Martin Drouin

  • À l'heure de l'urbanisme participatif et tactique, le dossier du numéro d'automne de la revue Continuité se penche sur les liens entre patrimoine et participation citoyenne. Le magazine explore le rôle que chacun peut jouer dans la préservation de notre héritage collectif et de la qualité de nos milieux de vie, mais aussi, sur la manière d'amener monsieur et madame Tout-le-monde à passer à l'action. Car, en patrimoine, la participation citoyenne prend diverses formes : une communauté se mobilise pour sauver un bâtiment qui lui tient à coeur ou pour dénoncer un projet qu'elle juge inapproprié, des gens s'impliquent dans un processus de consultation publique ou un projet de codesign, des voisins décident d'animer un espace vacant de leur quartier. Dans les autres rubriques, découvrez des faits surprenants de l'histoire des Augustines de l'Hôpital général de Québec et voyez comment une rare harpe-cithare a été restaurée.

  • On dit que le patrimoine est partout. Serait-ce le constat que nous ne sommes plus capables de choisir ? L´invention du patrimoine a nécessité la mise en place de systèmes, articulés autour de critères plus ou moins précis, pour juger de la qualité ou de la pertinence de « faire patrimoine » un objet plutôt qu´un autre. Se pourrait-il que le « tout patrimoine » ne soit pas lié à notre incapacité de faire un choix ? La réponse ne se trouverait-elle pas davantage au coeur de la sélection patrimoniale elle-même, dont les modalités, les critères justificatifs et les acteurs impliqués ont considérablement été transformés au cours du 20e siècle ?
    C´est dans cet esprit que nous avons voulu interroger, confronter et comparer, dans le temps et dans l´espace, les modalités d´opération et de sens de la sélection patrimoniale.
    Dix-neuf chercheurs se sont penchés, à partir de leur terrain de recherche, sur la structure, les acteurs, les pratiques et les objets en jeu. Entre propositions théoriques et considérations empiriques, les contributions rassemblées cherchent à cerner une même mécanique, inscrite au coeur de la patrimonialisation. Elles révèlent de la sorte les objectifs et les défis qui la traversent tout autant que les effets qu´elle crée sur l´échiquier culturel.

  • Visiteurs et résidants s'accordent aujourd'hui pour affirmer que Montréal est une ville où il fait bon vivre et que cela tient, entre autres, à son «caractère patrimonial». Si plusieurs se souviennent, tous ne savent cependant pas qu'il a fallu plus de trente ans de luttes urbaines pour fonder cette image par laquelle la métropole est aujourd'hui

  • Le patrimoine n´a plus de contours précis et n´a plus de frontière. L´expression du « tout patrimoine » résumerait d´ailleurs le constat posé depuis quelques années. L´extension de la notion aurait entraîné un flou conceptuel et, possiblement, un relativisme patrimonial. « À chacun son patrimoine », pourrait-on désormais affirmer sans ambages. Si la formule démocratique apporte son lot d´heureuses réalités, elle complexifie considérablement les conditions de patrimonialisation. Les valeurs traditionnellement utilisées pour juger de l´importance des objets sont, en effet, difficilement transposables dans les nouveaux contextes. Les outils réglementaires pensés par l´institution patrimoniale semblent parfois désuets. Tout doit alors être remis en cause pour s´accorder aux paramètres renouvelés. Était-ce plus simple avant, quand le patrimoine s´appelait monument historique ou oeuvre d´art ? Lorsque les experts savaient départager le bon grain de l´ivraie, identifier le beau du laid, valoriser la rareté du commun et encenser le bien contre le mauvais ?
    Les textes réunis dans ce collectif ont choisi de prendre le contre-pied du constat globalisant. La profusion des objets et des pratiques dénote, au contraire, la très grande sensibilité de nos contemporains envers ce qu´ils sont, ont été et veulent être. Du Québec à la France, en passant par les États-Unis, la Roumanie et le Viêt-nam, les chercheurs convoqués pour cet ouvrage ont arpenté bien des territoires. Ils explorent avec le même zèle trois facettes du patrimoine et de la patrimonialisation: les paysages urbains, les médiateurs et les interprétations. Les thèmes abordent l´architecture et l´aménagement des villes. Ils touchent aussi les acteurs par un regard sur les communautés migrantes, les collectionneurs et les militants. Ils traitent enfin de discours par la commémoration et les hauts lieux de la patrimonialisation, de même que par l´imagerie et les représentations patrimoniales.

  • Le patrimoine est aujourd’hui multiscalaire, présent à toutes les échelles territoriales, depuis le quartier, voire la rue, jusqu’à l’espace globalisé par la mondialisation et le tourisme. Le présent ouvrage invite à une réflexion sur les variations du sens du patrimoine et des dimensions qu’il prend dans diverses situations, de même que sur ses enjeux au point de vue praxéologique ou théorique – particulièrement dans le contexte quotidien. Plutôt que de présenter une succession de cas de patrimonialisation, les auteurs privilégient l’analyse de tensions entre des conceptions patrimoniales issues des milieux territorial, politique ou culturel. Les textes rassemblés ici permettent à ceux qui étudient le patrimoine, qui cherchent à le protéger ou qui, simplement, s’y intéressent, d’explorer :
    - les discordances entre des perceptions du patrimoine et des modes de gestion de cet héritage 
    - les différenciations linguistiques des représentations et des cultures différenciées du patrimoine 
    - la transformation de la notion et des objets patrimoniaux sur un territoire ou au sein d’une communauté 
    - la perméabilité des conceptions du patrimoine entretenues par des communautés culturelles variées.

    Né d’une volonté d’explorer les conceptions du patrimoine, cet ouvrage nous entraîne ainsi aux confins et dans les confins de cette notion.
    Martin Drouin est professeur au Département d’études urbaines et touristiques de l’École des sciences de la gestion de l’Université du Québec à Montréal (ESG UQAM).
    Lucie K. Morisset est professeure au Département d’études urbaines et touristiques à l’ESG UQAM et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en patrimoine urbain.
    Michel Rautenberg est professeur de sociologie à l’Université Jean Monnet Saint-Étienne et membre du Centre Max Weber.

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