Arts et spectacles

  • Grâce à un impressionnant travail de dépouillement systématique de 1100 inventaires avant décès, de nombreux contrats et de multiples paiements de tableaux, Gérard Labrot étudie les relations complexes entre la peinture et la société napolitaine. Il analyse les marchés anciens, napolitains en particulier, dont on peut reconstituer les mécanismes financiers et admirer la vigueur dans la conquête d'une clientèle toujours plus variée. Les acteurs, commanditaires, collectionneurs et peintres, sont mis en scène dans les divers secteurs du marché de l'art: le neuf, l'occasion, le religieux, le profane, les pièces de haute qualité et les croûtes. Deux questions fondamentales sont posées : quelles sont les fonctions évolutives remplies par la peinture sous l'Ancien Régime ? et quelle place, matérielle et économique, est la sienne dans la gamme fort étendue des dépenses somptuaires de la grande capitale européenne qu'est Naples ?

  • Blanc d'Espagne, rouge végétal, poudres à poudrer, pommades de concombres et de limaçons... ce livre rend compte de la composition de ces produits, aussi bien que de leurs appellations, de leurs vocations et de leurs usages sociaux dans le Paris de l'Ancien Régime. La lumière est aussi portée sur les modalités de leur production. Un temps confinée dans l'espace domestique, rattachée à la cuisine, à la thérapeutique et aux pratiques magiques, la confection des cosmétiques glisse ensuite entre les mains des gantiers-parfumeurs. Dans leur laboratoire et leur boutique, ces artisans mettent en pratique des techniques et des savoirs composites et oeuvrent à la création d'un univers commercial spécifique. Avec l'entrée progressive dans un monde de consommation, les cosmétiques se diffusent dans la société : un marché de la beauté émerge au XVIIIe siècle que les institutions de la monarchie éclairée tentent de contrôler.

  • L'histoire de la musique est souvent encore celle des grands compositeurs: Jean-Baptiste Lully, Marc-Antoine Charpentier, Jean-Philippe Rameau, Wolfgang Amadeus Mozart... Mais qu'évoquent pour nous les noms de Pierre Maréchal dit Paisible, de Jean-Baptiste Anet, de Johann Schobert, de Michel Blavet? Devenus célèbres ou restés anonymes, les uns et les autres eurent pourtant en commun d'être au service des plus prestigieuses maisons aristocratiques de leur temps: les Guise, les Orléans, les Bourbon-Condé, les Noailles, les Conti...Dans les salons, les jardins, les théâtres, entre Paris, Versailles et leurs multiples résidences d'Île-de-France, des aristocrates fortunés protégeaient en effet des musiciens, entretenaient des orchestres privés, acceptaient des dédicaces, collectionnaient les partitions et affirmaient leur goût musical en s'adonnant eux-mêmes fréquemment à la pratique musicale.Au confluent de l'histoire sociale et culturelle et de la musicologie, ce livre propose une lecture globale et renouvelée du patronage musical de la société aristocratique entre la fin du XVIIe siècle et celle du XVIIIe siècle. Le lecteur découvre, entre le faste et le précaire, la passion et le calcul, comment les musiciens et leurs protecteurs, les oeuvres et les instruments participaient de cet étourdissement musical qui atteignit son paroxysme au siècle des Lumières. À travers des expériences originales se mêlaient, parfois s'affrontaient, connaissances musicales et stratégies de distinction, aristocrates amateurs et musiciens professionnels, logiques artistiques, économiques, sociales et politiques.Loin de la vision romantique qui fit longtemps de la musique le passe-temps somptueux d'un monde décadent et des musiciens des génies méprisés et incompris, il apparaît que la protection de la musique et des musiciens s'inscrivit dans des cadres en perpétuel mouvement, où purent s'épanouir des formes particulières de sociabilité, des engouements sincères, des ambitions et des réussites sociales remarquables et aussi de nouveaux canons musicaux, entre patrimoine, réjouissances du moment et modernité.

  • André Le Nôtre et Jean-Baptiste de La Quintinie sont passés à la postérité, ils sont les figures dominantes du Grand Siècle en matière de jardins. Mais qui se souvient encore de Macé Foucher, de Laurent Périer, de Marin Trumel, d'Henry Dupuis, des Masson, des Collinot, des Le Bouteux et de tous ceux qui, anonymes ou non, ont créé, embelli et entretenu l'univers végétal de Versailles?
    Comme dans les autres jardins royaux, les jardiniers en chef, aidés de quelques » garçons » choisis avec soin et de nombreux manouvriers payés » à la journée du roi « , s'activaient à de multiples activités, partagées entre le tracé des alignements, la fourniture d'arbres et de fleurs, les plantations et leur entretien, la réalisation d'élégants treillages décoratifs et de parterres de broderies savamment entrelacées...
    Dominique Garrigues ravive ici le souvenir de ces » orfèvres de la terre » employés à Versailles en réinscrivant la communauté qu'ils formèrent dans l'histoire de leurs jardins. Il reconstitue les multiples environnements et savoirs qui édifièrent et définirent leur monde : technique, artistique, scientifique, social mais aussi politique.
    Car Louis XIV ne fut pas seulement un roi de justice ou un roi de guerre, il voulut apparaître également comme le roi des jardiniers. Il joua un rôle de premier plan dans la transformation de l'espace horticole versaillais en une métaphore de la » réduction à l'obéissance » à laquelle il voulut soumettre le royaume. Le siècle du Roi-Soleil fut bien le siècle des jardins et des jardiniers. Et ce n'est pas la moindre des originalités de ce livre que de nous faire découvrir un jardinier inattendu, un homme à la main verte en la personne même du Roi-Soleil.

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