Christine Montalbetti

  • Tu es mon arrière-arrière-grand-père. Tu as connu le siège de Paris en 1870, la guerre de 14. L'invention du cinéma, et de sacrées tempêtes. Tu as moins de dix ans quand tu deviens jardinier. Plus tard tu seras botaniste. Dans la famille, toutes sortes de petits romans ont circulé à ton sujet. J'ai voulu combler certaines lacunes de ton histoire et ce fossé qui nous sépare. Une mission déraisonnable : réparer l'irréparable, dans le deuil où je suis non seulement de toi, Jules, mais aussi de notre rencontre impossible.

  • "Nous, les objets, quelques-uns, ce soir, on va sortir de notre silence. On a des choses à vous dire".

  • "Tout le monde disait de toi que tu étais un homme sans histoires. Et puis voilà. Un jour, tu as pris ta voiture, et tu y es allé, au casino. Seulement cette fois, tu étais armé. Ce qui a le plus surpris, c'était ton âge."
    Ce roman s'inspire d'un fait divers.

  • Le bruiteur

    Christine Montalbetti

    Un bruiteur, dans son studio d'enregistrement, entouré d'une botte de poireaux, d'une branche de céleri et d'une bassine bleue, vous révèle son étrange bric-à-brac et raconte l'histoire qu'il doit bruiter, celle d'un père dont le fils a fugué dans la forêt.

  • Avez-vous jamais pensé à remercier vos spaghettis de se tenir aussi sagement dans votre assiette au lieu d'onduler en manières de petits serpents jaunes tout autour de vous ? À éprouver de la reconnaissance pour l'eau qui, sortant de votre pomme de douche, se laisse docilement diriger vers votre corps qu'elle asperge agréablement ?
    La gravité, je vous l'accorde, est cause que nous tombons, ou que se brisent, hélas, des objets auxquels nous tenons ; mais elle retient avec bonheur nos semelles à la croûte terrestre, et organise gentiment le monde autour de nous. Là-haut, une fois gagnée l'impesanteur, les choses en vont bien autrement.
    En juillet 2011, la dernière navette habitée s'élève dans le ciel de Floride. Elle emmène Sandra, Fergie, Doug et Rex vers la Station spatiale internationale. La dernière mission d'Atlantis, comme si vous y étiez.

  • Dans la chambre sans fenêtres du Love Hotel, où plus rien ne parvient du dehors, un occidental venu à Kyoto pour écrire un roman, et Natsumi, une Japonaise dont le mari, à cette heure, doit considérer le ginkgo depuis la fenêtre de son bureau, font l'amour.
    Entre leurs gestes, dans la pièce aveugle, s'engouffre la mémoire de contes du Japon : imaginaire marin, menace des dragons, et de toutes sortes d'esprits qui rôdent et dont on se sait pas très bien l'ampleur des maléfices.
    Autour du décor farcesque du Love Hotel, s'étendent les berges de la rivière Kamogawa, encore suspendues dans cette fin d'hiver, le sentiment bizarre de deuil qu'on y éprouve, et pourtant aussi tout ce qui s'agite dans l'air de la promesse du printemps.
    L'humour se mêle à cette mélancolie qui émane des paysages, à la terreur vague que laissent planer les contes, au sentiment tragique de la catastrophe. Car, on ne l'apprend qu'à la dernière phrase, le roman se passe l'après-midi du 11 mars 2011, jour du terrible séisme qui fut suivi d'une vague haute de 10 mètres qui a ravagé la région de Sendai, et dont le narrateur, quand son récit se termine, est sur le point de découvrir les images que nous connaissons tous.Tout le roman peut se relire alors comme l'histoire trouble d'un pressentiment.
    Christine Montalbetti se trouvait au Japon, ce 11 mars 2011, dans la région de Kyoto. Love Hotel a été écrit dans la mémoire de ce bouleversement.
    Elle interroge, à travers cette fiction érotique, le désarroi de la concomitance : qu'éprouve-t-on, quand quelque chose de terrible se passe quelque part au même instant, et qu'on ignore ? Comment vivre ensuite avec le sentiment de son aveuglement ? N'a-t-on pas été pourtant submergé par des pensées qui, après coup, paraissent en symbiose étrange avec cet événement ?

  • Comment devenir un héros ? Le douanier paléontologue Jacques Boucher de Crèvecoeur de Perthes, figure historique du XIXe siècle, mais frère en fiction de Don Quichotte, a tout essayé : le roman maritime, enfant, embarqué sur des bateaux soumis aux attaques des corsaires ; l'épopée, menant ses guerres douanières sans trouver les champs de bataille, ou d'autres fois immergé en le coeur de l'action sans la reconnaître ; le roman mondain, où de salons en salles de bal notre jeune homme s'exerçait à rimer. Revenu à Abbeville, où nous le rencontrons en cet automne 1862, prenant son bain quotidien dans la rivière, il a une idée nouvelle : découvrir un fragment d'homme antédiluvien. Un petit voyage à Mers-les-Bains avec Margot, qui permet à Jacques de s'essayer, pourquoi pas, à figurer dans un roman sentimental, l'en distrait un moment. Mais à son retour, la péripétie semble se préciser. Jacques deviendra-t-il un héros ? Ici ou là, ponctuant le récit de ses aventures, passent quelques hommes préhistoriques...

  • Tout ça, je me dis parfois, c'est la faute de l'océan. C'était à force qu'ils l'entendent, Colter, Shannon et Harry Dean, à force du fracas des vagues, de la colère que c'est. Ces trois-là, je les avais rencontrés le jour de mon arrivée ici, à Cannon Beach, dans cette petite ville du bout de l'Amérique, et presque chaque soir on se retrouvait au bar de Moses. Je les écoutais me raconter leur vie, et ça me liait à eux, d'une certaine façon. Je croyais que ça me liait à eux. Je me le faisais croire. Parce qu'au fond de moi, peut-être bien que je savais ce qui allait arriver. Mais est-ce qu'on sait ?

  • Au moment même où l'on croit que c'est Jekyll qui parle, c'est peut-être déjà Hyde qu'on entend. C'est cela que raconte ce monologue, comment la voix de Hyde joue des coudes pour se glisser dans celle de Jekyll et pour prendre progressivement toute la place. Comment elle est dans une sorte de sabotage lyrique de la parole de Jekyll. Comment elle la submerge, la rend instable. Derrière Jekyll, il y a toujours Hyde. Et derrière Utterson, l'ami auquel on s'adresse, il y a nous. La partie se joue donc à plusieurs. On a (peut-être) un seul bonhomme sur scène, mais on est beaucoup, beaucoup plus nombreux.

  • Western

    Christine Montalbetti

    S'ouvrant sur une aube bleuie et s'achevant sur un crépuscule érubescent où se déroule un duel, Western nous propose un véritable western, avec tous ses ingrédients : auvent, éoliennes, ranch écrasé de soleil, auberge, saloon, récit d'une bagarre, évocation de toutes sortes de paysages, ceux de la transhumance, des forêts, d'une clairière, des déserts ponctués d'oponces, personnages féminins de Mary et de Georgina, et surtout le motif central de la réparation, vers quoi toute cette journée tend. Un western, mais à l'italienne, qui joue des plaisirs de la parodie et manifeste, à travers l'humour qui anime son style, un véritable enthousiasme à narrer. Et pourtant ce héros flegmatique, qui paraît dépossédé de son propre nom, et de son histoire, laquelle lui revient par fragments, lesté par le poids d'un traumatisme qui ne sera révélé que dans les dernières pages, n'est-il pas aussi le représentant de ce que l'on pourrait appeler un "complexe" ? Car derrière la fente palpébrale de ce regard qui ne cesse de scruter les paysages, se devine une puissante nostalgie des origines.
    Avec ce nouveau roman, Christine Montalbetti poursuit une entreprise singulière, entre parodie et respect des canons romanesques, intervention du narrateur et abandon au flux romanesque. Plaisir et inquiétudes garantis à toutes les lignes.

  • Simon est venu dans cette maison (de famille ? de location ?) faire l'expérience de la retraite, du cocon, du temps pour soi (ou, si vous préférez, du summum de l'inaction). Il y déambule en tressant vaille que vaille ses monologues, s'arrêtant parfois devant le carré vitré de la porte d'entrée pour considérer le jardin minimal qui paraît un puzzle derrière le fer forgé de la grille, ou faisant tourner autour de son doigt le chapeau de pluie qu'il décroche de la patère, et tout alors est l'occasion de marelles, le tapis à cases (dont le bestiaire offre aussi des sujets de songe, les animaux bleus et rouges devisant dans la savane) comme le parquet à points de Hongrie (plus difficile, notez bien, de ne pas déborder du plat du pied). Alors qu'il s'était mis, en somme, croyait-il, à l'abri du monde, sonne à la porte son ami perdu non seulement de vue, mais encore de pensée, Hanz. Entrant ainsi dans la maison, et hésitant, assis sur le canapé comme un visiteur de théâtre russe, ne sachant comment amorcer l'échange (on pourra, à l'occasion, vous demander quelques suggestions), Hanz, avec son corps ancien, déverse dans la pièce, par brassées, non pas la mémoire du passé, mais le passé même.

  • Pourquoi est-ce qu'on dit ça, évaporé, pourquoi est-ce qu'on parle d'évaporation, toujours est-il qu'il y en a pour prendre leurs cliques et leurs claques et disparaître avant le lever du jour, et ceux-là s'en vont reconstruire ailleurs une vie sous un nouveau nom, et sans doute aussi avec un passé imaginaire, une histoire inventée, si on le leur demande, pour brouiller les pistes. C'est cela qui est arrivé à l'oncle. Un matin, quand tout le monde dormait encore dans la maison, il a franchi silencieusement le seuil, et son corps s'est enfoncé dans la brume bleue de l'aube.

  • «Les conditions ont l'air optimales, pour la conduite. Ciel clair, route dégagée, confort de suspension du break, autoradio avec commande au volant : on est paré. Attachez vous ceintures, il s'agit d'arriver au ranch avant la nuit.»

  • «N'est-ce pas quelque chose que vous avez déjà vécu? Vous éprouvez soudain pour quelqu'un ce qu'on peut appeler un sentiment amoureux et il faudrait, pour que cette petite exaltation se transforme en une relation, que vous y mettiez un peu du vôtre ; or, au moment où il convient que vous soyez le plus présent à la situation, quelque chose vous en distrait. Je ne sais pas moi, une pensée, un souvenir, quelqu'un qui passe, ou tout simplement le combat que mènent en vous Timidité et Hardiesse, Désir et Inquiétude, Fougue et Paresse. Mais d'où nous vient cette propension à l'esquive?» Christine Montalbetti.

  • Expérience de la campagne est un texte plus contemplatif que Western, plus intimiste, qui retrace les rêveries d'un homme assis à la terrasse d'une maison après que le dîner a eu lieu ; moment nocturne, où il pense aux quelques jours qu'il vient de vivre dans cette campagne où il est de passage. Isolé sur cette terrasse (les autres invités sont dans l'intérieur de la maison), éclairé par la lumière minimale de deux ampoules qui font paraître le paysage alentour vaste et sombre, tour a tour il se souvient d'un ami revu juste avant son départ pour cette campagne, des activités au jardin de ceux qui l'ont invité, d'un roman japonais qu'il est en train de lire, et d'un documentaire télévisé sur les otaries.

  • Christine Montalbetti raconte neuf petits déjeuners qu'elle a pris, les uns, dans des circonstances privées, les autres, dans des contextes institutionnels, avec quelques écrivains. Ces récits constituent des hommages discrets et délicats à ces auteurs, dont le portrait n'est jamais appuyé, mais seulement esquissé, presque fantomatique. Car ces textes s'inquiètent (et s'amusent) de notre fascination pour ce tout ce qui est «people» et qui hante le discours contemporain. Ils interrogent, implicitement ou dans un jeu explicite, notre curiosité, et les motivations de cette attente. Jouant avec notre désir, Christine Montalbetti, comme les personnages de ses Nouvelles sur le sentiment amoureux aime à pratiquer l'esquive. Les écrivains traversent ces petits déjeuners comme des présences douces, et le récit s'attache bien plutôt à saisir des états intérieurs, au travers de ces narrations, variées, contemplatives, humoristiques ou mélancoliques, et qui convergent vers un petit déjeuner dans un hôtel japonais qui se laisse furtivement gagner par le fantastique. Slalomant sur la difficile frontière entre ce que l'on révèle et ce que l'on retient, Christine Montalbetti fait aussi de ces Petits déjeuners... l'occasion d'un autoportrait ténu, dispersé, fragile.

  • Ce que c'est qu'une existence Nouv.

    Oh, cet étrange choeur qu'on forme tous ensemble sans le savoir.


  • L'oeuvre critique de Béatrice Didier se signale par l'ampleur des territoires qu'elle découvre et commente. Les participants à cet hommage suivent ses traces, et les rencontres sont nombreuses sur différentes époques, reprenant les intitulés de certains livres de Béatrice Didier à travers des textes où s'exprime et se transmet le « bonheur de la littérature ».

    *

    Ces « Variations critiques » réunies sous la direction de Christine Montalbetti et de Jacques Neefs regroupent de nombreux articles qui suivent les traces de l'oeuvre critique de Béatrice Didier. Il s'agit notamment de l'écriture des Lumières, des romantismes, de l'écriture de soi et de l'écriture féminine. C'est par un article de Michel Butor, sous le signe d'Hermès, que débute l'ouvrage, qui se poursuit par l'étude de l'écriture des Lumières avec par exemple Pierre Bayard (« Comment ennuyer le lecteur ? ») et Jean-Michel Rey (sur la banqueroute du sens). Il sera aussi question d'éloquence, de rhétorique, de pathétique, de pédagogie, de libertinage, de la Chine et de l'Europe. Le cheminement critique suit son cours et se penche sur les romantismes, entre Victor Hugo, Berlioz, La Motte-Fouqué, Lermontov, Stendhal et Nerval, pour explorer les champs historiques, philosophiques, théoriques et philologiques, avec notamment Philippe Mitterand, Pierre Brunel et Françoise Asso. Le thème de l'écriture de soi donne lieu à des analyses sur l'autobiographie, le sujet, la mémoire, et à un article passionnant de Philippe Lejeune sur les journaux du 14 juillet 1789. Le chapitre intitulé « Ecriture-femme », dans la veine des gender studies, explore l'autobiograpie, la biographie, le roman, les Mémoires, mais aussi les figures féminines que sont Mme de Staël, Mme Vigée-Lebrun et George Sand. Cet ouvrage magistral s'achève sur une réflexion sur la lecture et l'écriture où il est question de Buffon, de Du Bos et de Michaux, et comporte notamment un article éclairant de Jean-Pierre Richard sur ce dernier auteur.
    (C. Zoulim)

  • La dernière livraison des Écrits prend l'allure d'un bilan de la création littéraire des sept dernières années, qui correspondent à la durée du mandat de Pierre Ouellet à titre de directeur de la revue. Des auteurs qui ont profondément marqué la dernière décennie, au Québec et en Europe, y côtoient de jeunes écrivains qui marqueront sans doute la prochaine. Que ce soit dans le domaine de la prose narrative, dans le champ de la poésie ou dans la prose d'idées, on trouve dans ces pages trois générations d'auteurs qui ont largement contribué à façonner l'imaginaire contemporain et à construire la mémoire littéraire récente d'une large part de la francophonie. Avec les textes, entres autres, d'Andrée A. Michaud, Michel Marc Bouchard, Monique Deland, Michaël Trahan, Naïm Kattan, André Ricard, Pierre Dancot et Yannick Haenel.

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