Paul Chamberland

  • D'où venons-nous? Qui peut le dire?
    Depuis toujours nous avons inventé des histoires pour tenter de percer le secret de notre origine.
    Nous prétendons désormais y être parvenus grâce à un savoir si exact qu'il nous donnerait accès au réel même.
    Nous nous croyons malins.
    Ce que nous avons fait de la Terre ne nous oblige-t-il pas à reconnaître que nous avons commis quelque lourde erreur dans nos calculs?
    N'est-il pas temps de réviser sans complaisance le récit de nos prouesses?

  • Par cette réflexion qui laisse une large place à la liberté et auxcontradiction, Paul Chamberland argumente une réflexion fertile et pertinente sur les enjeux actuels de la poésie, mais aussi bien de la littérature et de l'échec du monde à se poursuivre dans la novlangue.
    Car celui qui écrit le poème met en suspens toute autre visée que celle de faire entendre, en un fragment, mais alors selon toutes ses virtualités, ce qui fait de nous des «parlants». Nous sommes des êtres dans le monde, et le monde n'est ni intelligible ni figurable autrement qu'interprété par le langage.

  • Les forces de destruction qui emportent le cours du monde sont à ce point démesurées qu'elles semblent excéder la portée de tout effort visant à les contenir. L'espèce humaine est confrontée à la menace d'un anéantissement et, plus grave encore, à celle d'une exténuation de son humanité.

    Face à l'extrême qui vient, chaque être humain est enjoint à reconnaître que son sort ne se distingue plus de celui de n'importe qui d'autre. Nous sommes devenus des survivants antérieurs. Pendant le temps qu'il reste, il nous revient comme tâche inéluctable de chercher une issue qui fraye la voie à nos descendants. Or, cette tâche se heurte apparemment à l'impossible. Comment alors ne pas désespérer ? Telle est la question soumise au travail de la pensée. Plutôt que de considérer le désespoir comme une tentation à laquelle ne pas céder, l'auteur propose au contraire de l'éprouver à fond. Car faire résolument face à la Destruction aurait peut-être pour effet d'aiguiser la lucidité requise pour en mettre la racine à nu.

    Le « résultat » final de la Destruction s'annonce comme la réduction généralisée des conditions de l'existence à la vie nue : le dénuement, la détresse et le déni de tout droit et de toute dignité. Accueillir la vie nue, telle serait l'ultime opération. On ne pourrait toutefois l'effectuer qu'à la condition d'assumer sa propre vulnérabilité. Ainsi pourrait être dégagée la seule puissance capable de désamorcer les ressorts de la pulsion d'autodestruction qui risque de précipiter l'humanité à sa perte. Tel serait, pour une communauté d'« accueillants », le pari d'une espérance endeuillée.

  • Dans cette édition, l'écrivaine Caroline Lamarche rencontre la troublante statuaire de l'artiste belge Berlinde De Bruyckere, dont les oeuvres illustrent le numéro. Comme l'écrit Lamarche à propos de ces oeuvres: «fusion d'entrailles, point extrême de la dissolution, quand le muscle devient museau, la peau, déchet végétal, l'agonie, une danse, et la blessure, l'oeil». Les mots et les images ne sont-ils pas une seconde peau dans laquelle les écrivains se donnent naissance? On trouve ici des textes de: Jean-Marc Desgent, Paul Chamberland, Étienne Lalonde et Naïm Kattan, notamment. Également, Hélène Dorion a rassemblé sept auteurs qui rendent hommage à Jean-Guy Pilon.

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