Littérature générale

  • "Elle aimait les voyages, la vitesse, le tennis, les fêtes de famille et les soirées parisiennes. Elle rêvait d'être comédienne et de voir les États-Unis. Elle a traversé le siècle, la Seconde Guerre, les épreuves de la vie. Elle a enduré la solitude et les deuils avec une conviction chevillée au coeur : en toutes circonstances, il faut faire bonne figure et garder le sourire. A 95 ans, après une énième chute, Suzanne s'est résignée à s'installer dans une Ehpad, un établissement pour personnes âgées dépendantes. Infantilisée, humiliée parfois par un personnel débordé, elle s'étonne de ne bénéficier que d'une douche par semaine, trouve les journées bien longues et la nourriture immangeable. Depuis qu'elle a quitté son domicile, elle a perdu vingt kilos et moi, quelques grammes d'humour car Suzanne, c'est ma grand-mère." F.P.
    Dans ce récit poignant, Frédéric Pommier explore la mémoire d'une femme lucide et battante, emblématique de sa génération. Il interroge la manière dont sont traités nos aînés, mais aussi les soignants. Avec humour et tendresse, il nous plonge dans une histoire d'amour et de transmission où, en dépit des drames et de la violence, triomphent le rire et la passion.
    Frédéric Pommier est journaliste à France Inter.

  • Elle a enduré pendant trois ans des centaines d'heures d'interrogatoires, la torture, la faim, la violence des policiers, le bourrage de crâne, la stérilisation forcée, le froid, les rats, les nuits sous le néon aveuglant d'une cellule, les mécanismes de destruction kafkaïens. Elle s'appelle Gulbahar Haitiwaji et elle est la première femme ouïghoure rescapée des camps de rééducation chinois qui ose parler.

    Ces camps sont à la Chine ce que le Goulag était à l'URSS. Depuis 2017, plus d'un million de Ouïghours y ont été déportés. Les Xinjiang Papers, révélées par le New York Times en novembre 2019, décryptent une répression s'appuyant sur une détention de masse, la plus grande depuis l'ère Mao. Aujourd'hui, on parle de « génocide ». Le Parti communiste chinois, qui nie leur caractère concentrationnaire, en légitime l'existence par la « lutte totale contre le terrorisme islamique, l'infiltration et le séparatisme ».

    Les Ouïghours sont une ethnie musulmane turcophone qui peuplent le Xinjiang. Une région très convoitée par le Parti communiste chinois car elle se situe sur les « nouvelles routes de la soie », le projet politique phare du président Xi Jinping.

    Le témoignage de Gulbahar est terrifiant : elle raconte ce qu'elle a vécu dans les entrailles du système concentrationnaire chinois et comment elle a été sauvée grâce aux tractations acharnées de sa fille et du Quai d'Orsay.

  • « Me demandant ce qui le rendait encore aussi passionnant à lire plus d'un demi-siècle après sa mort, je me suis aperçu qu'au delà de son style littéraire et de son esprit souvent visionnaire, c'est sa brutale honnêteté qui conserve toute leur force à ses textes. Il regarde les choses en face. Non pas de façon froide et dépassionnée, mais au contraire en s'impliquant le plus totalement possible.
    Sa dénonciaHon de l'impérialisme et du colonialisme, de la pauvreté et de l'injustice du capitalisme est d'autant plus efficace qu'il en connaît les mécanismes de l'intérieur. Quand il s'engage dans la guerre d'Espagne en 1936, c'est un peu comme si un intellectuel occidental contemporain partait se battre contre les Serbes à Sarajevo ou contre l'Etat Islamique en Irak ou en Syrie.
    J'ai réalisé en allant sur les lieux où se sont déroulés les principaux évènements de la vie d'Orwell à quel point ils avaient été formateurs dans sa carrière d'écrivain. La précision de ses descriptions, son oeil pour le détail, sa compréhension des phénomènes qu'il observe et de leur effet sur les êtres humains font de lui un auteur qu'il faut lire et relire.
    Du collège d'Eton, le bastion de l'élite britannique, où il est boursier jusqu'à l'île écossaise de Jura, où il use ses dernières forces à écrire 1984, en passant par la Birmanie où il est un rouage de l'impérialisme, les taudis de Manchester et de Paris, le front de la guerre d'Espagne et la Barcelone des luttes intestines de la République espagnole, on découvre avec combien étroitement la vie et les expériences d'Orwell inspirent et irrigue en permanence son oeuvre. »
    A. J.

  • C'est une enquête foudroyante : l'histoire de Nissan Ibrahim, syrienne, musulmane et résistante dans une ville devenue "la capitale du diable". Née à Raqqa, professeur de philosophie, Nissan nous livre sur Facebook son journal de bord et son combat pendant 4 années de dictature meurtrière. Que signifie être une femme en Syrie entre 2011 et 2015 ? À quoi ressemble la vie au temps des décapitations, des tortures, des bombardements ? Les posts de Nissan racontent la tragédie syrienne, la lutte d'un peuple contre deux machines de mort : le régime de Bachar Al-Assad et l'État islamique. Ce dernier n'a pas apprécié. En janvier 2016, Daech annonçait qu'elle avait été "exécutée". Elle avait 30 ans. C'est une histoire édifiante. Un journal digne de celui d'Anne Franck exhumé et raconté par Hala Kodmani. On y découvre une jeune femme stupéfiante, pleine d'humour, de peurs, de rêves et d'espoir pour son peuple et son pays. Nissan est devenue un symbole : celui d'une Antigone dans une Syrie déchirée.

  • Parce que son coeur n'est pas en silex, Françoise Hardy met le feu quand elle passe au crible notre société contemporaine.
    Dans un livre composé de messages personnels, elle évoque sans concession la vieillesse, sa vieillesse, la décrépitude des corps... Elle qui a été l'icône androgyne et longiligne des sixties. Il faut avoir un courage d'écrivain pour se confronter ainsi à son propre corps.
    Dans une époque qui se refuse à vieillir, elle convoque la belle figure voltairienne d'Emmanuel Berl, avec qui elle s'est souvent entretenue pour raconter sa souffrance, la maladie, le parcours du combattant auprès des médecins et parfois de charlatans en tout genre.
    Michel Leiris a écrit L'Âge d'homme et comparé la littérature à la tauromachie. Ici Françoise Hardy nous livre l'âge d'une femme et encorne tout ce qui la révulse aujourd'hui : les mensonges, religieux ou politiques, les idéologies, le sectarisme et le spectaculaire. Elle y avoue aussi son admiration pour certains hommes publics comme Michel Rocard, Nicolas Hulot, Alain Juppé, Hubert Védrine,  ou parle de ses rencontres avec ces hommes qui semblent échapper aux partis politiques, déquille ceux qui l'agacent comme Cécile Duflot ou François Hollande.
    Mais ce livre est aussi une déclaration d'amour à la littérature, aux écrivains qu'elles aiment comme Stefan Zweig, Scott Fitzgerald, Modiano - drôlerie d'un dîner avec le récent prix Nobel de littérature qui ne parvient pas à déboucher une bouteille de vin - ou Michel Houellebecq, admirateur de ses chansons.
    Bien évidemment sa passion pour l'astrologie et la spiritualité imprègne ce livre où se mêlent souvenirs personnels avec chanteurs, couturiers, idoles des sixties et digressions sur l'économie et la politique.
    Apparaît ici toute la sensibilité à fleur de peau d'une artiste qui préfère la solitude, la beauté, à la foire aux vanités.

  • Cette nouvelle biographie de Sally Bedell Smith explore en profondeur la vie privée et la vie publique de la Reine qui aura marqué la seconde moitié du XXe siècle. 
    L'auteur, journaliste à Vanity Fair et spécialiste de la monarchie britannique, a eu un accès inédit aux correspondances de la Reine et à ses proches collaborateurs. Elle s'est entretenue avec plus de 250 personnes parmi les amis de la Reine, dont beaucoup ne s'étaient encore jamais exprimés, ainsi que d'anciens chefs d'état, des premières dames des conseillers du Palais et des ambassadeurs. Ils lui ont révélé de nombreux détails et anecdotes permettant de dresser un portrait clair, précis et incisif de la souveraine qui a dû apprendre à concilier sa vie d'épouse, de mère et de grand-mère (et même d'arrière-grand-mère) et son rôle à la tête d'un empire ayant subi une véritable transformation sociale tout au long de son règne.
    Elle montre avec pertinence comment l'obligation d'être toujours neutre pour incarner une force immuable et rassurante a influencé toute la vie d'Elizabeth II, la forçant notamment à dissimuler un sens de l'humour assez développé et visible uniquement par ses proches, dont certains font à l'auteur des révélations amusantes. Nous comprenons mieux à la lecture le statut d'icône de la Reine, que Churchill résumait ainsi : "Si nous subissons une défaite, le Parlement renverse le gouvernement. Si nous remportons une victoire, la foule acclame la Reine."

  • Le 26 juillet 2017, Loup Bureau, journaliste, est arrêté par les autorités turques près de la frontière irakienne : il cherchait à se rendre à Raqqa pour un reportage.
    Au commissariat, les policiers trouvent sur son profil Facebook une photographie de lui en compagnie de combattants YPG syriens, prise alors qu'il tournait un documentaire en 2013. Accusé de terrorisme, il encourt vingt-cinq ans de prison. Il sera finalement libéré le 17 septembre 2017, grâce à la pression du gouvernement français. Il reste cependant accusé de terrorisme et son procès est toujours en cours en Turquie.
    Ses chroniques, écrites durant son incarcération et accompagnées de lettres et de documents, constituent un témoignage glaçant sur les dérives totalitaires et les atteintes à la liberté de la presse. Au-delà de la situation d'une absurdité kafkaïenne dans laquelle il se trouve plongé, au-delà de la perte d'espoir et du sentiment d'abandon qu'il décrit, Loup Bureau souligne l'emprise d'Erdogan dans un pays déchiré par la «guerre contre la terreur ».
    Loup Bureau est né en 1990. Il a notamment couvert les soubresauts du printemps arabe en Égypte, la guerre en Syrie et le conflit ukrainien dans le Donbass.

  • Il est le père de la géopolitique française et aussi de la géostratégie. Il est le fondateur de la mythique revue Hérodote. Yves Lacoste est l'un des plus grands noms de la géographie contemporaine, dans la lignée d'un Paul Vidal de Lablache même si leurs terrains de recherche furent différents.
    Né au Maroc en 1929, fils d'un géologue qui lui apprend la curiosité des pierres et du terrain, il perd cette figure paternelle si marquante pour sa vocation alors qu'il est un jeune adolescent. Il commence donc des études de géographie pour le goût de la géologie et sa vie lui donnera des pères d'adoption et intellectuels, le premier étant Pierre George, grand géographe communiste, professeur à l'école des sciences politiques, qui lui permettra d'écrire son premier « Que sais-je » sur les pays sous développés. En effet, dans les années 1950 et 1960, la géographie est marquée par l'émergence des pays sous-développés, la fin des colonisations et les guerres idéologiques (notamment la guerre froide). On ne peut donc faire de géographie sans évoquer la politique.
    Curieux du monde, Yves Lacoste est un géographe aventurier, kesselien. Il court en Afghanistan, à Cuba, au Vietnam, en Afrique, notamment à Ouagadougou où il s'intéresse aux populations touchées par les maladies tropicales, car la géographie peut aider aussi la médecine. Mais Yves Lacoste demeurera un homme libre, en dehors des chapelles idéologiques et universitaires. Il sera le premier à concevoir la géographie comme « un art de la guerre ».
    Ses mémoires sont passionnantes tant sur le plan personnel que scientifique. Ils sont le témoignage d'un esprit rebelle et en même temps d'une grande précision. Ce livre nous permet à la fois de comprendre l'essence de la géographie, les écoles françaises qui l'ont animée tout au long du XXème siècle et nous permet de mieux appréhender notre géographie contemporaine si bouleversée. 

  • Léopoldine est une élève modèle, James adore les calculs impossibles, Stella voudrait être paléontologue ou Présidente de la République, Amadou se dit « joyeux du monde » et planifie en secret une expédition sur Mars... Tous sont dans la classe d'Alain Amariglio, en CE2-CM2.
    Devenu maître d'école après avoir dirigé une start-up informatique, il nous livre le récit de sa première rentrée.
    Comment apprendre à ces élèves d'âge, de culture et de niveau différents ? Comment chasser la « désabusion », ce mal des profs face à l'Institution qui privilégie le rythme au détriment du temps et les abandonne souvent à eux-mêmes ?
    Heureusement, il y a les enfants. À leurs côtés, nous cherchons les réponses aux énigmes du maître, découvrons l'existence d'un « Prince des Mathématiques », lisons Les Trois mousquetaires en cachette au lieu de réviser les nombres décimaux.
    La lecture d'une lettre d'Hubert Reeves, en réponse aux questions des élèves, et la visite du potager d'Alain Passard, le chef triplement étoilé, sont parmi les temps forts d'une année scolaire riche en surprises.
    Nous ne sommes pas près d'oublier Léopoldine, Amadou ou Stella. Ni Alain qui nous invite à partager, dans la classe, son bonheur d'enseigner.

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