Denis Crouzet

  • Durant les affrontements des guerres de Religion qui déchirèrent la France entre 1562 et 1598, des enfants catholiques âgés de six à douze ans participaient à l'exécution des hérétiques, se faisant ainsi tueurs, massacreurs et tortionnaires. Comment expliquer une telle présence des enfants au coeur de la violence qui emporte le catholicisme militant dans des rêves sanglants? L'innocence et la pureté de ces jeunes bourreaux sont paradoxalement exaltées dans les rituels de mise à mort, sorte de théâtre biblique impitoyable, qui confèrent au combat des hommes pour le salut une signification prophétique.
    Denis Crouzet fait la lumière sur ce surgissement de haine sacrée qui, plus qu'un épiphénomène ou une scorie de l'histoire des guerres de Religion, nous permet de pénétrer dans la profondeur des imaginaires qui se cristallisent autour de deux événements majeurs : le massacre de la Saint-Barthélemy et l'assassinat d'Henri III, le dernier souverain de la monarchie des Valois-Angoulême. Dans un contexte angoissant de fin des temps, il montre que le basculement dans l'horreur et l'inhumain devient la seule voie de salut pour les «enfants de Dieu».

  • On a beaucoup écrit sur le massacre de la Saint-Barthélemy, beaucoup raconté la mise à mort dans Paris de centaines, voire de milliers de calvinistes. C'est pourtant un événement sans histoire, tant demeurent nombreuses les incertitudes qui enveloppent la nuit du 24 août 1572.
    Cet ouvrage veut retrouver une mémoire possible de ce moment capital. On ne peut comprendre le déchaînement des violences, écrit Denis Crouzet, que par la restitution de ce qui fut l'une des dernières utopies de la Renaissance: le rêve de concorde de Catherine de Médicis et de son fils, le roi Charles IX. Leur royauté ne se donnait pour fin que de réunir catholiques et huguenots dans une oeuvre magique de paix. Mais alors qu'elle entrevoyait le retour enfin d'un âge d'or, elle fut confrontée au drame de l'attentat dirigé contre l'amiral de Coligny, figure emblématique de la Réforme française. Prise dès lors entre deux factions violemment antagonistes, dans une tentative désespérée pour conjurer le retour de la guerre civile, elle se résigna à un acte préventif déguisé en une vendetta catholique: l'" exécution " de plusieurs dizaines de chefs de guerre huguenots.
    Or cette première tuerie fut suivie aussitôt d'un massacre autrement terrible: comme pour répondre à un appel divin, les défenseurs de la religion traditionnelle rougirent la Seine du sang d'un peuple qui se voulait le peuple de Dieu. Alors, pour couper court à cette entreprise d'extermination, il fallut à Charles IX assumer toute une tragédie qu'il n'avait ni méditée ni préméditée.
    La Saint-Barthélemy fut ainsi, paradoxalement, le crime d'amour d'une monarchie humaniste, le crime d'un rêve d'harmonie universelle. Elle se raconte ici comme la chronique d'un rêve perdu de la Renaissance.
    Denis Crouzet est professeur d'histoire moderne à l'Université Jean Moulin de Lyon. Ses recherches portent sur l'époque de la Renaissance. Il est l'auteur de Les guerriers de Dieu. La violence au temps des troubles de religion (1990).

  • Dieu en ses royaumes évoque les affrontements religieux dans la France des années 1490-1610 en racontant une histoire saturée d'angoisses et de rêves.Au commencement, il y eut le tragique d'une grande peur de la damnation face à un Dieu toujours plus distant et menaçant. La fin des Temps approchait et chacun se devait de se préparer au face-à-face avec le Christ,dans la pénitence, la prière et une obsession de pureté exigeant l'éradication violente de tous ceux qui attisaient par leur impiété ou leur hérésie la fureur divine. En contrepoint de ce noircissement culpabilisant du monde humain, Calvin proposa au fidèle une voie alternative et libératoire qui supprimait l'angoisse du salut en portant le fidèle à vivre dans une « bonne crainte » de Dieu. Au plus profond des guerres de Religion qui opposèrent « papistes » et « huguenots », ou plutôt au coeur même de la dynamique des fixations confessionnelles, s'installait la violence d'un conflit entre hantise eschatologique et désangoissement : deux royaumes de Dieu s'affrontaient. Dans le cours de cette histoire saccadée, le centre de gravité dramatique se déplaça : le pouvoir monarchique tenta d'entraver la crise en fixant dans la personne royale la mission messianique d'établissement d'un ordre de paix transcendant le jeu mortifère des imaginaires. Dieu en ses royaumes raconte alors l'histoire d'un second grand conflit, opposant les rêves apocalyptiques et violents des catholiques intransigeants à l'utopie de modération d'un roi Christ luttant contre les passions de ses sujets, une modération dont les grandes figures furent Michel de l'Hospital, Catherine de Médicis, Charles IX et son frère Henri III. C'est à la monarchie d'Henri IV qu'il revint de clore cette tragédie par le truchement d'un autre jeu de symbolisation. L'Histoire fut alors érigée, à travers la figure d'un roi providentiel guidant ses sujets vers un nouvel âge d'or, en une instance de résorption des angoisses et des peurs eschatologiques.

  • Charles Quint

    Denis Crouzet

    Charles Quint règne sur presque toute l'Europe, de l'Espagne aux Pays-Bas, de l'Allemagne à la Franche-Comté, de la Lombardie à la Sicile. Au-delà des mers, il conquiert les vastes territoires des Empires aztèque et inca. Mais, en quelques années, la chrétienté se divise, en proie à la sédition religieuse. C'est un portrait inattendu de l'Empereur que dresse ici Denis Crouzet : rêvant d'une monarchie chrétienne universelle, Charles Quint est déchiré entre son désir de paix et les devoirs de gloire que lui imposent son rang et son sang. En quelques années, de 1545 à 1552, ce souverain à la puissance inégalée voit s'effondrer le monde et s'ouvrir des temps de violence et de peurs. Denis Crouzet est professeur d'histoire du XVIe siècle à l'université Paris-Sorbonne. Ses travaux portent sur les imaginaires de paix et de violence à la Renaissance. 

  • Réactualiser par l'histoire la figure d'espérance et de liberté de l'esprit que porte l'Europe en elle dans sa longue durée, retrouver un désir d'être que la seconde partie du XXe siècle n'a fait que réaliser, tel est le projet de ce livre collectif, un livre de combat et de défense d'une conscience de soi qui est aussi nécessairement une conscience de ce que l'autre est soi. Il est aussi un appel à ce que l'histoire se replace désormais dans les chemins parcourus au XXe siècle par de grands historiens européens comme Pirenne, Huizinga, Febvre, Le Goff, Hobsbawn..., appréhendant l'Europe non comme un épiphénomène soumis à des vicissitudes toujours récurrentes, mais comme le premier pallier d'une anthropologie humaniste de la globalité permettant de redire la certitude d'une universalité...

    Docteur et agrégé d'histoire, Denis Crouzet est professeur d'histoire moderne à l'université Paris IV-Sorbonne. Spécialiste de l'histoire du XVIe siècle, notamment des guerres de religion, il a publié des ouvrages sur Charles Quint (Odile Jacob) Catherine de Médicis (Albin Michel), Jean Calvin (Fayard), Christophe Colomb et Nostradamus (Payot) ainsi qu'un livre devenu incontournable sur le sujet, Les Guerriers de Dieu, la violence au temps des troubles de religion (1525-1610) (Champ Vallon).

  • Michel de L'Hospital semble une des figures fondatrices d'une identité française qui se serait progressivement dégagée depuis la Révolution. Sa statue demeure disposée devant l'Assemblée nationale en témoignage de son rôle de précurseur de la « modernité » politique parce qu'il aurait, le premier, tenté d'applique le principe de « tolérance ». Mais celui qui, à partir de juin 1560 et avec comme projet d'empêcher l'extension des troubles civils découlant de la division religieuse, accéda à l'office de chancelier, dans une séquence d'extrême instabilité due aux tensions montantes entre Catholiques et Calvinistes, demeure un personnage mal connu, voire livré à l'anachronisme. L'objet de ce livre n'est pas de reconstituer un parcours biographique, mais d'essayer de comprendre quel fut l'imaginaire qui put produire, contre les acteurs mêmes de la rupture de l'unité religieuse et contre leurs rêves d'une France unifiée ou réunifiée dans leur foi, l'idée d'une cohabitation des religions, de comprendre aussi quel fut le sens véritable de ce projet qui apparut à nombre de contemporains comme voué à l'échec, impensable et irréalisable, faisant encourir la malédiction divine sur le royaume de France.

  • Le XVIe siècle français est marqué par la figure de Catherine de Médicis (1519-1589) qui, exerçant le pouvoir avec une étonnante ténacité, fut soupçonnée de recourir aux moyens les plus sinistres, mensonges, complots, poison, magie noire, assassinats, culminant dans l'extrême violence du massacre de la Saint-Barthélemy. C'est avec une énergie intense qu'elle se consacra à la défense de l'État monarchique, incarné successivement par ses fils François II, Charles IX et Henri III.
    L'humaniste Étienne Pasquier disait qu'elle « était armée d'un haut coeur », un coeur supérieur, plein de force, de foi et d'intelligence qui la poussa à se dresser contre les passions qui ensanglantaient le royaume. Dans sa magistrale étude, Denis Crouzet fait vivre cette Catherine de Médicis plurielle, oscillant entre le bien et le mal, adepte de la parole et de la négociation, figure humaniste persuadée de sa mission de pacification du royaume, mais aussi fine stratège, forgeant les instruments idéologiques de son intrusion active dans la sphère de la décision politique, allant jusqu'à légitimer l'usage de la violence vue comme une nécessité pour l'avenir de la paix. Dans le contexte tragique des guerres de Religion, autour d'une souveraine hors du commun, s'invente la raison politique moderne.

  • Nostradamus

    Denis Crouzet

    • Polity
    • 16 Mars 2018

    One of the most enigmatic figures in history, Nostradamus - apothecary, astrologer and soothsayer - is a continual source of fascination. Indeed, his predictions are so much the stock-in-trade of the wildest merchants of imminent Doom that one could be forgiven for forgetting that Michel de Nostredame, 1503-1566, was a figure firmly rooted in the society of the French Renaissance. 
    In this bold new account of the life and work of Nostradamus, Denis Crouzet shows that any attempt to interpret his Prophecies at face value is misguided. Nostradamus was not trying to predict the future. He saw himself, rather, as 'prophesying', i.e. bringing the Word of God to humankind. Like Rabelais, for whom laughter was a therapy to help one cope with the misery of the times, Nostradamus thought of himself as a physician of the soul as much as of the body. His unveiling of the menacing and horrendous events which await us in the future was a way of frightening his readers into the realisation that inner hatred was truly the greatest peril of all, to which the sole remedy was to live in the love and peace of Christ. 
    This inspired interpretation penetrates the imaginative world of Nostradamus, a man whose life is as mysterious as his writings. It shows him in a completely new dimension, securing for him a significant place among the major thinkers of the Renaissance.

  • Faisant retour sur les attaques criminelles de janvier 2015 à Paris, deux historiens rappellent ce qu'ont été les guerres de Religion du XVIe siècle car, par la logique du massacre, Daech et les terroristes pratiquent effectivement une nouvelle forme de guerre de religions. Loin de tenir les attentats pour des épiphénomènes de l'anticolonialisme, du tiers-mondisme, du racisme, des problèmes de la banlieue ou du conflit israélo-palestinien, ils soulignent la dimension eschatologique du projet théologico-politique des assassins. Souvenons-nous que la France du XVIe siècle a connu un contexte semblable, où tuer son voisin revenait à participer à un saint élan de purification du corps de l'Église. Souvenons-nous aussi que l'État moderne s'est patiemment mais sûrement construit sur le règlement de la «?discorde civile?» de religion.
    Que nous apprend notre histoire de cette résurgence de la violence au nom du sacré ? Pour éradiquer les fausses idées et le sortilège des croyances, comment intégrer au mieux un véritable enseignement du fait religieux dans les collèges et les lycées ?

  • L'Europe des xve et xvie siècles voit émerger puis triompher le mouvement humaniste. Comment l'humanisme, né comme une contre culture et diffusé par des réseaux intellectuels italiens épris de la redécouverte des classiques, s'impose-t-il aussi vite comme un modèle dominant ? A cette question classique, ce livre apporte des réponses nouvelles. Il montre que l'humanisme triomphe à travers l'Europe selon des formes, des expressions et des degrés variables selon les espaces, les publics et les écosystèmes socio-politiques et socio-intellectuels. Il évoque les résistances parfois farouches que ce système d'interprétation du monde rencontra. Il brosse, en laissant toute leur place aux multiples capacités d'adaptation de cette culture, le tableau bigarré des humanismes européens.

    Denis Crouzet est professeur d'histoire moderne à Sorbonne Université. Ses travaux portent sur l'Europe du XVIe siècle et les imaginaires politiques et religieux.
    Elisabeth Crouzet-Pavan est professeur d'histoire du Moyen Age à Sorbonne Université et spécialiste de l'Italie du Moyen Âge.
    Philippe Desan, de l'Université de Chicago, est spécialiste de l'histoire des idées à la Renaissance.
    Clémence Revest, chargée de recherches au CNRS, est spécialisée dans l'histoire de l'Humanisme italien.

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