Genevieve Boudreau

  • Une tortue à la carapace percée qu'on promène comme un chien. Un adolescent résigné à abattre un animal prisonnier d'un piège. Un chat adoré disparu dans des circonstances louches. La vie au-dehors, c'est celle qui se déroule loin de la ville, loin de la protection qu'offrent les murs, la proximité des êtres. La nature humaine s'y dévoile à travers les rapports avec les bêtes qu'on côtoie au quotidien. Qui domine qui, alors qu'un taureau peut broyer son propriétaire en un instant tout en dépendant de sa bienveillance jour après jour?

    Dans les familles, les échanges sont faits de lieux communs et le silence se substitue aux épanchements. Comme si le langage des animaux s'était imposé aux hommes, ce sont les gestes et les regards qui trahissent l'intensité des émotions et révèlent les hontes noyées au fond d'un verre, les tendresses cachées, les espoirs furtifs. Les enfants apprennent tôt qu'il vaut mieux taire leurs sentiments au contact d'adultes à qui les codes agricoles demandent un pragmatisme sévère. C'est ce savoir impitoyable, celui de gens qui connaissent les effets du temps et la force brutale de la nature, qu'on transmet en héritage.

    La Vie au-dehors est faite de vingt-huit nouvelles brèves et dures, instants saisissants qui disent avec une grande force poétique la précarité de la vie et l'intensité des conflits moraux se jouant dans des moments en apparence insignifiants. Geneviève Boudreau sait, au détour d'une phrase, condenser avec fulgurance le geste ancien d'une main qui tisse autant que le sort d'un village peu à peu déserté. Il en reste des visions mélancoliques, étranges et bouleversantes d'une campagne à la fois familière et cruelle.

  • Que reste-t-il de nous quand les repères qui définissent notre existence tombent? Le temps a modifié le paysage, nous scrutons ce qui lui fait défaut sans pouvoir nommer l'absence. Le miroir ne nous rend plus une image si familière, l'autre revêt un visage étranger dont nous sommes contraints de parcourir la distance. Peut-être avons-nous toujours été cet inconnu dont les désirs nous échappent, ce corps qui, cédé à autrui, a cessé d'être soi. Nous dénouons les promesses, laissons la marque de nos dents sur les jours d'attente. Osons l'effacement, la dérive, l'envol. Que faut-il mettre à mort pour retrouver un sol stable sous la neige et tenir dans nos mains le fil du retour vers un lieu habitable? Comment résister à notre propre éloignement?

  • Après un numéro consacré à l'imaginaire du Saguenay-Lac-Saint-Jean et un sur celui de la Côte-Nord, c'est vers la Gaspésie et les Îles de la Madeleine que se tourne le magazine Nuit blanche, que ce soit aux Îles de Geneviève Boudreau, à Bonaventure chez Philippe Garon ou dans les terres de la Gespe'gewa'gi avec Philippe Ducros. Avec Andréanne R. Gagné et David Laporte, plongez au coeur du roman gaspésien contemporain. Suivez Rachel Leclerc dans sa quête de sens et de beauté. Revisitez, avec François Ouellet et Roland Bourneuf, les jours gaspésiens des classiques Ferron et Breton. Parcourez le pays fabuleux - expression de Sylvain Rivière - avec Yves Laberge. Rêvez à Miguasha avec Renaud Longchamps. David Lonergan vous invite à redécouvrir Françoise Bujold poète, dramaturge et graveuse qui a su unir lyrisme et parler gaspésien. Car ce n'est pas d'hier qu'on écrit la Gaspésie et les Îles : un coup d'oeil à la chronologie qui clôt ce dossier vous ouvrira des imaginaires à explorer. (source : Nuit blanche)

  • Dans ce numéro de Moebius, si vous trouverez bien des textes qui se passent dans un futur plus ou moins postapocalyptique, vous trouverez surtout des textes dans lesquels il est question de cataclysmes intérieurs. De véritables débordements, mais de l'ordre du privé. Des crises personnelles, des catastrophes à petite échelle, qui pourtant transforment, redéfinissent ceux qui les vivent. Certains personnages ont peur du moindre bouleversement, petit ou grand ; pour eux, tout est une catastrophe monumentale. Pour d'autres, une perturbation vécue dans un passé plus ou moins lointain laisse des traces indélébiles avec lesquelles il faut apprendre à vivre. Quelques textes présentent des épisodes particulièrement troublants de vies humaines, et sont à eux seuls de petits cataclysmes. Des suites poétiques évocatrices proposent des visions sensibles de notre monde en déroute, de notre propre disparition annoncée, ou donnent à voir la frénésie destructrice de ce monde.

  • Que nous promettent les chambres d'hôte du numéro estival de XYZ. La revue de la nouvelle ? Qu'elles aient enseigne au Bic, à Percé, à Kamouraska, à Magog ou à Séville, en bord de mer ou à la montagne, qu'elles fassent espérer l'exotisme ou le charme suranné d'une autre époque, elles vous réservent plus d'une surprise. Projet de retraite (Gaëtan Brulotte), lieu inquiétant (Christiane Lahaie, Emmanuel Bouchard), évasion au bout d'un long confinement (Hélène Rioux, JeanPaul Beaumier), espace de rencontres (Noëlla Deschênes, Emmanuel Poinot), de déceptions (Geneviève Boudreau), véritable prison (Camille Deslauriers) : les fameux bed and breakfast sont innombrables, s'offrant en infinies narrations. En thème libre, Monique Danis raconte les émois d'une peintre ; Olivier Gamelin présente quant à lui une maladie mentale littéraire ; David Hoon Kim met en scène une errance (sous influence !) dans les rues d'Amsterdam et Florence Chadronnet donne la parole à une femme dépendante aux relations interdites.

  • Inspirées par la musique, les nouvelles composant ce numéro hivernal de XYZ. La revue de la nouvelle referent tantôt explicitement aux grands compositeurs tantôt plutot à de grands courants, mais chaque fois ramenent la musique a la question du sens, comme si notre raison d'etre se trouvait quelque part dans le son, dans le rythme, dans la vibration. Vanessa Berger, Genevieve Boudreau, Jean-Francois Chassay, Sylvain David, Caroline Guindon, Frederic Hardel, Francoise Major, Gilles Pellerin, Emmanuel Poinot, Maude Poissant, Claudine Potvin et Christiane Vadnais interrogent, sans poser de questions et sans donner de reponses, notre place dans cette existence vibrante. Anaïs Gachet signe quant à elle La sanguinaire, une nouvelle en thème libre. Le numero est complete par une entrevue avec le laureat du prix Adrienne-Choquette 2019, Simon Brousseau et des comptes rendus des plus recents recueils de Mo Yan et de David Dorais. (source : communiqué, XYZ. La revue de la nouvelle)

  • «Comme on tue son chien» trace le récit d'une trahison : sous le silence où s'exercent des jeux de pouvoir, les souvenirs se froissent, les repères se grugent, l'amour se fait servile. Dans un espace marqué par l'immobilité du froid et la docilité des villes, le poème invite malgré tout à la transgression. Une nouvelle filiation se construit entre les mots - quitte à ce que l'auteure travestisse le réel, quitte à ce qu'elle devienne à son tour un monstre, un prédateur : le chien n'est pas si loin du loup. Peut-être le poème permettra-t-il alors un nouveau commencement.

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