Par ici la sortie #1 cet été 2020, la nouvelle revue du SEUIL.

« we can’t return to normal, because the normal that we had was precisely the problem »

  • À l'heure où paraissent ces " cahiers ", trois mois sont passés depuis que la pandémie mondiale du Covid-19 s'est imposée à nous, trois mois que le monde entier a basculé dans un état de crise dont on ne voit pas l'issue et dont on ne mesure pas les effets sur les sociétés qu'il a frappées.

    Aux premières heures du confinement, des sentiments nombreux et contradictoires nous ont toutes et tous traversés : de la sidération à l'angoisse, de la tristesse à la colère... Et puis, très vite, les questions se sont bousculées dans nos têtes : que s'est-il donc passé ? Mais que nous arrive-t-il ? Quelles conséquences cet événement aura-t-il sur le monde et sur nos existences ? Et quelles leçons en tirer ? Il faut dire que, pour beaucoup d'entre nous, la vision d'un monde littéralement arrêté a soudain rendu évidentes, presque sensibles, les contradictions insoutenables dans lesquelles ce monde se trouvait pris depuis trop longtemps. Et si cette catastrophe était l'occasion d'empêcher qu'il retrouve sa trajectoire catastrophique antérieure ?

    Comme le disait magnifiquement un graffiti repéré sur un mur de Hong Kong, " we can't return to normal, because the normal that we had was precisely the problem ". Autrement dit, serons-nous capables de saisir cet événement, à la fois le comprendre et nous en emparer, afin d'imaginer et construire le monde que nous voulons, le monde dont nous rêvons ?

    Ces " cahiers " ne pouvaient être que collectifs, au sens fort, parce que issus d'une volonté partagée par les éditeurs et auteurs
    de la maison de faire sens face à l'événement. S'y engage une conception du travail intellectuel et du débat public comme espace de confrontation argumentée. Ils accueillent des textes de pensée offrant des perspectives et des analyses fortes, mais aussi des textes et propositions littéraires qui font résonner notre époque dans des formes et des formats singuliers, ainsi que des interventions graphiques. Cette crise bouleverse les cadres de pensée et d'interprétations, elle met à l'épreuve bien des certitudes et des convictions, ce qui imposait d'ouvrir un espace original de dialogue, où trouvent à s'exprimer des sensibilités
    intellectuelles diverses, où peuvent s'ordonner la confrontation des points de vue, les divergences de fond, les incertitudes et les interrogations.

  • C'est une histoire simple. Un homme de trente-sept ans appartenant à la communauté du voyage est abattu dans la ferme familiale par des gendarmes du GIGN alors qu'il n'a pas réintégré la prison après une permission de sortir. Deux versions des faits s'affrontent : celle des militaires, qui invoquent la légitime défense, et celle des parents présents sur les lieux, qui la contestent. Une information judiciaire est ouverte, qui se conclut par un non-lieu, confirmé en appel. La famille et ses soutiens continuent pourtant de se battre, réclamant justice et vérité. Réexaminant les pièces du dossier et interrogeant les protagonistes du drame, Didier Fassin présente ici une contre-enquête qui accorde le même crédit à tous les récits.
    Pour en rendre compte, Mort d'un voyageur propose une forme expérimentale de narration qui s'attache d'abord à restituer scrupuleusement par une écriture subjective la manière dont chacun affirme avoir vécu les événements, puis à croiser les témoignages et les expertises en intégrant l'ensemble des éléments disponibles pour aboutir à une autre lecture des faits. Réflexion critique sur les conditions de possibilité de telles tragédies, cette recherche contribue à rendre aux voyageurs un peu de ce dont la société les prive : la respectabilité.
    Didier Fassin est professeur à l'Institute for Advanced Study de Princeton et directeur d'études à l'EHESS. Titulaire d'une chaire annuelle du Collège de France, il est notamment l'auteur, au Seuil, de Punir. Une passion contemporaine et La Vie. Mode d'emploi critique.

  • La culture occidentale n'a cessé de représenter les manières dont l'amour fait miraculeusement irruption dans la vie des hommes et des femmes. Pourtant, cette culture qui a tant à dire sur la naissance de l'amour est beaucoup moins prolixe lorsqu'il s'agit des moments, non moins mystérieux, où l'on évite de tomber amoureux, où l'on devient indifférent à celui ou celle qui nous tenait éveillé la nuit, où l'on cesse d'aimer. Ce silence est d'autant plus étonnant que le nombre des ruptures qui jalonnent une vie est considérable.
    C'est à l'expérience des multiples formes du " désamour " que ce livre profond et original est consacré. Eva Illouz explore l'ensemble des façons qu'ont les relations d'avorter à peine commencées, de se dissoudre faute d'engagement, d'aboutir à une séparation ou un divorce, et qu'elle désigne comme des " relations négatives ".
    L'amour semble aujourd'hui marqué par la liberté de ne pas choisir et de se désengager. Quel est le prix de cette liberté et qui le paye ? C'est tout l'enjeu de cet ouvrage appelé à faire date, et qui prouve que la sociologie, non moins que la psychologie, a beaucoup à nous apprendre sur le désarroi qui règne dans nos vies privées.
    Eva Illouz est directrice d'études à l'EHESS. Elle est notamment l'auteure de Pourquoi l'amour fait mal et des Sentiments du capitalisme, publiés aux Éditions du Seuil, et récemment de Happycratie.
    Traduit de l'anglais par Sophie Renaut.

  • Ordesa

    Manuel Vilas

    "Mon coeur ressemble à un arbre noir couvert d'oiseaux jaunes qui piaillent et me perforent la chair.' Tel est l'autoportrait brut et sans tabou d'un écrivain confronté à la disparition de ses parents. Assailli par les fantômes de son passé, il retrouve espoir dans le souvenir baigné de lumière jaune de leur amour et de la beauté d'antan. À travers l'évocation d'une famille modeste, c'est alors la peinture d'une certaine Espagne qui se révèle à nous dans toute sa complexité. L'appartenance à une classe sociale, l'éducation, l'alcoolisme ou encore la paternité sont autant de sujets traités ainsi de façon personnelle et collective à la fois.
    Profondément sincère, bruyamment intime, merveilleusement écrit dans une langue à la fois poétique et crue, Ordesa se lit comme la catharsis d'un deuil impossible, celui de la mort de nos parents et de la fin d'une époque, une expérience pour le moins universelle.
    Phénomène de librairie en Espagne, Ordesa a été désigné Meilleur livre de l'année par les grands quotidiens El País et El Mundo, imposant Manuel Vilas comme un écrivain majeur de la littérature espagnole.
    "Voici l'album, les archives, la mémoire sans mensonges ni consolation d'une vie, d'une époque, d'une famille, d'une classe sociale condamnée à tant d'efforts pour obtenir si peu. Il faut beaucoup de précision pour dire ces choses, un acide, un couteau aiguisé, une aiguille assez fine pour faire éclater le ballon de la vanité. Ce qui reste à la fin, c'est l'émotion propre de la vérité et la détresse devant tout ce qui a été perdu.'
    Antonio Muñoz Molina
    "Un livre magnifique, courageux et bouleversant'
    Javier Cercas
    Traduit de l'espagnol par Isabelle Gugnon

  • " Ce ne serait pas trop de l'histoire du monde pour expliquer la France " Jules Michelet, Introduction à l'histoire universelle (1831) Voici une histoire de France, de toute la France, en très longue durée qui mène de la grotte Chauvet aux événements de 2015. Une histoire qui ne s'embarrasse pas plus de la question des origines que de celle de l'identité, mais prend au large le destin d'un pays qui n'existe pas séparément du monde, même si parfois il prétend l'incarner tout entier. Une histoire qui n'abandonne pas pour autant la chronologie ni le plaisir du récit, puisque c'est par dates qu'elle s'organise et que chaque date est traitée comme une petite intrigue. Réconciliant démarche critique et narration entraînante, l'ouvrage réunit, sous la direction de Patrick Boucheron, un collectif d'historiennes et d'historiens, tous attachés à rendre accessible un discours engagé et savant. Son enjeu est clair : il s'agit de prendre la mesure d'une histoire mondiale de la France, c'est-à-dire de raconter la même histoire - nul contre-récit ici - qui revisite tous les lieux de mémoire du récit national, mais pour la déplacer, la dépayser et l'élargir. En un mot : la rendre simplement plus intéressante ! Ce livre est joyeusement polyphonique. Espérons qu'un peu de cette joie saura faire front aux passions tristes du moment. Directeur d'ouvrage : Patrick Boucheron est professeur au Collège de France. Coordination : Nicolas Delalande est professeur associé au Centre d'histoire de Sciences Po ; Florian Mazel est professeur à l'université Rennes 2 ; Yann Potin est chargé d'études documentaires aux Archives nationales ; Pierre Singaravélou est professeur à l'université Paris I Panthéon-Sorbonne.

  • Toutes les sociétés humaines ont besoin de justifier leurs inégalités : il faut leur trouver des raisons, faute de quoi c'est l'ensemble de l'édifice politique et social qui menace de s'effondrer. Les idéologies du passé, si on les étudie de près, ne sont à cet égard pas toujours plus folles que celles du présent. C'est en montrant la multiplicité des trajectoires et des bifurcations possibles que l'on peut interroger les fondements de nos propres institutions et envisager les conditions de leur transformation.
    À partir de données comparatives d'une ampleur et d'une profondeur inédites, ce livre retrace dans une perspective tout à la fois économique, sociale, intellectuelle et politique l'histoire et le devenir des régimes inégalitaires, depuis les sociétés trifonctionnelles et esclavagistes anciennes jusqu'aux sociétés postcoloniales et hypercapitalistes modernes, en passant par les sociétés propriétaristes, coloniales, communistes et sociales-démocrates. À l'encontre du récit hyperinégalitaire qui s'est imposé depuis les années 1980-1990, il montre que c'est le combat pour l'égalité et l'éducation, et non pas la sacralisation de la propriété, qui a permis le développement économique et le progrès humain.
    En s'appuyant sur les leçons de l'histoire globale, il est possible de rompre avec le fatalisme qui nourrit les dérives identitaires actuelles et d'imaginer un socialisme participatif pour le XXIe siècle : un nouvel horizon égalitaire à visée universelle, une nouvelle idéologie de l'égalité, de la propriété sociale, de l'éducation et du partage des savoirs et des pouvoirs.
    Directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales et professeur à l'École d'économie de Paris, Thomas Piketty est l'auteur du Capital au XXIe siècle (2013), traduit en 40 langues et vendu à plus de 2,5 millions d'exemplaires, dont le présent livre est le prolongement.

  • Comment disait-on le droit sur les mers à l'époque moderne ? Par quels dispositifs les pouvoirs politiques dotés d'une façade maritime tentaient-ils de faire respecter un pouvoir de " juridiction ", entendu comme un " droit de dire le droit ", sur un espace liquide particulier ? Ces questions sur la liberté, la communauté et l'empire des mers ont donné lieu à une grande controverse juridique livrée à l'échelle du globe. Une mer jalousée propose d'en faire l'histoire à partir de l'observatoire méditerranéen. De la mer Adriatique aux mers du Levant, du golfe du Lion aux littoraux nord-africains, l'enquête décline à différentes échelles, depuis les bureaux des juristes jusqu'aux ponts des navires, un large éventail de conceptions concurrentes des limites maritimes et des eaux " territoriales ". Ce faisant, l'ouvrage revient, au carrefour de l'histoire, du droit et de la philosophie, sur des notions juridiques cardinales de la pensée politique moderne, telles que la " propriété ", l'" occupation ", la " possession " et la " souveraineté ". Guillaume Calafat les inscrit dans une généalogie de longue durée embrassant l'histoire antique et médiévale, les textes du droit romain et leurs commentaires médiévaux, les lois byzantines comme la normativité musulmane. Une mer jalousée s'appuie ainsi sur une centaine de textes imprimés à propos de la domination des mers, en les croisant avec des libelles manuscrits, des atlas, des cartes, des traités, des gravures, afin de brosser le portrait d'une mer au statut disputé et incertain.
    Guillaume Calafat est maître de conférences à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (Institut d'histoire moderne et contemporaine). Ses recherches portent sur la Méditerranée de l'époque moderne, et notamment sur les échanges marchands et maritimes entre Europe occidentale et monde ottoman.

  • Les habits collent à la peau. Ils nous protègent et nous exposent. Le vêtement happe le regard social et trahit notre part d'ombre. Les hommes et les femmes ne sont pas égaux dans cette course aux apparences. Dans ce livre, Lydia Flem raconte les vêtements de ses souvenirs. Elle mêle avec malice le grave au frivole. Sur un mode ludique, elle poursuit sa quête de l'intime en adoptant une forme devenue classique depuis les Je me souviens de Georges Perec dans les années 1970. Cette forme, Perec l'a métamorphosée après l'avoir empruntée à l'artiste américain Joe Brainard, ami de son ami Harry Mathews. De la petite fille à l'amante, de la séductrice à la militante des droits de la femme et des LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels et trans), Lydia Flem s'amuse à psychanalyser nos gestes et nos codes vestimentaires. Cette promenade personnelle croise la garde-robe de nos souvenirs collectifs, photographies de mode, stéréotypes du savoir-vivre, scènes de cinéma, mots de la littérature, images de l'histoire et de l'actualité. Comme dans ses livres précédents, Lydia Flem explore ce qui appartient à chacun et à tous, le plus singulier et le plus universel.

  • If

    Marie Cosnay

    "J'avais dix ans, je lisais Le Comte de Monte Cristo, il y était question des fils qui payent pour les pères, des fils qui payent éternellement, les fils des pères qui avaient fait les salauds payaient, tout jeunes les fils pouvaient en mourir, c'est ce qui arrivait au petit Villefort, il mourait empoisonné, les familles s'empoisonnaient"

    Marie Cosnay vit à Bayonne dans le Pays basque, est écrivaine, traductrice de textes antiques, et tient des chroniques sur le blog Médiapart. Elle à récemment publié Éléphantesque (Cheyne, 2018) et Les enfants de l'aurore (Fayard 2018). Les Éditions de l'Ogre ont également publié Cordelia la Guerre (2015), Aquerò (2017) et Épopée (2018).
    Elle a reçu le Prix Nelly Sachs et le Prix Bernard Hoepffner pour sa traduction remarquée des Métamorphoses d'Ovide (Ogre, 2017).

  • La condition d'étranger est appelée à se répandre. Mais la mobilité que l'on se plaît à célébrer se heurte aux frontières que les États-nations dressent face aux " migrants ", traités en ennemis plutôt qu'en hôtes.
    Mis en demeure de pallier l'hostilité de leurs gouvernants, beaucoup de citoyens se sont retrouvés acculés à faire quelque chose : accueillir, nourrir ou transporter des voyageurs en détresse. Ils ont ainsi réveillé une vieille tradition anthropologique qui semblait endormie, celle de l'hospitalité. Cette façon d'entrer en politique par la petite porte de chez soi qu'on ouvre montre toutefois ses limites. Chaque hébergement est une goutte d'eau dans l'océan de l'errance globale et la faveur dont procèdent de tels gestes ne saurait durablement faire office de sauf-conduit.
    Michel Agier nous invite à repenser l'hospitalité au prisme de l'anthropologie, de la philosophie et de l'histoire. S'il en souligne les ambiguïtés, il révèle aussi sa capacité à déranger l'imaginaire national. Car l'étranger qui vient nous demande de penser autrement la place de chacun et chacune dans le monde.
    Michel Agier est anthropologue, chercheur à l'Institut de recherche pour le développement et directeur d'études à l'EHESS. Il dirige le programme Babels (Agence nationale de la recherche, 2016-2018). Il a notamment publié Gérer les indésirables (Flammarion, 2008) et La Condition cosmopolite (La Découverte, 2013).

  • Notre capacité à relever le défi climatique et à promouvoir plus de justice envers les autres, y compris envers les animaux, suppose un remaniement profond de nos représentations sur la place de l'humain dans la nature. Dès que nous prenons au sérieux notre vulnérabilité et notre dépendance à l'égard des écosystèmes, nous comprenons que notre habitation de la Terre est toujours une cohabitation avec les autres. Ainsi, l'écologie, la cause animale et le respect dû aux personnes vulnérables ne peuvent être séparés. De plus, la conscience du lien qui nous unit aux autres vivants fait naître en nous le désir de réparer le monde et de transmettre une planète habitable. C'est à cette éthique qui n'a rien à voir avec des injonctions moralisatrices et culpabilisantes que ce recueil ouvre la voie.
    Deux textes inédits

  • Les femmes font aujourd'hui du bruit ? C'est en regard du silence dans lequel les a tenues la société pendant des siècles. Silence des exploits guerriers ou techniques, silence des livres et des images, silence surtout du récit historique qu'interroge justement l'historienne. Car derrière les murs des couvents ou des maisons bourgeoises, dans l'intimité de leurs journaux ou dans leurs confidences distraites, dans les murmures de l'atelier ou du marché, dans les interstices d'un espace public peu à peu investi, les femmes ont agi, vécu, souffert et travaillé à changer leurs destinées.

    Qui mieux que Michelle Perrot pouvait nous le montrer ? Historienne des grèves ouvrières, du monde du travail et des prisons, Michelle Perrot s'est attachée très tôt à l'histoire des femmes. Elle les a suivies au long du XIXe et du XXe siècles, traquant les silences de l'histoire et les moments où ils se dissipaient. Ce sont quelques-unes de ces étapes que nous restitue ce livre.

  • Les années Freud racontent l'histoire de l'introduction de la psychanalyse en France : la rencontre de Freud et de Charcot, la découverte de l'hystérie, la fondation à Vienne du premier Cercle freudien, l'essor international du mouvement et, en contrepoint, l'aventure des grands pionniers français. Les années Lacan relatent l'évolution de la psychanalyse au sein de la culture française à partir de 1925, et l'émergence de la deuxième implantation du freudisme dans ce pays autour de la personnalité de Jacques Lacan. Histoire de la psychanalyse en France, Fayard, 1994

  • " L'émancipation des femmes a suivi deux chemins parallèles et distincts au lendemain de la Révolution française, et au commencement du débat démocratique : celui du "pour toutes' et celui du "pour chacune'. Le premier menait aux droits civils et civiques, citoyenneté, éducation, emploi, responsabilité individuelle, autonomie sociale. Le second ouvrait la voie à la liberté de créer, de penser, d'écrire, de partager avec les hommes les lieux de la jouissance intellectuelle et artistique. C'est sur le deuxième chemin, emprunté par ce livre, que j'ai voulu arpenter la suite de l'Histoire.
    La suite de l'Histoire, pour une femme artiste, ce n'est pas seulement la conquête de droits et la transgression des contraintes établies, c'est aussi la construction de pratiques nouvelles et le déplacement des repères obligés. L'égalité, c'est encore la liberté de trouver de nouvelles formes de création. Et c'est pourquoi, sans s'arrêter à l'identité sexuelle ou à la visibilité sociale, ce qui est en jeu, ici, c'est d'abord et avant tout leur production. "
    Geneviève Fraisse est philosophe, directrice de recherche émérite au CNRS. Ancienne députée européenne, elle est l'autrice de livres sur la généalogie de l'égalité des sexes et la problématique sexe/genre, tels Du consentement (Seuil, 2007, édition augmentée 2017), et La Sexuation du monde. Réflexions sur l'émancipation (Presses de Sciences Po, 2016).

  • L'oeuvre de Deborah Levy est marquée par un vaste projet autobiographique, dont Le coût de la vie, constitue le volet central. Dramaturge, poétesse et romancière anglaise, l'autrice revient sur sa vie.
    À l'âge de 50 ans et après des décennies d'une vie de famille au nord de Londres, Deborah Levy se retrouve à la dérive, et sans aucune envie de revenir en arrière. Faussement simple, passionnant d'intelligence, le récit avance pas à pas, dévoilant peu à peu un projet d'autobiographie vivante. L'histoire banale et tragique parce que répétée d'une femme qui s'est jetée à corps perdu dans la quête de l'amour et du travail pour créer un foyer, univers qui s'avère répondre aux besoins de tous sauf d'elle-même. Pas tant un récit qu'un manifeste de ce que Déborah Levy appelle « une nouvelle façon de vivre », Le coût de la vie est un livre puissant et magnifique sur la féminité, la maternité, la liberté, l'écriture, les normes et le chemin d'une vie. Entre Maggie Nelson et Annie Ernaux, Deborah Levy devrait marquer la rentrée littéraire avec la parution en simultanée du premier volet de sa trilogie autobiographique, Ce que je ne veux pas savoir.

  • Voici Une histoire de la guerre, dans tous ses aspects et toutes ses dimensions, depuis l'essor des États-nations au début du XIXe siècle jusqu'à la quasi-disparition actuelle des affrontements interétatiques.
    En deux siècles et demi, l'expérience concrète de la guerre a profondément changé : fin des batailles traditionnelles, utilisation d'armes de plus en plus meurtrières, mobilisation des fronts intérieurs, y compris parfois les femmes et les enfants. À mesure où disparaissait la frontière entre combattants et non-combattants, les civils sont devenus des cibles à part entière des bombardements, blocus, massacres, génocides et épurations ethniques.
    Sans négliger la stratégie et les chefs de guerre, cet ouvrage explore à parts égales le front et l'arrière, les conflits et leur impact sur les sociétés et l'environnement, la mobilisation des institutions politiques et militaires, de l'économie, des affects et des croyances, ou encore les violences sur les corps et les esprits, en proposant de grandes traversées thématiques de longue durée.
    Réunis pour la première fois en un seul volume, les meilleurs spécialistes du phénomène guerrier – historiens, historiens de l'art, anthropologues, sociologues ou politistes de huit pays différents – offrent une synthèse sans équivalent, largement ouverte sur le monde, qui fait aussi écho aux questionnements de notre époque : enjeux humanitaires des mouvements de réfugiés, débats éthiques sur les guerres irrégulières et l'utilisation des drones, poussée du terrorisme.
    Direction d'ouvrage
    Bruno Cabanes est titulaire de la chaire Donald G. & Mary A. Dunn d'histoire de la guerre à Ohio State University, après avoir enseigné neuf ans à Yale University..
    Coordination
    Thomas Dodman est maître de conférences à Columbia University, New York ; Hervé Mazurel est maître de conférences à l'université de Bourgogne ; Gene Tempest a soutenu sa thèse à Yale University.

  • Politics and Negation

    Roberto Esposito

    • Polity
    • 7 Janvier 2020

    For some while we have been witnessing a series of destructive phenomena which seem to indicate a full-fledged return to the negative on the world stage - from terrorism and armed conflict to the threat of environmental catastrophe.  At the same time, politics seems increasingly impotent in the face of these threats. 
    In this book, the leading Italian philosopher Roberto Esposito reconstructs the genealogy of the reciprocal intertwining of politics and negation.  He retraces the intensification of negation in the thought of various thinkers, from Schmitt and Freud to Heidegger, and examines the negative slant of some of our fundamental political categories, such as sovereignty, property and freedom.   Against the centrality of negation, Esposito proposes an affirmative philosophy that does not negate or repress negation but radically rethinks it in the positive cipher of difference, determination and opposition. The result is a rigorous and original pathway which, in the tension between affirmation and negation, recognizes the disturbing traumas of our time, as well as the harbingers of what awaits at its limits.
    This highly original and timely book will be of great value to students and scholars in philosophy, cultural theory and the humanities more generally, and to anyone interested in contemporary European thought.

  • Amour, gloire et CAC 40? Une tentative de rapprochement entre un certain nombre d'interrogations esthétiques et le contexte historique dans lequel elles s'inscrivent. Sortir les propositions artistiques contemporaines de leur histoire spécifique (l'histoire de l'art et du cinéma) et les articuler sur les questions que posent certaines mutations récentes de nos sociétés. De toutes les questions qui ont hanté les années quatre-vingt-dix, certaines semblent aujourd'hui constituer un véritable enjeu, tant sur le plan esthétique que sur le plan anthropologique, politique et social : comment penser d'autres modes d'inscription symbolique, d'autres formes de représentation? Comment traduire en expérience les événements auxquels nous sommes supposés participer? Comment se représenter dans une Histoire qui semble désormais s'écrire en termes économiques et boursiers? Comment réduire la distance entre l'Histoire telle qu'elle nous est transmise (la croissance ou le CAC 40) et les événements qui rythment mon quotidien (l'emploi du temps)? Comment se représenter ici et maintenant? Comment se projeter? Beaucoup de questions, comme on le voit, fondamentales.

  • Macron et les Gilets jaunes ont ouvert une page nouvelle de l'histoire de France, qui mêle retour des luttes sociales et apathie politique, sursaut révolutionnaire et résignation devant les dégâts de l'euro, regain démocratique et menace autoritaire.
    Pour la comprendre, Emmanuel Todd examine, scrupuleusement et sans a priori, l'évolution rapide de notre société depuis le début des années 1990 : démographie, inégalités, niveau de vie, structure de classe, performance éducative, place des femmes, immigration, religion, suicide, consommation d'antidépresseurs, etc.
    Les faits surprendront. Les interprétations que propose l'auteur doivent, quant à elles, beaucoup à Marx, mais à un Marx mis " sous surveillance statistique ". À gauche, comme à droite, elles paraîtront à beaucoup étonnantes, amusantes, contrariantes, ou angoissantes. Cet empirisme sans concession conduit même Emmanuel Todd à réviser radicalement certaines de ses analyses antérieures.
    À la lecture de ce livre riche, stimulant, provocateur, la vie politique des années 1992-2019 prend tout son sens : une longue comédie politique où s'invitent les classes sociales.
    Bienvenue donc dans cette France du xxie siècle, paralysée mais vivante, où se côtoient et s'affrontent des dominés qui se croient dominants, des étatistes qui se croient libéraux, des individus égarés qui célèbrent encore l'individu-roi, avant l'inéluctable retour de la lutte des classes.
    Emmanuel Todd est l'auteur d'une œuvre originale d'anthropologie historique. Il a notamment publié L'Invention de l'Europe (Seuil, 1990), L'Origine des systèmes familiaux (Gallimard, 2011) et Où en sommes-nous ? (Seuil, 2017).
    Baptiste Touverey est journaliste au magazine Books, où il réalise des entretiens avec de grands intellectuels et chercheurs de renommée mondiale. On lui doit aussi un roman Constantinople (Robert Laffont/Versilio, 2018).

  • Un livre d'économie écrit par des femmes et destiné aux femmes ? Exactement ! Parce qu'aujourd'hui, les femmes comptent plus pour l'économie que l'économie ne compte pour elles. Elles ont pris place dans la vie économique : désormais, elles étudient, travaillent, gèrent, décident... dans un univers économique autrefois réservé aux hommes et dont l'habit et l'habitus continuent de se décliner au masculin. Un livre d'économie écrit par des femmes pour les femmes ? Exactement ! Parce qu'aujourd'hui elles étudient, travaillent, gèrent, décident... dans un univers autrefois réservé aux hommes et qui continue de se décliner au masculin. Les sondages l'attestent : bien que les femmes soient désormais de plain-pied dans la vie économique, elles s'intéressent peu aux débats qui s'y rapportent. Or, si elles renoncent à comprendre cette dimension du monde dans lequel elles vivent, il leur sera encore plus difficile de s'y faire une juste place. L'urgence est d'autant plus grande que celui-ci ne tourne plus très rond et qu'il faut allier toutes les forces pour le remettre d'aplomb. C'est donc pour intéresser davantage les femmes à l'économie que les auteures ont entrepris, en dix chapitres thématiques - sur le logement, les banques, les inégalités hommes-femmes, l'entreprise, la discrimination à l'embauche, les disparités de revenu et de patrimoine, le pouvoir d'achat, les retraites, l'Europe et, last but not least, le bonheur ! -, d'en parler autrement. Loin de la posture en surplomb de l'expert, le ton est vivant, complice et non dénué d'humour. Pour montrer, même aux plus réticentes, qu'il est possible de parler d'économie clairement, sans aplatir la connaissance, ni simplifier à outrance. C'est tout le pari de ce livre, que les hommes feraient bien de lire aussi ! Prix lycéen "Lire l'Économie" 2014

  • Depuis 2010, la crise financière des crédits subprime s´est transformée en une crise des dettes publiques, et tout semble indiquer que le pire est encore devant nous. L´impasse dans laquelle les marchés financiers enferment l´économie européenne va jusqu

  • La crise économique mondiale fait maintenant place à des crises politiques nationales, au retour des frontières et des murs. Cette situation est au moins en partie le résultat d'une sous-estimation des instabilités du capitalisme. Nos Etats providence ont permis de civiliser les capitalismes nationaux. Ils sont de plus en plus présents, sans réellement limiter les risques et inégalités issus de la mondialisation.
    S'appuyant sur l'histoire économique et sociale, aussi bien que sur une claire analyse du contexte économique contemporain, ce livre explore la possibilité d'une autre relation entre l'économie et la politique, en élargissant l'espace des solidarités. Il propose en particulier la création d'une assurance chômage européenne, compatible avec les systèmes nationaux et s'appuyant sur l'expérience des Etats-Unis. Contre le seul repli national, il existe un chemin économiquement cohérent pour préserver nos Etats providence.
     
    Xavier Ragot est Président de l'Observatoire Français des Conjonctures Economiques (OFCE). Il est Directeur de recherche au CNRS et Professeur en économie à Sciences Po. Il est l'auteur de nombreuses contributions et ouvrages scientifiques sur l'économie française, la crise financière et européenne.

  • L'essor des intelligences artificielles réactualise une prophétie lancinante : avec le remplacement des êtres humains par les machines, le travail serait appelé à disparaître. Si certains s'en alarment, d'autres voient dans la " disruption numérique " une promesse d'émancipation fondée sur la participation, l'ouverture et le partage.
    Les coulisses de ce théâtre de marionnettes (sans fils) donnent cependant à voir un tout autre spectacle. Celui des usagers qui alimentent gratuitement les réseaux sociaux de données personnelles et de contenus créatifs monnayés par les géants du Web. Celui des prestataires des start-ups de l'économie collaborative, dont le quotidien connecté consiste moins à conduire des véhicules ou à assister des personnes qu'à produire des flux d'informations sur leur smartphone. Celui des microtravailleurs rivés à leurs écrans qui, à domicile ou depuis des " fermes à clic ", propulsent la viralité des marques, filtrent les images pornographiques et violentes ou saisissent à la chaîne des fragments de textes pour faire fonctionner des logiciels de traduction automatique.
    En dissipant l'illusion de l'automation intelligente, Antonio Casilli fait apparaître la réalité du digital labor : l'exploitation des petites mains de l'intelligence " artificielle ", ces myriades de tâcherons du clic soumis au management algorithmique de plateformes en passe de reconfigurer et de précariser le travail humain.
    Antonio A. Casilli est sociologue, enseignant-chercheur à Télécom ParisTech et chercheur associé au LACI-IIAC de l'EHESS. Il a notamment publié Les Liaisons numériques (Seuil, 2010) et, avec Dominique Cardon, Qu'est-ce que le digital labor ? (INA, 2015).
    Postface de Dominique Méda

  • Nous voyons les banquises fondre, les espèces disparaître, les inégalités s'exacerber : tout nous annonce que nos modes de vie sont condamnés à un " effondrement " qui vient. Nous savons la nécessité d'une mutation vertigineuse, à laquelle nous ne parvenons pas à croire.
    Comment sortir de cette hantise – sans nier sa réalité ni subir sa fascination ? En multipliant les perspectives qui dévoilent une pluralité d'effondrements déjà en cours, plutôt qu'un unique écroulement à venir. En questionnant ce " nous " de la collapsologie à partir de temporalités alternatives, d'attentions altérées, de points de vues excentrés et excentriques.
    Écrit à quatre mains, ce livre s'adresse à toutes les générations collapsonautes – jeunes et moins jeunes – qui ont mieux à faire que se laisser méduser par la menace des catastrophes à venir. Désespérées mais pas pessimistes, elles s'ingénient à accueillir et cultiver des formes de vie qui échappent par le haut au capitalisme extractiviste. Condamnées à naviguer sur les effondrements en cours, elles génèrent d'ores et déjà des arts inédits du soulèvement et du montage – dont ce bref essai encourage à hisser les voiles.
    Yves Citton, 58 ans, est professeur de littérature et media à l'université Paris 8, et co-directeur de la revue Multitudes. Il a publié Contre-courants politiques (2018), Médiarchie (2017), Pour une écologie de l'attention (2014), Renverser l'insoutenable (2010).
    Jacopo Rasmi, 28 ans, a soutenu en 2019 un doctorat à l'université Grenoble Alpes sur les nouvelles écritures documentaires (cinéma, littérature). Il enseigne à l'Université de Lorraine (IECA et CREM) et n'a pas encore renoncé à chercher une forme de vie désirable.

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