Grande Guerre patriotique (1941-1945), es Juifs sont présentés ici non comme des étrangers à une histoire qui ne cesserait de les emporter, mais comme les acteurs de leur devenir et de celui des sociétés dans lesquelles ils vivent. Ce livre aborde aussi la géographie changeante des centres de peuplement juif, les relations avec le pouvoir politique et la société globale, les pratiques culturelles et les représentations mentales. Certaines questions apparaissent récurrentes : les Juifs forment-ils un peuple ou une communauté religieuse ? Quel est leur degré d'intégration dans les sociétés où ils vivent en minorité ? Comment les spiritualités juives évoluent-elles dans l'histoire ? Quels rapports les Juifs en Diaspora entretiennent-ils avec la Palestine, dans les siècles passés et depuis le sionisme ? Dans cette synthèse collective sans équivalent, vingt-neuf auteurs contribuent à dessiner une image d'ensemble de l'histoire des Juifs, dont ils montrent les caractères originaux tout en l'inscrivant dans le cours et la dynamique de l'histoire générale de l'humanité. Dans le cadre d'une historiographie en constant renouvellement, les questionnements et les acquis les plus récents de la recherche sont mobilisés pour éclairer la place des Juifs dans le passé et le présent. La collaboration de spécialistes d'histoire juive et d'historiens spécialisés dans d'autres domaines permet de contextualiser l'évolution des sociétés juives, considérée ici comme l'une des facettes de l'évolution des sociétés dans lesquelles les Juifs vivent, et à montrer, aussi, comment les Juifs participent à une histoire qui en retour ne cesse pas de les façonner.

  • Explorer la part secrète du pouvoir princier, c'est rencontrer nombre de figures célèbres en des situations parfois scabreuses, souvent rocambolesques. Qu'il s'agisse de Saint Louis utilisant un escalier caché pour retrouver son épouse à l'insu de sa mère Blanche de Castille, ou des leçons d'escrime destinées à inculquer quelques bottes secrètes au duc de Bourgogne Philippe le Bon, les princes se méfient en permanence de leur entourage au moins autant que de leurs ennemis. Bénéficiant d'une relation particulière avec Dieu - qui sait à l'occasion leur envoyer quelques messages secrets par la voix d'une bergère ou d'un ermite -, ils n'entendent rendre compte à personne de leurs agissements, exigeant que leurs proches ne révèlent rien de leurs faiblesses ni de leurs plans.

    Loin d'être anecdotique, cette pratique du secret s'enracine dans un temps qui associe savoir, sacré et secret et constitue un moyen de répondre aux défis d'une époque en pleine mutation : le développement de l'écrit entraîne celui des correspondances secrètes ; la naissance de l'impôt permanent conduit le prince à mentir sur l'état du budget ; la publicité nouvelle d'une vie de cour rassemblant des centaines d'individus autour de la famille princière exige des chambres de retrait.

    Par le secret, les princes entendent à la fois défendre leur honneur et garantir les moyens de leur puissance. La pratique concrète du pouvoir rejoint un imaginaire médiéval qu'on pourrait croire folklorique mais se révèle parfois ancré dans la réalité : certains princes font enterrer des trésors destinés à financer leurs guerres, au risque de les perdre ; Louis XI réclame de ses correspondants de brûler ses lettres après lecture. Rois et ducs de Bourgogne se doivent en somme de devenir experts dans l'art du secret, pour rester maîtres des frontières entre le public et le privé : c'est l'une des leçons politiques de cet automne du Moyen Âge.

    Jean-Baptiste Santamaria est maître de conférences en histoire médiévale à l'Université de Lille et membre du laboratoire IRHIS. Normalien, agrégé d'histoire, il travaille sur l'exercice du pouvoir princier à la fin du Moyen Âge. Il a publié le Petit livre des rois France (First, 2006) et La Chambre des comptes de Lille (1386-1419) (Brepols, 2012).

  • Géographies est le premier livre à étudier ce que les Français des XIIe-XVIe siècles savaient de leur pays, riches ou pauvres. Citant 200 poèmes, romans et pièces de théâtre, les quatres parties, divisées en petits chapitres, présentent ce que les Français percevaient de la France (paysage sonore et visuel), ce qu'ils en savaient (productions, monuments, légendes), ce qu'ils en disaient (listes, proverbes) et ce que la culture française signifiait pour eux (langue, vin). La nation française s'est ainsi construite dans la diversité, en façonnant des identités régionales diverses dans le Nord et le Midi. Tout en permettant de découvrir une littérature riche et méconnue, ce livre, illustré de 20 cartes originales, fait dialoguer Moyen Âge et Renaissance, Histoire, lettres et géographie.

    Léonard Dauphant est né en 1980 à Vénissieux (Rhône). Ancien élève de l'Ecole normale supérieure de la rue d'Ulm (2001-2005) et agrégé d'Histoire. Sa thèse d'Histoire médiévale, publiée en 2012 chez Champ Vallon sous le titre : Le Royaume des quatre rivières. L'espace politique français (1380-1515), a reçu plusieurs prix. Il est actuellement maître de conférences en Histoire médiévale à l'Université de Lorraine à Metz.

  • Septembre 1715 : Louis XIV est mort. Février 1723 : Louis XV est majeur.
    Entre vie publique et vie privée, entre Versailles et Paris, grandit et se construit un roi-enfant pour lequel rien n'est laissé au hasard. L'ouvrage raconte cette dizaine d'années pendant lesquelles un jeune roi et le Régent ont permis la mutation d'un absolutisme qu'il fallait réformer pour qu'il se poursuive.
    En suivant au quotidien une enfance royale, on voit le nourrisson sortir des affres des maladies enfantines et subir les premiers soins pédiatriques, le garçonnet acquérir des connaissances et former son caractère, le jeune homme instruit affirmer ses préférences dans un contexte d'explosion des progrès scientifiques et de renouveau des arts, jusqu'au moment où Louis XV est majeur, sacré et marié.

    Pascale Mormiche est agrégée de l'Université et docteur en histoire moderne. Elle enseigne à l'Université de Cergy-Pontoise. Spécialiste de l'éducation des princes et des élites, elle a publié : Devenir Prince, l'école du pouvoir en France (xviie-xviiie siècles) Cnrs éditions, 2009 et Naissance et petite enfance à la cour de France avec Stanis Perez, éditions du Septentrion, 2016.

  • L'amour de la nature, l'intérêt pour la nature, la joie éprouvée en présence des paysages et des êtres de la nature font partie des présupposés courants jamais remis en question. Notre civilisation est bien plutôt marquée par la haine de la nature. De la construction des villes à l'édification des corps, le monde de la technique est une véritable entreprise d'anéantissement. Les difficultés auxquelles aujourd'hui se heurtent les politiques environnementales, les échecs récurrents des conférences internationales ne peuvent être compris si ce fait est oublié. Les orientations « vertes » du capitalisme actuel ne sont que des ruses pour faire triompher l'artifice. Elles ne font que nous éloigner davantage du sens de la nature - désormais perdue. La catastrophe systémique qui a commencé a proprement valeur apocalyptique, de révélation. C'est la pulsion de mort qui travaille en silence, jusqu'à sa probable victoire finale.

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